mardi 8 novembre 2016

Être invité en table ronde : ça se passe comment ?

Souvenez-vous : il y a quelque temps, je vous parlais du top 10 des trucs qu'on ne nous apprend pas en tant qu'auteur, et j'évoquais les tables rondes/conférences en salon du livre en expliquant que j'étais bien stressée à l'idée d'en faire. Maintenant que j'ai fait mon baptême du feu (aux Imaginales, puis aux Utopiales), il est temps de vous raconter un peu l'expérience.
Prêts ?

Tout commence par une invitation en salon. 
On est content, on sautille partout, on prépare les affaires pour dédicacer, on prend des rendez-vous...
Et puis, environ une semaine avant (c'est-à-dire en même temps que tout le monde, ou presque), on découvre le planning du salon. Et là, fébrile, on regarde la liste des conférences pour savoir à quelle sauce on va être mangé.
(Note : des fois on le reçoit par mail, on n'a pas besoin de se connecter sur le site web.)

Car sachez-le : ce n'est pas l'auteur qui choisit les sujets sur lesquels on va l'interroger (ce serait sûrement un cauchemar d'organisation !), ni quand, ni avec qui. ET on n'a pas toujours un doctorat sur le sujet en question. Voire, il se peut qu'on tombe sur un sujet sur lequel on n'a jamais écrit, très peu ou pas lu, et qui ne nous était même jamais venu à l'esprit. (Spéciale dédicace à la conférence de Cindy Van Wilder sur les félins aux Imaginales et, pour ma part, à celle sur la vulgarisation scientifique en littérature jeunesse aux Utopiales). 
Imaginez un peu, c'est comme devoir faire un exposé avec des gens qu'on ne connaît pas, sur un sujet qu'on ne connaît pas, sans pouvoir prévoir les questions et avec pour enjeu d'éviter d'endormir le public, et même de lui apporter des choses !
C'est pas stressant du tout, hein ?




Mais j'exagère un peu : en général, les sujets sont quand même reliés à un ou plusieurs romans qu'on a écrits. Et la bonne nouvelle, c'est qu'on n'est pas à l'école et que si on dévie du sujet, ça n'embête personne tant qu'on dit des trucs intéressants. Par exemple, sur la conférence des Utopiales "Dystopie VS post-apocalyptique : mécanismes d'un succès jeunesse", on a évacué le sujet du post-apo, parce que ni Léna Jomahé ni moi ne connaissions assez le sujet pour en parler, et on s'est concentrées sur la dystopie qu'on maîtrisait bien mieux.

Donc, après avoir découvert le programme des conférences, selon les modérateurs, il arrive qu'on reçoive un mail pour préparer un peu le sujet (enjeux à aborder, choses qu'on aimerait dire, romans qu'on a écrits sur la question, etc.). Parfois, on a juste le sujet et les noms des autres intervenants, et on découvre tout une fois sur place. De toute façon, le format "table ronde" étant plus libre qu'un exposé, justement, ça varie beaucoup en fonction de ce qu'on dit sur le moment, pour rebondir et essayer d'avoir plus une discussion/débat que des questions/réponses assez décousues.
Donc, au final, l'improvisation reste le maître mot.




Pour ma part, j'aime réfléchir un peu aux sujets avant le jour J. C'est un exercice intéressant, parce que ça me force à aborder mes romans et mes lectures sous un angle précis, auquel je n'aurais pas forcément pensé toute seule. Par exemple : mon rapport à la science dans mes romans, comment je l'utilise et la présente. Ou la raison pour laquelle j'écris des dystopies. Ou la force de la liberté dans mes textes (OK, ça j'y avais déjà réfléchi, mais ça force à mettre des mots dessus). J'apprends souvent des choses sur mes propres récits, au final, et je trouve ça assez passionnant, même si toujours un peu déconcertant.

Et puis vient l'heure de la conférence
Je passe aux toilettes avant d'y aller (essentiel, surtout quand on a bu trop de café !), j'y vais un peu en avance pour trouver la salle (je vous ai déjà parlé de mon absence terrible de sens de l'orientation ?), je regarde, fébrile, s'il y a du public ; je stresse un peu en voyant les autres arriver.
Je dis bonjour, je m'assieds, dans mes petits souliers.


Comme ça.

Et puis le stress disparaît. On est là, entre potes ou collègues, à discuter de sujets qui nous intéressent et qui, avec un peu de chance, en intéresseront d'autres. Le modérateur permet d'éviter les blancs et de recadrer si on s'écarte trop de la question ; il fait en sorte que chacun puisse parler et évoquer ses romans, son point de vue. En général, je suis bien.

Sauf quand je commence une phrase et que j'oublie la fin.




Ou quand je m'enflamme sur un sujet, et que tout à coup je réalise que je ne sais plus pourquoi je suis en train de raconter ça, que j'ai oublié la question initiale et que quelle horreur, je raconte n'importe quoi !





Ou quand, du coup, je me mets à bafouiller en plein milieu d'une phrase, cherche mes mots sans parvenir à les formuler, avec l'impression que ça dure des siècles pendant que le public a les yeux rivés sur moi.




Ou quand j'ai plein de trucs à dire mais que c'est trop tard parce qu'on a changé de question.




Ou quand, la fatigue de fin de salon aidant, je m'aperçois que j'ai décroché pendant que les autres parlaient et que c'est bientôt mon tour et que je n'ai aucune idée de ce qui a été dit.




Au final, ça tient un peu du miracle qu'on vienne me voir après la conférence pour me dire que c'était intéressant et acheter mon roman parce que j'ai donné envie !
Le plus drôle étant que, autant sur le coup je suis super convaincue et passionnée par ce que je raconte, autant une fois la conférence terminée je suis parfaitement incapable de me rappeler de quoi j'ai parlé (à part de très courtes bribes). 
Je veux dire : je ne me rappelle rien. Ni les questions, ni les réponses, sauf une ou deux idées qui me sont venues et m'ont marquée, éclipsant tout le reste (les miennes ou celles des autres intervenants, d'ailleurs). Ce qui est vachement pratique quand on me reparle de la conférence après coup, vous en conviendrez.



Bref : les conférences, pour moi, c'est une succession de micro instants de panique et de révélations littéraires, avec la satisfaction suprême d'avoir des questions intéressées à la fin et de réussir (parfois) à donner envie de lire mes romans (ou ceux que j'aime). 
Et ça a l'air cauchemardesque, comme ça, mais au final ce sont surtout de belles découvertes avec des auteurs que je ne connaissais pas, avec un public qui ne me connaissait pas, sur des sujets auxquels je n'avais pas toujours pensé et où je me rends compte que, finalement, j'ai toujours des choses à dire.

Le premier qui dit que c'est parce que je suis bavarde fait la prochaine conférence à ma place !




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