vendredi 30 août 2019

ANNONCE : Un atelier d'écriture sur Paris à la rentrée !

Il y a du nouveau à la rentrée !

Parce que l'écriture n'est pas toujours un acte solitaire et que j'ai envie de partager la mienne avec vous, je propose cette année un atelier d'écriture, sur Paris, à raison de 2 heures toutes les 2 semaines, dès septembre.
Je commencerai par un module de 5 séances autour du thème "construire un roman" ; si cela fonctionne bien, il y en aura d'autres par la suite. L'objectif est de se décomplexer, de trouver la méthode qui vous convient et surtout : de se faire plaisir !
Toutes les informations et lien de réservation sont disponibles sur le site Internet. L'atelier est limité à dix participants. Premier arrivé, premier servi 
IMPORTANT : Si vous souhaiteriez vous inscrire mais que le jour ou l'horaire choisis ne vous conviennent pas, n'hésitez surtout pas à me le faire savoir ! En fonction des demandes, il est tout à fait possible de les modifier pour arranger les participants.

Et pour toute question, vous savez où me trouver 

mercredi 26 juin 2019

Cliché #6 : L'écriture devient plus facile quand on est publié

J'ai envie d'écrire une série d'articles sur les clichés qu'on trouve sur l'écriture et la vie d'écrivain. Et, en particulier, ces clichés qui m'ont longtemps culpabilisée parce que, moi, je ne fonctionnais pas comme ça. Après tout, je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à culpabiliser, que d'autres doivent bien fonctionner comme moi, et que, peut-être, ça leur fera du bien de savoir qu'on peut réussir à publier des romans même quand on n'applique pas à la lettre les conseils des manuels d'écriture. 




Attention : ces articles sont personnels et visent à déculpabiliser ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans certains poncifs. Si vous, vous vous y retrouvez : merveilleux, après tout les clichés ne naissent pas de nulle part et vous êtes sûrement nombreux dans ce cas. Tant mieux ! 
Il se peut aussi que je n'aborde pas d'autres sujets que, vous, vous trouvez clichés, parce qu'il se trouve qu'ils s'appliquent bel et bien à moi et que je n'aurais pas grand chose à dire pour faire avancer le shmilblick. Sorry for that... et si vous écriviez votre propre article sur la question ? :)

Cliché n°6 : L'écriture devient plus facile quand on est publié

Avant la première publication, je me disais souvent que je galérais maintenant, mais que ça irait mieux après. Parce que j'aurais appris des choses, que je me serais améliorée, que je me connaîtrais assez pour que les romans coulent de source, comme si la publication était l'aboutissement d'une sorte d'apprentissage et qu'ensuite, il s'agirait plutôt d'un perfectionnement.
Spoiler alert : j'étais naïve.


Même que je deviendrai riche et célèbre !

Alors, histoire de vous rassurer : oui, il y a des choses qui sont plus faciles. Pas faciles, mais plus faciles. Déjà, on a un nom, un travail à montrer et, rien que ça, c'est énorme pour discuter avec des éditeurs potentiels. Ensuite, on les connaît, les éditeurs potentiels, justement. On sait à qui s'adresser, et même que certains nous connaissent avant même qu'on ait à les démarcher, voire qu'ils viennent nous chercher (le truc de dingue).
Ça ne veut pas dire que c'est gagné, loin de là, mais on ne peut pas nier que ça aide, ou au moins que ça accélère les choses. 
Mais je veux parler ici du processus d'écriture en lui-même, pas de la publication. Et pour ça... eh bien, oui, je me suis bien plantée. Parce que c'est vrai que j'ai appris à me connaître. C'est vrai que j'assume le fait de ne pas travailler avec un plan, ou de ne pas appliquer la plupart des excellents conseils sur l'écriture que je lis ici ou là et qui ne me conviennent pas. Même que j'en ai fait un paquet d'articles dans ce blog, que vous retrouverez dans la section "Ecriture". C'est sûrement la raison d'être de cette série d'articles sur les clichés entamée en janvier.
Oui, tout ça, c'est vrai. J'ai appris, beaucoup, j'ai gagné de la confiance en moi, un peu.

Alors, pourquoi ce n'est pas plus facile ?
À cause d'une chose toute bête et pourtant primordiale : chaque roman est différent. Dans le fond, bien sûr, mais aussi dans la façon dont il vient à moi, se met en place, se laisse écrire ou réécrire, coule de source ou résiste. Publié ou non, chaque roman est un apprentissage de soi, de ce qu'on a envie de partager, de ce qui est important pour nous, de la façon dont on peut le faire ressortir.
Un apprentissage de son écriture, mais aussi une lutte perpétuelle entre la certitude de tenir quelque chose de génial (sinon, on n'y passerait pas autant de temps) et le manque absolu de confiance en soi qui pousse à tout remettre en question.
"Et si je n'y arrivais plus jamais ? Et si j'avais écrit toutes mes bonnes histoires ? Et si les lecteurs en avaient assez, si je n'arrivais pas à me renouveler ? Si j'étais incapable de m'améliorer ?"
Autant de questions que je me pose un bon millier de fois à chaque roman. Et savoir que ça m'arrive à chaque fois ne m'aide pas tellement à passer au-dessus. Non, ce qui m'aide, c'est de continuer à écrire, de me rappeler pourquoi je le fais, ce que j'ai envie de transmettre, et d'être assez têtue pour aller jusqu'au bout. Tant pis si c'est nul, je retravaillerai.



