mardi 20 septembre 2016

Adapter un roman pour les "Dys"

Aujourd'hui, j'enfile ma casquette d'éditrice pour vous parler d'une facette que je découvre avec les éditions Castelmore, qui ont la bonne idée d'adapter certains de leurs romans YA pour les Dys.
Note : je ne suis pas une spécialiste, et travaille avec une consultante pour être sûre de ne pas faire de bêtise. N'hésitez pas à me corriger si j'ai mal expliqué certaines choses !

D'abord, les Dys, qui est-ce ?
Ce sont des personnes sujettes à des troubles cognitifs, comme la dyslexie, la dysorthographie, la dysphasie, la dyspraxie, la dyscalculie... Des troubles qui leur rendent la lecture (et l'apprentissage) difficiles, voire impossibles.
Je vous invite à parcourir le site de la Fédération Française des Dys pour en savoir plus (ils vous expliqueront tout ça bien mieux que moi).

Source : Dysmoitout.org


Pourquoi adapter des romans pour eux ?
Eh bien, tout simplement parce qu'ils n'ont pas la même capacité de concentration sur la lecture que les autres, et qu'il est pour eux très difficile de lire un roman long. Leur seule solution consiste à se tourner vers les premières lectures et les romans pour les plus jeunes. Mais en tant qu'ado ou jeune adulte, ils ont, comme tout le monde, envie de lire des romans qui abordent des thèmes qui leur parlent, qui leur apprendront des choses, les feront vibrer... Bref, des romans comme les autres.
La forme de ces romans les empêche d'accéder au contenu qui les intéressent. D'où l'intérêt d'adapter la forme pour leur faciliter la lecture et leur permettre de lire ce qu'ils veulent - et donc, peut-être, d'éviter qu'ils se détournent complètement de la lecture du fait de leurs difficultés.


Source : Dysmoitout.org



Et concrètement, ça donne quoi ?
Il y a plusieurs éléments à prendre en compte, dont voici les principaux :

* Fixer les lettres dans l'espace
Pour certains Dys, le texte n'est pas figé : les lettre sortent de la page et tournent, ou s'intervertissent. Certaines polices de caractère ont été étudiées spécifiquement pour limiter ces effets, et faciliter la lecture. Celle choisie ici est plus fine et plus grande, avec des interlignes plus élevés et des empâtements qui simplifient la différenciation des lettres. On évite aussi les italiques, qui compliquent la lecture (on remplace par des guillemets, par exemple pour les titres d'oeuvres). 



Vous voulez comparer ?





*Raccourcir les phrases
L'attention des Dys est difficile à garder. Vu que lire est pour eux plus compliqué que pour nous, ils se fatiguent plus vite (en toute logique), et ont du mal à rester concentrés. La moindre difficulté peut les faire décrocher, surtout dans le cadre d'une lecture plaisir. Des études ont montré qu'au-delà de 12 mots-clés dans une phrase, ça devenait difficile pour eux de rester concentrés. C'est donc cette limite qu'on s'efforce de ne pas dépasser, en coupant les phrases existantes pour leur faciliter la compréhension.
En revanche, on a un mot d'ordre : raccourcir ne veut pas dire simplifier. Avec la consultante, puis avec l'auteur, on fait en sorte de ne surtout pas changer le sens des phrases. La plupart du temps, couper en deux phrases suffit ; parfois il faut adapter un peu parce que ça ne colle pas mais, dans tous les cas, on conserve l'esprit initial du texte (c'est la raison pour laquelle on travaille en collaboration étroite avec l'auteur). Tout l'intérêt d'adapter des romans existants est de permettre aux Dys de lire les mêmes romans que les autres ; il ne s'agit donc pas de couper ou de simplifier à l'extrême, mais bien de proposer le même texte, en le rendant plus lisible pour eux.


Certains Dys voient aussi les lettres en couleur.

* Ne pas couper n'importer où
Là aussi, le but est de faciliter la lecture au maximum. Dans la plupart des romans, le texte est justifié à droite et on ne prête pas trop attention à la jonction entre deux lignes. Pour les Dys, en choisit plutôt une présentation en drapeau (justifié à gauche et pas à droite), et le choix du mot qui termine la ligne est très important. Cela ne correspond d'ailleurs pas forcément à notre logique et au choix qu'on ferait spontanément. Dans le cas de la collection de Castelmore, on fait appel à une consultante spécialiste de la question pour effectuer les coupures, qu'elle doit vérifier au moindre changement dans le texte.
De la même façon, on évite de faire courir un dialogue entre deux pages, et on préfère le couper en fin de page et le faire recommencer en page suivante (ce qui nécessite parfois quelques ajustements).





*Expliquer les mots compliqués
Enfin, toujours dans le but de faciliter la lecture, on essaie de définir simplement et rapidement, en note de bas de page, les mots un peu compliqués qui risquent de freiner la compréhension. Bien sûr, pas question de mettre des dizaines de notes, sinon c'est plus laborieux qu'autre chose.

Le tout est donc de faire au cas par cas, selon les romans initiaux, pour simplifier au maximum la forme et permettre aux Dys d'apprécier le fond sans trop lutter. C'est un travail passionnant et riche d'enseignements, et j'espère que ça aidera quelques lecteurs à découvrir des romans géniaux comme ceux que j'ai cités dans cet article (et d'autres !). 






6 commentaires:

  1. Bravo aux éditions Castelmore pour cette belle initiative. Et à toi de nous la faire découvrir.

    Mon petit frère est dyspraxique. Il n'a pas de problèmes avec la lecture. Son problème à lui, c'est l'écriture ( entre autre, la dispraxie joue sur la motricité), mais c'est vrai qu'il est souvent difficile de faire comprendre aux gens que quelques adaptations minime peuvent grandement simplifier la vie des dys.

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    1. J'espère qu'elles vont se généraliser très vite ! :)

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  2. Merci pour cet article.
    Vous mettez en avant un éditeur connu alors que d'autres, petits et indépendants, oeuvrent dans ce sens depuis des années. N'ont-ils pas besoin d'une mise en avant plus importante que cet éditeur ?

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    1. Certainement, si !
      Cela dit, comme précisé, je parle de mon travail, et donc des éditions que je connais.
      N'hésitez pas à mentionner les autres maisons d'édition que vous connaissez, je pourrai les ajouter en fin d'article ;)

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  3. Super initiative ! :D
    Au cours de lecture sur l'accessibilité web et éditoriale, j'étais tombée sur cet article assez intéressant (et il y en a d'autres sur le sujet ailleurs sur son blog) :http://romy.tetue.net/quelle-police-pour-les-dyslexiques
    Par contre, concernant des textes tels que "Niourk" (dont la couverture apparaît dans ton billet), je suis assez curieuse de savoir à quel point et comment le texte a été retouché pour s'adapter au dys..? (et aussi les éventuels problèmes de propriété intellectuelle ou droit d'auteur que ça peut créer)

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    1. Pour la propriété intellectuelle : c'est bien sûr fait en collaboration avec les ayants droit, qui nous ont donné leur accord pour les quelques modifications à effectuer.
      Et, pour te répondre, il y a eu des modifications vraiment minimes, couper des phrases longues en deux ou trois, surtout, et expliquer certains termes. Le but n'est pas de simplifier le texte mais d'en simplifier la lecture. Ce sera sans doute un peu plus compliqué à lire pour un Dys que 14-14 ou Adèle, mais lui offrir la possibilité de découvrir ce genre de roman, c'est aussi le but de l'initiative ;)

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