vendredi 11 janvier 2019

Cliché #1 : écrire pour soi avant tout.

Pour bien commencer l'année (et la résurrection de ce blog), j'ai envie d'écrire une série d'articles sur les clichés qu'on trouve sur l'écriture et la vie d'écrivain. Et, en particulier, ces clichés qui m'ont longtemps culpabilisée parce que, moi, je ne fonctionnais pas comme ça. Après tout, je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à culpabiliser, que d'autres doivent bien fonctionner comme moi, et que, peut-être, ça leur fera du bien de savoir qu'on peut réussir à publier des romans même quand on n'applique pas à la lettre les conseils des manuels d'écriture. 





Attention : ces articles sont personnels et visent à déculpabiliser ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans certains poncifs. Si vous, vous vous y retrouvez : merveilleux, après tout les clichés ne naissent pas de nulle part et vous êtes sûrement nombreux dans ce cas. Tant mieux ! 
Il se peut aussi que je n'aborde pas d'autres sujets que, vous, vous trouvez clichés, parce qu'il se trouve qu'ils s'appliquent bel et bien à moi et que je n'aurais pas grand chose à dire pour faire avancer le shmilblick. Sorry for that... et si vous écriviez votre propre article sur la question ? :)

Place au premier article : écrire pour soi avant tout.

Je ne compte plus les fois où j'ai lu "n'écrivez pas pour les autres, écrivez pour vous" ; "ne songez à la publication qu'une fois le roman terminé". En un sens c'est judicieux : si on essaie de se calquer sur ce que les lecteurs veulent plutôt que sur ce qu'on a envie d'écrire, bien souvent, ça se ressent dans la qualité du roman. Ça sonne faux, ou pas assez approfondi, ou bien c'est une énième copie d'un roman à succès. Les bons romans ont tous ce "petit quelque chose en plus" qui vient des tripes de l'auteur, qu'il a arraché de lui-même pour le coucher sur le papier, parce que ça lui tenait à coeur.



Pour autant, je n'ai jamais écrit uniquement pour moi. J'écris ce que j'ai envie (ou besoin) d'écrire, oui, mais j'écris avant tout pour partager.

Partager une histoire, un personnage. Surtout, partager une idée. L'écriture, c'est mon engagement à moi. Ma façon de lutter ou, tout simplement, de partager mon point de vue sur un aspect de notre société. C'est le moteur premier de chacun de mes romans. Pour Quelques pas de plus, la première chose que je me suis dite, c'est "je veux écrire sur le handicap invisible". Pour IRL, c'était l'observation de masse, cette fascination qu'on a pour le contrôle de la vie des autres. Pour le Secret des Bois-Noirs, le deuil. Chaque roman, avant d'être une histoire, est une réflexion sur le monde qui m'entoure





Vous me direz qu'on peut très bien écrire pour réfléchir sur le monde sans pour autant le partager.
Et vous aurez raison.
Pour autant, ce n'est pas mon cas.

En fait, je me dis souvent que si je n'avais pas de lecteurs, je n'écrirais pas. 

Soyons clairs : avoir des lecteurs ne veut pas forcément dire "publier". Ce peut être des amis, des proches, une communauté en ligne, ou n'importe qui avec qui vous auriez envie de partager vos écrits. La première fois que j'ai réussi à aller au bout de mon processus d'écriture et de corrections, c'est quand j'ai découvert CoCyclics... et donc, quand j'ai cessé d'être seule. Quand j'ai pu faire lire mes écrits, en parler, me rendre compte que ce qui me préoccupait préoccupait également d'autres personnes, et que ça pouvait les intéresser de me lire. C'est comme ça que j'ai fini La Couleur de l'aube, mon tout premier roman.




Encore aujourd'hui, chaque fois que j'écris quelque chose, je pense à ceux qui vont me lire. Savoir que vous êtes là, derrière, me pousse à me challenger, me donne envie de me renouveler, pour vous surprendre à chaque fois. Je pense à des sujets que j'ai envie d'aborder avec vous en profondeur, à vos réactions quand vous découvrirez telle ou telle scène, au meilleur moyen de vous parler des choses qui sont importantes pour moi, et peut-être pour vous aussi, tout en vous faisant passer un bon moment.
Alors, non, je n'écris pas pour moi avant tout. Ecrire n'a pas à être un plaisir égoïste, même si c'est une activité solitaire : on a le droit d'avoir besoin de partager des choses, d'écrire un roman pour créer des liens, même invisibles, avec nos lecteurs.




Le résultat ne sera ni meilleur, ni moins bon : c'est juste votre démarche personnelle qui est différente, et vous n'avez pas à culpabiliser pour ça.

Alors... vous écrivez pour vous, pour les autres, les deux... ? :)

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