Un exemple : mes deux derniers romans.
Erreur 404 (sorti l'année dernière) a été hyper facile à écrire. Vraiment. Malgré le challenge de l'écriture non genrée, d'une narration déstructurée, d'une construction sous forme de jeu vidéo, tout a coulé de source, dans cet espèce de flux évident de l'écriture que j'adore et qui m'éclate. Je n'ai pas eu de coup de mou passée la première moitié, comme ça m'arrive pourtant quasi systématiquement. Malgré la rapidité avec laquelle j'ai pondu le premier jet, j'ai très peu eu besoin de corriger (enfin, à mon échelle : j'ai quand même réécrit plein de trucs, faut pas déconner ^^). Les corrections éditoriales ont été assez simples. Bref : l'écriture parfaite telle que je l'imaginais "quand je serais pro". 

Ensuite, j'ai passé une année en écrivant à peine, pour tout un tas de raison. Il m'a fallu beaucoup de temps pour attaquer mon gros chantier suivant, toujours en cours : Hors Ligne.
Et alors lui, c'est tout l'inverse d'Erreur 404. Je n'ai jamais autant galéré à écrire un roman. Je sais ce que je veux faire, ce que je veux partager, mais je n'arrive pas à le faire. Ou difficilement. Je suis parvenue il y a trois semaines au bout du premier jet, mais j'en garde une sensation de lutte pas très agréable. Je me suis laissé un nombre incalculable de notes en commentaire (ce que je ne fais absolument jamais), et j'ai une tonne d'idées que je ne sais pas bien comment bien emboîter pour pouvoir les faire ressortir, aller au bout. En fait, j'ai l'impression de faire un Rubik's Cube avec ce roman. Et curieusement, j'ai la sensation que c'est ce qui le rendra meilleur que le précédent, et moins bon que le suivant.




Je pourrais vous raconter une histoire différente sur chacun des romans que j'ai publié (ou pas, d'ailleurs) à ce jour. Chaque écriture a été un apprentissage, de moi-même bien sûr, mais aussi de l'écriture, du style, de la narration. Chaque roman est une lutte (parfois facile, parfois pénible). Donc : non, pour ma part, l'acte d'écriture n'est pas plus facile en étant pro. D'autant que la pression de ne pas décevoir ou lasser les lecteurs s'ajoute à celle qu'on se met déjà soi-même, avec ce besoin de toujours se surpasser. Peut-être idiot, peut-être nécessaire. Je ne sais pas trop. Je pense qu'il est pour beaucoup dans mes difficultés avec Hors Ligne : je ressens le besoin d'aller plus loin, de creuser mon sujet plus en profondeur, de surprendre même si j'aborde un autre aspect des nouvelles technologies et des sociétés hyperconnectées. Cette sensation d'aller au bout de ce que j'ai effleuré dans d'autres romans, sans jamais parvenir à le traiter tout à fait. Résultat : je ne suis jamais satisfaite, je me demande si j'en suis capable, etc. Pas le contexte le plus sain pour écrire.
Une chose, cependant, a changé : je sais que je finirai par y arriver, quel que soit le temps et le nombre de réécritures que ça prendra. Et que le parcours en vaut la peine.

J'ai donc envie de conclure cet article sur ceci : c'est normal si vous galérez. Ça ne fait pas de vous un écrivain moins bon. Ça ne veut pas dire que vous galèrerez sur chaque roman. Ce n'est pas parce que ça a l'air facile pour les autres que ça l'est nécessairement, ni que ça doit l'être pour vous. Écrire, ce n'est pas forcément passer des heures le nez collé à l'écran en laissant les doigts courir sur le clavier sans pouvoir s'arrêter. Parfois, c'est aussi donner toute son énergie pour poser une lettre, un mot, et recommencer avec le suivant, en luttant contre l'impression qu'on n'en est pas capable.
L'essentiel, c'est d'aller au bout. (Et aussi de travailler son texte, parce que l'écriture, c'est du travail. ^^)


lundi 1 avril 2019

Cliché #5 : les plus grands malheurs font les meilleurs écrivains

J'ai envie d'écrire une série d'articles sur les clichés qu'on trouve sur l'écriture et la vie d'écrivain. Et, en particulier, ces clichés qui m'ont longtemps culpabilisée parce que, moi, je ne fonctionnais pas comme ça. Après tout, je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à culpabiliser, que d'autres doivent bien fonctionner comme moi, et que, peut-être, ça leur fera du bien de savoir qu'on peut réussir à publier des romans même quand on n'applique pas à la lettre les conseils des manuels d'écriture. 







