lundi 18 février 2019

Cliché #4 : un auteur doit accepter toutes les critiques pour s'améliorer

J'ai envie d'écrire une série d'articles sur les clichés qu'on trouve sur l'écriture et la vie d'écrivain. Et, en particulier, ces clichés qui m'ont longtemps culpabilisée parce que, moi, je ne fonctionnais pas comme ça. Après tout, je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à culpabiliser, que d'autres doivent bien fonctionner comme moi, et que, peut-être, ça leur fera du bien de savoir qu'on peut réussir à publier des romans même quand on n'applique pas à la lettre les conseils des manuels d'écriture. 







Attention : ces articles sont personnels et visent à déculpabiliser ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans certains poncifs. Si vous, vous vous y retrouvez : merveilleux, après tout les clichés ne naissent pas de nulle part et vous êtes sûrement nombreux dans ce cas. Tant mieux ! 
Il se peut aussi que je n'aborde pas d'autres sujets que, vous, vous trouvez clichés, parce qu'il se trouve qu'ils s'appliquent bel et bien à moi et que je n'aurais pas grand chose à dire pour faire avancer le shmilblick. Sorry for that... et si vous écriviez votre propre article sur la question ? :)

Cliché n°4 : un auteur doit accepter toutes les critiques pour s'améliorer

La dernière fois, je vous disais que j'adore corriger mon roman et que, forcément, recevoir des retours constructifs de mes bêtas et de mes éditeurs qui me disent qu'en gros, c'est bien mais ça pourrait être bien meilleur, ça ne me fait pas peur (au contraire, j'ai parfois peur que mon relecteur ne soit pas assez critique). Je dis souvent aussi (et je le pense vraiment) que les lecteurs ont tout à fait le droit de ne pas aimer mes romans, et de le dire, puisque je suis la première à le faire pour les romans des autres.
Au risque de faire polémique, je me lance pourtant aujourd’hui dans un sujet sur lequel j'ai beaucoup réfléchi : cette idée qu'une chronique doit être constructive. Et que, par conséquent, l'auteur doit l'accepter, qu'elle soit bonne ou mauvaise, parce qu'elle lui permettra de s'améliorer.
Je ne suis pas (plus) d'accord avec ça. D'abord, parce que ce n'est pas le rôle d'une chronique. Une chronique est là pour guider les lecteurs dans leurs choix, pas pour guider les auteurs dans leur écriture. Elle intervient sur le produit fini, qui a déjà été longuement travaillé, qui a été publié parfois plusieurs années auparavant et qui ne peut plus être retouché. Alors, certes, recevoir une multitude de retours identiques sur un roman permet de prendre du recul dessus, de se dire que peut-être on aurait dû faire ça autrement, que la prochaine fois, on fera attention à ce point précis. Mais c'est un bonus à la discrétion de l'auteur - pas l'objectif premier de la chronique. 
J'ai depuis longtemps fait le choix de ne jamais commenter publiquement les chroniques que je reçois, même quand ça me démange, même quand on m'interpelle, même quand j'ai envie de blaguer dessus, de répondre à une question que le lecteur se pose. Je conçois ces chroniques et leurs commentaires comme un espace de liberté pour les lecteurs, qui sera biaisé si j'interviens, parce qu'ils n'oseront pas toujours donner leur avis avec franchise. Je réserve mes réponses à la sphère privée, bien plus propice à la discussion. 
Mais, même lorsque je réponds, je n'argumente pas mes choix (à moins d'une question directe). Le lecteur n'a pas aimé mon héroïne ? C'est son droit. Ça ne servirait à rien que je lui démontre par a+b qu'elle est telle qu'elle doit être, parce qu'il a le droit de ne pas l'aimer de cette façon. Tout comme ça ne servirait à rien qu'il me démontre par a+b que j'ai eu tort de la décrire de cette façon - d'une part parce qu'à ce stade, c'est trop tard, et d'autre part parce que j'ai le droit, moi, de ne pas être d'accord.



Je ne dis pas qu'aucun dialogue n'est possible. On peut dire "je n'ai pas aimé ce choix parce que...", répondre "ah, je n'y avais pas pensé ! C'est intéressant, même si j'ai fait ce choix parce que... etc." et discuter de nos goûts et envie respectifs, c'est même ce qui fait la richesse de la littérature. Le tout est de ne pas chercher à convaincre l'autre qu'il a tort - parce qu'il n'a pas tort. Il a son avis, et c'est tout.
Partant de là, une critique ne nous permettra pas forcément de nous améliorer. Parce qu'elle peut ne pas correspondre à ce qu'on a envie de faire (par exemple un lecteur qui trouve un roman jeunesse "trop jeunesse"). Parce qu'elle est peut-être contraire à 15 autres chroniques reçues. Parce qu'elle reflète la réaction d'une personne précise à un moment précis de sa vie, qu'elle aura peut-être un autre avis à un autre moment, que certains ont sûrement aimé ce qu'elle a détesté, qu'on ne peut pas plaire à tout le monde (ouh, le cliché), et que ce serait vain d'essayer de le faire. Parce que quelqu'un qui n'a aimé ni l'intrigue, ni le personnage, ni l'univers, ni le style, n'est tout simplement pas fait pour lire ce qu'on écrit.
Parce que si on part dans cette direction, on finit par écrire uniquement ce que veulent nos lecteurs (ou plutôt ce qu'on pense qu'ils veulent) sans plus nous demander ce que nous, on a envie d'écrire - et on perd notre identité, notre voix, faite de nos forces et de nos faiblesses. Alors, oui, il faut accepter que tout le monde n'aime pas ce qu'on écrit. Mais ça ne veut pas dire qu'on doit en retirer quelque chose. C'est important pour moi d'accepter ça parce qu'aujourd'hui, c'est terriblement culpabilisant, parfois, d'être présent sur les réseaux sociaux. Tout le monde y va de sa théorie sur ce qu'un auteur doit ou ne doit pas faire vis à vis des chroniques : répondre, ne pas répondre, lire, ne pas lire, partager, ne pas partager... au point qu'on finit par ne plus savoir comment on a vraiment envie de réagir. Ma réponse, elle est là : j'adore que vous écriviez des chroniques. J'adore que vous ayez parfois envie d'en discuter avec moi. Mais n'ayez pas l'impression de me dire quelque chose de constructif. Ne vous sentez même pas obligé d'argumenter - vous en avez le droit, mais c'est votre choix. Par cette chronique, j'en apprends plus sur vos goûts, pas sur ma façon d'écrire. Sauf si, encore une fois, le même point se retrouve dans un grand nombre de chroniques, et qu'il fait écho à quelque chose qui me parle. Mais, ça, c'est une autre histoire :)


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