vendredi 25 janvier 2019

Cliché #3 : un auteur déteste corriger son roman.

Pour bien commencer l'année, j'ai envie d'écrire une série d'articles sur les clichés qu'on trouve sur l'écriture et la vie d'écrivain. Et, en particulier, ces clichés qui m'ont longtemps culpabilisée parce que, moi, je ne fonctionnais pas comme ça. Après tout, je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à culpabiliser, que d'autres doivent bien fonctionner comme moi, et que, peut-être, ça leur fera du bien de savoir qu'on peut réussir à publier des romans même quand on n'applique pas à la lettre les conseils des manuels d'écriture. 






Attention : ces articles sont personnels et visent à déculpabiliser ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans certains poncifs. Si vous, vous vous y retrouvez : merveilleux, après tout les clichés ne naissent pas de nulle part et vous êtes sûrement nombreux dans ce cas. Tant mieux ! 
Il se peut aussi que je n'aborde pas d'autres sujets que, vous, vous trouvez clichés, parce qu'il se trouve qu'ils s'appliquent bel et bien à moi et que je n'aurais pas grand chose à dire pour faire avancer le shmilblick. Sorry for that... et si vous écriviez votre propre article sur la question ? :)


Cliché n°3 : un auteur déteste corriger son roman.

Tout le monde connaît cette image de l'auteur imbu de lui-même qui refuse de toucher une ligne de son roman parce que ça détruirait son génie. Je ne dis pas que ça n'existe pas (j'en ai rencontré quelques-uns), mais ce n'est pas de ça que je vais vous parler aujourd'hui, parce que ce n'est clairement pas la majorité des auteurs (et heureusement).
En revanche, beaucoup d'auteurs, même s'ils savent très bien corriger leur roman et le font sans rechigner, disent qu'ils n'aiment pas ça : ils préfèrent le "flow" du premier jet, la création pure, plutôt que retravailler l'existant. J'en suis la première surprise, mais, là encore, ça n'est pas mon cas.
J'adore le premier jet, mais j'adore aussi les premières phases de corrections (le fond), peut-être même plus ! Rien ne me fait plus plaisir que de reprendre un roman en profondeur, parce qu'il en ressort grandi, bien meilleur ; parce que les choses que j'avais envie de faire ressortir apparaissent enfin clairement, parce que mes gros sabots se transforment en petits pas nuancés... J'ai véritablement l'impression de donner vie au roman.


La correction, c'est comme sculpter un texte de bois brut.

Cela tient sûrement en grande partie à ma façon de travailler, parce que mes corrections de fond s'apparentent bien souvent à de la réécriture partielle, si bien que je retrouve ce plaisir créateur que j'ai lors du premier jet, sauf que je n'ai pas besoin de réfléchir à ce que je vais faire de mon histoire : je le sais parfaitement, et je n'ai plus qu'à dérouler et à me laisser surprendre par ce que j'ai mis dans ma V1 sans le savoir. Pour les curieux, j'avais déjà détaillé ce processus dans un article (clic !).
Pour ceux qui savent déjà parfaitement ce qu'ils veulent écrire dès la V1, l'approche est forcément différente. Ils n'ont pas besoin de réécrire. Pour ma part, ça fait partie intégrante de mon processus d'écriture. 
On me demande très souvent si ce n'est pas trop pénible, trop décourageant. Pas du tout. Au contraire, c'est très excitant de voir le roman se transformer, se bonifier, gagner en profondeur et en nuances. Je peux ajouter ou supprimer des personnages, en transformer certains, créer des liens qui n'existaient pas (ou qui existaient sans être visibles), supprimer des pans de l'intrigue inutiles (je coupe quasiment tout le temps mon premier chapitre)... Je sors la tronçonneuse, sans pitié, et je n'ai aucun problème à supprimer des pans entiers de texte parce qu'ils ne correspondent plus à la nouvelle mouture, ou bien parce que l'intrigue patine. OK, j'ai quelques darlings, des scènes que j'adore et qui me font râler quand je dois les supprimer, j'avoue. Mais ça reste l'exception. Il y a même un petit côté jouissif à couper des trucs, parce que tout devient utile, tout est lié, et c'est tellement plus fort comme ça.





Est-ce que j'ai peur que ce soit moins bien qu'avant ? Pas vraiment. J'avais cette peur dans mes premières corrections, mais j'ai pu constater que c'est, finalement, toujours mieux dans la V2. En revanche, j'ai souvent peur que ça ne suffise pas. Parce que, la correction étant une réécriture partielle, j'ai autant la tête dans le guidon que pendant un premier jet, je manque de recul, et je n'ai pas toujours la possibilité de laisser reposer pour le reprendre à froid. C'est mieux, mais est-ce assez ? C'est la question qui me déprime m'agace le plus pendant la phase de corrections, et à laquelle je ne trouve jamais de réponse. Je crois que ce ne sera jamais assez, mais qu'à un moment il faut se lancer. Si j'attends 6 mois de plus et que je le reprends, et ainsi de suite, j'aurai toujours des choses à changer, et au final le roman ne sera plus celui que je voulais écrire à un instant T. 
Réécrire, donc, mais pas à l'infini. Et c'est peut-être ce que je déteste dans les phases suivantes de la correction, quand on ne peut plus toucher au fond : j'ai toujours cette interrogation du "aurais-je pu faire mieux ?", mais je sais que je ne peux de toute façon plus rien y faire, que si le roman n'est pas très bon, il paraîtra comme ça et sera lu comme ça. 
J'aime quand même ces corrections (sauf le BAT parce que j'ai relu mon roman 3645 fois et qu'il me sort par les yeux, et en plus j'arrête pas de douter), mais là, c'est sûr, ce n'est pas ma phase préférée du processus.

Donc : non, tous les auteurs ne détestent pas corriger leur roman, et ce n'est pas une question de flemme. C'est une question de méthode, de feeling avec son texte, avec son écriture ; de doutes aussi, beaucoup. Ce n'est ni mieux, ni moins bien.





Et vous ? Les corrections, vous adorez ou vous détestez ?

1 commentaire:

  1. Merci pour cet article si rassurant, Agnès :-) J'ai tendance à fonctionner comme toi, et une fois que j'ai entre les mains les corrections sur le fond, je suis toujours ravie et étonnée de voir comment certaines modifications, même légères, peuvent contribuer à améliorer l'ensemble. Rien de tel qu'un regard extérieur ! Je n'ai pas écrit assez de romans, comme Loïc, pour avoir été confrontée à des "oui mais - non mais" qui te font tourner en bourrique :-)

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