Attention : ces articles sont personnels et visent à déculpabiliser ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans certains poncifs. Si vous, vous vous y retrouvez : merveilleux, après tout les clichés ne naissent pas de nulle part et vous êtes sûrement nombreux dans ce cas. Tant mieux ! 
Il se peut aussi que je n'aborde pas d'autres sujets que, vous, vous trouvez clichés, parce qu'il se trouve qu'ils s'appliquent bel et bien à moi et que je n'aurais pas grand chose à dire pour faire avancer le shmilblick. Sorry for that... et si vous écriviez votre propre article sur la question ? :)

Cliché n°5 : Les plus grands malheurs font les meilleurs écrivains

Les gens ont très souvent cette image de l'artiste maudit, malheureux comme la pierre, qui utilise l'écriture comme un exutoire, une catharsis. J'ai entendu très souvent qu'il faut avoir souffert pour être un bon artiste, probablement parce que ça nous apprend la vie, ça nous donne quelque chose à partager. L'écriture comme cri de désespoir. Et je suis assez persuadée que c'est le cas pour un certain nombre d'écrivains, comme Gérard de Nerval et son fameux Soleil noir de la mélancolie. (Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé...) Mais aussi ses merveilleux poèmes en prose Aurélia, écrits alors qu'il n'était plus tout à fait lui-même.
Je ne peux d'ailleurs pas nier m'inspirer des choses difficiles que j'ai vécues : Quelques pas de plus est né de mes deux ans passés à béquilles, Le Secret des Bois-Noirs est un hommage à ma grand-mère après sa mort, et il y a sûrement mille petits exemples à trouver dans mes romans de moments où j'ai transformé ma douleur en mots.

Pour autant, je ne partage pas du tout l'idée qu'un écrivain malheureux fait toujours un bon écrivain. En fait, pour mon cas, c'est même totalement l'inverse : je n'écris bien que quand je suis heureuse. Quand je n'ai pas trop de choses en tête, que ma charge mentale n'est pas trop lourde, que j'ai envie de sourire à la vie. Peut-être est-ce parce que j'écris pour partager : quand je vais bien, j'ai envie de parler aux autres, d'échanger, de donner. Au contraire, si je ne suis pas heureuse, j'ai tendance à me replier sur moi, et je n'ai alors aucune envie d'écrire.



Eventuellement, je vais coucher mes maux sur le papier comme un exutoire, mais ce sera un texte court, sans forme, juste pour moi - et que je ne relirai jamais. Un texte impartageable, juste là pour m'aider à mettre des mots sur ce que je ressens, à formuler des pensées plus claires, comme pour m'en décharger.
Mes romans viennent d'une toute autre énergie. Même quand ils prennent source dans une douleur, comme Quelques pas de plus ou Le Secret des Bois-Noirs, je ne peux les écrire que quand je suis guérie. Quand j'ai pris du recul sur mes émotions, que je suis capable de les analyser, d'en parler sans souffrir. Alors, seulement, j'accepte de me replonger dans ce que j'ai vécu pour le transformer et en faire une histoire. Mais, pour ça, il faut que ma vie soit stable, que je sois émotionnellement capable de revivre la douleur et de m'en relever aussitôt, sans me sentir ébranlée.



Ecrire, c'est épuisant. Mentalement, émotionnellement. Je donne beaucoup, je puise profondément en moi, je passe mon temps à me remettre en question (est-ce que je vais assez loin dans ma réflexion ? Est-ce que ce personnage est crédible ? Est-ce que cette scène, que j'adore, est si géniale ?). C'est aussi très excitant parfois, avec cette espèce de frustration de ne pas pouvoir partager tout de suite l'idée géniale que je viens d'avoir, de glousser à l'avance sur les réactions des lecteurs, sur mes private jokes... Chez moi, l'écriture est une série de montagnes russes assez incroyables, où je passe constamment de "je suis géniale" (rien que ça) à "mais quelle nulle, je n'écrirai plus jamais rien de bon !" A cela s'ajoutent toutes les incertitudes sur la vie du roman en devenir : si je vais réussir à le publier, s'il trouvera ses lecteurs, s'il sera à la hauteur de leurs attentes... Résultat : j'ai intérêt à être bien stable dans ma tête et dans mon coeur pour pouvoir supporter tout ça sans rester coincée dans un creux ou sur une bosse, et conduire le wagon jusqu'à la fin du manège.





C'est peut-être, aussi, une des raisons pour lesquelles j'écris par à-coups, avec de longues périodes de creux : parce que quand j'ai trop de choses à faire qui tournent dans ma tête, je n'ai pas l'esprit assez libre pour inventer ; je n'ai pas assez d'énergie pour créer, pour donner. 
En bref : dire qu'on n'écrit bien que quand on ne va pas bien, pour mon cas, c'est vraiment un non-sens : oui, mes malheurs peuvent être une source d'inspiration a posteriori, et c'est d'ailleurs une vraie consolation, en tant qu'écrivain, de pouvoir me dire que ce qui m'arrive finira par être utile (ou que je pourrai tuer telle ou telle personne dans un prochain roman), mais je m'inspire autant (sinon plus) des belles choses qui me sont arrivées. Et, surtout, j'ai besoin d'aller bien pour être capable d'explorer mes émotions, mes réflexions sur le monde, et mes capacités d'écrivain.


Et vous ? Vous écrivez mieux quand vous allez bien, ou quand vous êtes malheureux ?

lundi 18 février 2019

Cliché #4 : un auteur doit accepter toutes les critiques pour s'améliorer

J'ai envie d'écrire une série d'articles sur les clichés qu'on trouve sur l'écriture et la vie d'écrivain. Et, en particulier, ces clichés qui m'ont longtemps culpabilisée parce que, moi, je ne fonctionnais pas comme ça. Après tout, je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à culpabiliser, que d'autres doivent bien fonctionner comme moi, et que, peut-être, ça leur fera du bien de savoir qu'on peut réussir à publier des romans même quand on n'applique pas à la lettre les conseils des manuels d'écriture. 







Attention : ces articles sont personnels et visent à déculpabiliser ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans certains poncifs. Si vous, vous vous y retrouvez : merveilleux, après tout les clichés ne naissent pas de nulle part et vous êtes sûrement nombreux dans ce cas. Tant mieux ! 
Il se peut aussi que je n'aborde pas d'autres sujets que, vous, vous trouvez clichés, parce qu'il se trouve qu'ils s'appliquent bel et bien à moi et que je n'aurais pas grand chose à dire pour faire avancer le shmilblick. Sorry for that... et si vous écriviez votre propre article sur la question ? :)

Cliché n°4 : un auteur doit accepter toutes les critiques pour s'améliorer

La dernière fois, je vous disais que j'adore corriger mon roman et que, forcément, recevoir des retours constructifs de mes bêtas et de mes éditeurs qui me disent qu'en gros, c'est bien mais ça pourrait être bien meilleur, ça ne me fait pas peur (au contraire, j'ai parfois peur que mon relecteur ne soit pas assez critique). Je dis souvent aussi (et je le pense vraiment) que les lecteurs ont tout à fait le droit de ne pas aimer mes romans, et de le dire, puisque je suis la première à le faire pour les romans des autres.
Au risque de faire polémique, je me lance pourtant aujourd’hui dans un sujet sur lequel j'ai beaucoup réfléchi : cette idée qu'une chronique doit être constructive. Et que, par conséquent, l'auteur doit l'accepter, qu'elle soit bonne ou mauvaise, parce qu'elle lui permettra de s'améliorer.
Je ne suis pas (plus) d'accord avec ça. D'abord, parce que ce n'est pas le rôle d'une chronique. Une chronique est là pour guider les lecteurs dans leurs choix, pas pour guider les auteurs dans leur écriture. Elle intervient sur le produit fini, qui a déjà été longuement travaillé, qui a été publié parfois plusieurs années auparavant et qui ne peut plus être retouché. Alors, certes, recevoir une multitude de retours identiques sur un roman permet de prendre du recul dessus, de se dire que peut-être on aurait dû faire ça autrement, que la prochaine fois, on fera attention à ce point précis. Mais c'est un bonus à la discrétion de l'auteur - pas l'objectif premier de la chronique. 
J'ai depuis longtemps fait le choix de ne jamais commenter publiquement les chroniques que je reçois, même quand ça me démange, même quand on m'interpelle, même quand j'ai envie de blaguer dessus, de répondre à une question que le lecteur se pose. Je conçois ces chroniques et leurs commentaires comme un espace de liberté pour les lecteurs, qui sera biaisé si j'interviens, parce qu'ils n'oseront pas toujours donner leur avis avec franchise. Je réserve mes réponses à la sphère privée, bien plus propice à la discussion. 
Mais, même lorsque je réponds, je n'argumente pas mes choix (à moins d'une question directe). Le lecteur n'a pas aimé mon héroïne ? C'est son droit. Ça ne servirait à rien que je lui démontre par a+b qu'elle est telle qu'elle doit être, parce qu'il a le droit de ne pas l'aimer de cette façon. Tout comme ça ne servirait à rien qu'il me démontre par a+b que j'ai eu tort de la décrire de cette façon - d'une part parce qu'à ce stade, c'est trop tard, et d'autre part parce que j'ai le droit, moi, de ne pas être d'accord.



Je ne dis pas qu'aucun dialogue n'est possible. On peut dire "je n'ai pas aimé ce choix parce que...", répondre "ah, je n'y avais pas pensé ! C'est intéressant, même si j'ai fait ce choix parce que... etc." et discuter de nos goûts et envie respectifs, c'est même ce qui fait la richesse de la littérature. Le tout est de ne pas chercher à convaincre l'autre qu'il a tort - parce qu'il n'a pas tort. Il a son avis, et c'est tout.
Partant de là, une critique ne nous permettra pas forcément de nous améliorer. Parce qu'elle peut ne pas correspondre à ce qu'on a envie de faire (par exemple un lecteur qui trouve un roman jeunesse "trop jeunesse"). Parce qu'elle est peut-être contraire à 15 autres chroniques reçues. Parce qu'elle reflète la réaction d'une personne précise à un moment précis de sa vie, qu'elle aura peut-être un autre avis à un autre moment, que certains ont sûrement aimé ce qu'elle a détesté, qu'on ne peut pas plaire à tout le monde (ouh, le cliché), et que ce serait vain d'essayer de le faire. Parce que quelqu'un qui n'a aimé ni l'intrigue, ni le personnage, ni l'univers, ni le style, n'est tout simplement pas fait pour lire ce qu'on écrit.
Parce que si on part dans cette direction, on finit par écrire uniquement ce que veulent nos lecteurs (ou plutôt ce qu'on pense qu'ils veulent) sans plus nous demander ce que nous, on a envie d'écrire - et on perd notre identité, notre voix, faite de nos forces et de nos faiblesses. Alors, oui, il faut accepter que tout le monde n'aime pas ce qu'on écrit. Mais ça ne veut pas dire qu'on doit en retirer quelque chose. C'est important pour moi d'accepter ça parce qu'aujourd'hui, c'est terriblement culpabilisant, parfois, d'être présent sur les réseaux sociaux. Tout le monde y va de sa théorie sur ce qu'un auteur doit ou ne doit pas faire vis à vis des chroniques : répondre, ne pas répondre, lire, ne pas lire, partager, ne pas partager... au point qu'on finit par ne plus savoir comment on a vraiment envie de réagir. Ma réponse, elle est là : j'adore que vous écriviez des chroniques. J'adore que vous ayez parfois envie d'en discuter avec moi. Mais n'ayez pas l'impression de me dire quelque chose de constructif. Ne vous sentez même pas obligé d'argumenter - vous en avez le droit, mais c'est votre choix. Par cette chronique, j'en apprends plus sur vos goûts, pas sur ma façon d'écrire. Sauf si, encore une fois, le même point se retrouve dans un grand nombre de chroniques, et qu'il fait écho à quelque chose qui me parle. Mais, ça, c'est une autre histoire :)


vendredi 25 janvier 2019

Cliché #3 : un auteur déteste corriger son roman.

Pour bien commencer l'année, j'ai envie d'écrire une série d'articles sur les clichés qu'on trouve sur l'écriture et la vie d'écrivain. Et, en particulier, ces clichés qui m'ont longtemps culpabilisée parce que, moi, je ne fonctionnais pas comme ça. Après tout, je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à culpabiliser, que d'autres doivent bien fonctionner comme moi, et que, peut-être, ça leur fera du bien de savoir qu'on peut réussir à publier des romans même quand on n'applique pas à la lettre les conseils des manuels d'écriture. 






Attention : ces articles sont personnels et visent à déculpabiliser ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans certains poncifs. Si vous, vous vous y retrouvez : merveilleux, après tout les clichés ne naissent pas de nulle part et vous êtes sûrement nombreux dans ce cas. Tant mieux ! 
Il se peut aussi que je n'aborde pas d'autres sujets que, vous, vous trouvez clichés, parce qu'il se trouve qu'ils s'appliquent bel et bien à moi et que je n'aurais pas grand chose à dire pour faire avancer le shmilblick. Sorry for that... et si vous écriviez votre propre article sur la question ? :)


Cliché n°3 : un auteur déteste corriger son roman.

Tout le monde connaît cette image de l'auteur imbu de lui-même qui refuse de toucher une ligne de son roman parce que ça détruirait son génie. Je ne dis pas que ça n'existe pas (j'en ai rencontré quelques-uns), mais ce n'est pas de ça que je vais vous parler aujourd'hui, parce que ce n'est clairement pas la majorité des auteurs (et heureusement).
En revanche, beaucoup d'auteurs, même s'ils savent très bien corriger leur roman et le font sans rechigner, disent qu'ils n'aiment pas ça : ils préfèrent le "flow" du premier jet, la création pure, plutôt que retravailler l'existant. J'en suis la première surprise, mais, là encore, ça n'est pas mon cas.
J'adore le premier jet, mais j'adore aussi les premières phases de corrections (le fond), peut-être même plus ! Rien ne me fait plus plaisir que de reprendre un roman en profondeur, parce qu'il en ressort grandi, bien meilleur ; parce que les choses que j'avais envie de faire ressortir apparaissent enfin clairement, parce que mes gros sabots se transforment en petits pas nuancés... J'ai véritablement l'impression de donner vie au roman.


La correction, c'est comme sculpter un texte de bois brut.

Cela tient sûrement en grande partie à ma façon de travailler, parce que mes corrections de fond s'apparentent bien souvent à de la réécriture partielle, si bien que je retrouve ce plaisir créateur que j'ai lors du premier jet, sauf que je n'ai pas besoin de réfléchir à ce que je vais faire de mon histoire : je le sais parfaitement, et je n'ai plus qu'à dérouler et à me laisser surprendre par ce que j'ai mis dans ma V1 sans le savoir. Pour les curieux, j'avais déjà détaillé ce processus dans un article (clic !).
Pour ceux qui savent déjà parfaitement ce qu'ils veulent écrire dès la V1, l'approche est forcément différente. Ils n'ont pas besoin de réécrire. Pour ma part, ça fait partie intégrante de mon processus d'écriture. 
On me demande très souvent si ce n'est pas trop pénible, trop décourageant. Pas du tout. Au contraire, c'est très excitant de voir le roman se transformer, se bonifier, gagner en profondeur et en nuances. Je peux ajouter ou supprimer des personnages, en transformer certains, créer des liens qui n'existaient pas (ou qui existaient sans être visibles), supprimer des pans de l'intrigue inutiles (je coupe quasiment tout le temps mon premier chapitre)... Je sors la tronçonneuse, sans pitié, et je n'ai aucun problème à supprimer des pans entiers de texte parce qu'ils ne correspondent plus à la nouvelle mouture, ou bien parce que l'intrigue patine. OK, j'ai quelques darlings, des scènes que j'adore et qui me font râler quand je dois les supprimer, j'avoue. Mais ça reste l'exception. Il y a même un petit côté jouissif à couper des trucs, parce que tout devient utile, tout est lié, et c'est tellement plus fort comme ça.





Est-ce que j'ai peur que ce soit moins bien qu'avant ? Pas vraiment. J'avais cette peur dans mes premières corrections, mais j'ai pu constater que c'est, finalement, toujours mieux dans la V2. En revanche, j'ai souvent peur que ça ne suffise pas. Parce que, la correction étant une réécriture partielle, j'ai autant la tête dans le guidon que pendant un premier jet, je manque de recul, et je n'ai pas toujours la possibilité de laisser reposer pour le reprendre à froid. C'est mieux, mais est-ce assez ? C'est la question qui me déprime m'agace le plus pendant la phase de corrections, et à laquelle je ne trouve jamais de réponse. Je crois que ce ne sera jamais assez, mais qu'à un moment il faut se lancer. Si j'attends 6 mois de plus et que je le reprends, et ainsi de suite, j'aurai toujours des choses à changer, et au final le roman ne sera plus celui que je voulais écrire à un instant T. 
Réécrire, donc, mais pas à l'infini. Et c'est peut-être ce que je déteste dans les phases suivantes de la correction, quand on ne peut plus toucher au fond : j'ai toujours cette interrogation du "aurais-je pu faire mieux ?", mais je sais que je ne peux de toute façon plus rien y faire, que si le roman n'est pas très bon, il paraîtra comme ça et sera lu comme ça. 
J'aime quand même ces corrections (sauf le BAT parce que j'ai relu mon roman 3645 fois et qu'il me sort par les yeux, et en plus j'arrête pas de douter), mais là, c'est sûr, ce n'est pas ma phase préférée du processus.

Donc : non, tous les auteurs ne détestent pas corriger leur roman, et ce n'est pas une question de flemme. C'est une question de méthode, de feeling avec son texte, avec son écriture ; de doutes aussi, beaucoup. Ce n'est ni mieux, ni moins bien.





Et vous ? Les corrections, vous adorez ou vous détestez ?

mercredi 16 janvier 2019

Cliché #2 : un auteur a toujours mille idées de romans

Pour bien commencer l'année (et la résurrection de ce blog), j'ai envie d'écrire une série d'articles sur les clichés qu'on trouve sur l'écriture et la vie d'écrivain. Et, en particulier, ces clichés qui m'ont longtemps culpabilisée parce que, moi, je ne fonctionnais pas comme ça. Après tout, je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à culpabiliser, que d'autres doivent bien fonctionner comme moi, et que, peut-être, ça leur fera du bien de savoir qu'on peut réussir à publier des romans même quand on n'applique pas à la lettre les conseils des manuels d'écriture. 







Attention : ces articles sont personnels et visent à déculpabiliser ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans certains poncifs. Si vous, vous vous y retrouvez : merveilleux, après tout les clichés ne naissent pas de nulle part et vous êtes sûrement nombreux dans ce cas. Tant mieux ! 
Il se peut aussi que je n'aborde pas d'autres sujets que, vous, vous trouvez clichés, parce qu'il se trouve qu'ils s'appliquent bel et bien à moi et que je n'aurais pas grand chose à dire pour faire avancer le shmilblick. Sorry for that... et si vous écriviez votre propre article sur la question ? :)


Cliché n°2 : un auteur a toujours mille idées de roman en même temps.

Ça fait un moment maintenant que je rencontre des auteurs, et à chaque fois, ce qui me frappe quand je leur demande de me parler de leurs projets, c'est qu'ils en ont toujours plein en même temps. Un roman en correction, deux en cours d'écriture, un qui vient de sortir... ça marche aussi avec les jeunes auteurs qui commencent plein de projets et ont, du coup, du mal à se fixer sur un pour le finir.
Bien sûr, beaucoup ont aussi "leur projet", sur lequel ils passent dix ans avant de le soumettre - mais ça n'empêche pas certains d'entre eux, une fois publiés et débarrassés de cette obsession en quelque sorte, de multiplier les projets en parallèle.
Le monde de l'édition jeunesse nous y incite beaucoup, à vrai dire : il faut publier beaucoup et souvent pour être visible, on a souvent plusieurs éditeurs, et chacun nous demande si on a un projet pour lui, ou même une idée qu'on lui réserve.
Donc, avoir plein d'idées prêtes à éclore, c'est souvent bien pratique dans ces cas-là (encore faut-il trouver le temps de les écrire toutes, mais c'est un autre débat).





Mais, vous vous en doutez puisque j'écris cet article, ce n'est pas mon cas.

Je n'ai (quasiment) jamais deux idées en même temps. Quand j'en ai une, elle m'obsède, elle prend toute la place. Je vois la réalité par son prisme (comprendre : tout ce que je vois dans mon quotidien m'y fait penser), que je sois en phase d'écriture ou pas. Pendant tout le temps de la gestation, du premier jet puis des corrections de fond, je suis plus ou moins incapable d'imaginer une autre histoire que celle-là.
On me demande souvent lequel, parmi mes romans, est mon chouchou ; je réponds toujours que c'est celui que je suis en train d'écrire. Et c'est toujours vrai. Parce que, au moment de l'écriture, je ne pense qu'à lui. Les autres, en comparaison, me paraissent fades - non pas mauvais, mais moins... vivants. Parce qu'ils ne vivent plus dans mon esprit, mais dans le vôtre

Il n'y a que quand j'ai terminé mes corrections de fond et que le roman est soit en soumission éditoriale, soit en phase de correction de forme chez l'éditeur, que je parviens à me détacher de cette histoire ; je la considère comme terminée, j'ai mis dedans ce que j'avais à y mettre. Il me faut alors un moment de "vide" pendant lequel je fais tout sauf écrire, ravie de retrouver un cerveau capable de se concentrer sur autre chose que sur mon histoire, de manière un peu monomaniaque ; et, seulement alors, commence à poindre le bout d'un embryon d'idée d'un autre roman.

Quand on sait que le processus gestation/écriture/corrections de fond me prend en moyenne un an, c'est pas bien compliqué à calculer : ça fait pas des masses d'idée par an. ^^ Si bien que je me retrouve régulièrement bouche grande ouverte comme une idiote quand un éditeur me demande : "Alors, t'as un autre projet pour moi ?".
Mais tant pis. J'ai fini par accepter que c'était comme ça que je fonctionnais, que j'avais besoin de me laisser habiter complètement par mon roman, de vivre à travers lui pendant longtemps pour aller vraiment au fond des choses, lui donner de la profondeur, des nuances. D'autres y parviennent sur plusieurs histoires parallèles, pas moi. Chacun son truc !

Oui.


Si vous me suivez sur les réseaux, vous allez peut-être m'objecter : "Mais nous, on t'a vu parler de plein de projets différents cette année, t'en as pas qu'un seul en cours !"
C'est normal : les réseaux sociaux et le processus d'écriture ne sont pas sur la même ligne temporelle. Chaque roman met un temps défini entre l'écriture et la publication - un temps qui n'est pas identique d'une fois sur l'autre. Si bien que, quand je vous annonce qu'un projet va être publié, pour moi, il a pu se passer six mois depuis la fin de mes corrections de fond, et je suis passée à autre chose. Ou bien je vais vous parler des corrections de forme proposées par l'éditeur, qui ne changent plus le fond de l'histoire et qui, dans mon cas, ne font plus partie de la phase "obsession". Ou bien je vais vous parler d'un roman déjà sorti, ou en train de paraître, qui pour moi est terminé depuis bien longtemps.
Il y a toujours une sorte de décalage entre la façon dont je vis l'écriture d'un roman et le moment où je peux en parler. Si bien que vous pourrez m'entendre parler d'un roman en cours d'écriture, d'un autre en cours de correction d'un autre paru, et avoir l'impression que je fais tout ça en même temps. Mais non : tout ça s'est étalé sur de longs mois, des années, même.




En fait, la seule exception que j'ai faite, c'est pour écrire mon roman à 4 mains avec Cindy. Parce qu'il fallait accorder nos 2 plannings et que passer deux ans sans écrire d'autre romans, ce n'était pas possible. Mais, pour être franche, j'ai vraiment eu du mal à alterner deux projets en phase d'écriture. Ça a fonctionné parce que Cindy titillait ma curiosité et me donnait envie de me pencher sur son chapitre même quand j'étais plongée dans un autre ; toute seule, je n'aurais clairement pas fonctionné comme ça (j'aurais écrit tout le roman avant de passer au suivant).

En somme : vous n'avez pas à culpabiliser si vous ne fourmillez pas d'idées avec une muse indomptable qui vous pond 3 intrigues à la minute. Peut-être que vous avez besoin de plus de temps pour les maturer, pour laisser venir les idées et les assembler. Peut-être que vous êtes monomaniaque. Vous n'êtes pas moins légitimes pour autant. Vous n'écrirez pas moins non plus. Acceptez la façon dont vous fonctionnez, ça vous évitera de stresser en vous disant que vous n'avez pas d'idée et que ça-y-est-c'est-le-syndrome-de-la-page-blanche-je-n'écrirai-plus-jamais-de-bonne-histoire. (Ça sent le vécu ? C'est normal. ^^)




Et vous ? Vous avez mille idées à la fois, ou une seule ?

vendredi 11 janvier 2019

Cliché #1 : écrire pour soi avant tout.

Pour bien commencer l'année (et la résurrection de ce blog), j'ai envie d'écrire une série d'articles sur les clichés qu'on trouve sur l'écriture et la vie d'écrivain. Et, en particulier, ces clichés qui m'ont longtemps culpabilisée parce que, moi, je ne fonctionnais pas comme ça. Après tout, je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à culpabiliser, que d'autres doivent bien fonctionner comme moi, et que, peut-être, ça leur fera du bien de savoir qu'on peut réussir à publier des romans même quand on n'applique pas à la lettre les conseils des manuels d'écriture. 





Attention : ces articles sont personnels et visent à déculpabiliser ceux qui, comme moi, ne se retrouvent pas dans certains poncifs. Si vous, vous vous y retrouvez : merveilleux, après tout les clichés ne naissent pas de nulle part et vous êtes sûrement nombreux dans ce cas. Tant mieux ! 
Il se peut aussi que je n'aborde pas d'autres sujets que, vous, vous trouvez clichés, parce qu'il se trouve qu'ils s'appliquent bel et bien à moi et que je n'aurais pas grand chose à dire pour faire avancer le shmilblick. Sorry for that... et si vous écriviez votre propre article sur la question ? :)

Place au premier article : écrire pour soi avant tout.

Je ne compte plus les fois où j'ai lu "n'écrivez pas pour les autres, écrivez pour vous" ; "ne songez à la publication qu'une fois le roman terminé". En un sens c'est judicieux : si on essaie de se calquer sur ce que les lecteurs veulent plutôt que sur ce qu'on a envie d'écrire, bien souvent, ça se ressent dans la qualité du roman. Ça sonne faux, ou pas assez approfondi, ou bien c'est une énième copie d'un roman à succès. Les bons romans ont tous ce "petit quelque chose en plus" qui vient des tripes de l'auteur, qu'il a arraché de lui-même pour le coucher sur le papier, parce que ça lui tenait à coeur.



Pour autant, je n'ai jamais écrit uniquement pour moi. J'écris ce que j'ai envie (ou besoin) d'écrire, oui, mais j'écris avant tout pour partager.

Partager une histoire, un personnage. Surtout, partager une idée. L'écriture, c'est mon engagement à moi. Ma façon de lutter ou, tout simplement, de partager mon point de vue sur un aspect de notre société. C'est le moteur premier de chacun de mes romans. Pour Quelques pas de plus, la première chose que je me suis dite, c'est "je veux écrire sur le handicap invisible". Pour IRL, c'était l'observation de masse, cette fascination qu'on a pour le contrôle de la vie des autres. Pour le Secret des Bois-Noirs, le deuil. Chaque roman, avant d'être une histoire, est une réflexion sur le monde qui m'entoure





Vous me direz qu'on peut très bien écrire pour réfléchir sur le monde sans pour autant le partager.
Et vous aurez raison.
Pour autant, ce n'est pas mon cas.

En fait, je me dis souvent que si je n'avais pas de lecteurs, je n'écrirais pas. 

Soyons clairs : avoir des lecteurs ne veut pas forcément dire "publier". Ce peut être des amis, des proches, une communauté en ligne, ou n'importe qui avec qui vous auriez envie de partager vos écrits. La première fois que j'ai réussi à aller au bout de mon processus d'écriture et de corrections, c'est quand j'ai découvert CoCyclics... et donc, quand j'ai cessé d'être seule. Quand j'ai pu faire lire mes écrits, en parler, me rendre compte que ce qui me préoccupait préoccupait également d'autres personnes, et que ça pouvait les intéresser de me lire. C'est comme ça que j'ai fini La Couleur de l'aube, mon tout premier roman.




Encore aujourd'hui, chaque fois que j'écris quelque chose, je pense à ceux qui vont me lire. Savoir que vous êtes là, derrière, me pousse à me challenger, me donne envie de me renouveler, pour vous surprendre à chaque fois. Je pense à des sujets que j'ai envie d'aborder avec vous en profondeur, à vos réactions quand vous découvrirez telle ou telle scène, au meilleur moyen de vous parler des choses qui sont importantes pour moi, et peut-être pour vous aussi, tout en vous faisant passer un bon moment.
Alors, non, je n'écris pas pour moi avant tout. Ecrire n'a pas à être un plaisir égoïste, même si c'est une activité solitaire : on a le droit d'avoir besoin de partager des choses, d'écrire un roman pour créer des liens, même invisibles, avec nos lecteurs.




Le résultat ne sera ni meilleur, ni moins bon : c'est juste votre démarche personnelle qui est différente, et vous n'avez pas à culpabiliser pour ça.

Alors... vous écrivez pour vous, pour les autres, les deux... ? :)