mardi 20 septembre 2016

Adapter un roman pour les "Dys"

Aujourd'hui, j'enfile ma casquette d'éditrice pour vous parler d'une facette que je découvre avec les éditions Castelmore, qui ont la bonne idée d'adapter certains de leurs romans YA pour les Dys.
Note : je ne suis pas une spécialiste, et travaille avec une consultante pour être sûre de ne pas faire de bêtise. N'hésitez pas à me corriger si j'ai mal expliqué certaines choses !

D'abord, les Dys, qui est-ce ?
Ce sont des personnes sujettes à des troubles cognitifs, comme la dyslexie, la dysorthographie, la dysphasie, la dyspraxie, la dyscalculie... Des troubles qui leur rendent la lecture (et l'apprentissage) difficiles, voire impossibles.
Je vous invite à parcourir le site de la Fédération Française des Dys pour en savoir plus (ils vous expliqueront tout ça bien mieux que moi).

Source : Dysmoitout.org


Pourquoi adapter des romans pour eux ?
Eh bien, tout simplement parce qu'ils n'ont pas la même capacité de concentration sur la lecture que les autres, et qu'il est pour eux très difficile de lire un roman long. Leur seule solution consiste à se tourner vers les premières lectures et les romans pour les plus jeunes. Mais en tant qu'ado ou jeune adulte, ils ont, comme tout le monde, envie de lire des romans qui abordent des thèmes qui leur parlent, qui leur apprendront des choses, les feront vibrer... Bref, des romans comme les autres.
La forme de ces romans les empêche d'accéder au contenu qui les intéressent. D'où l'intérêt d'adapter la forme pour leur faciliter la lecture et leur permettre de lire ce qu'ils veulent - et donc, peut-être, d'éviter qu'ils se détournent complètement de la lecture du fait de leurs difficultés.


Source : Dysmoitout.org



Et concrètement, ça donne quoi ?
Il y a plusieurs éléments à prendre en compte, dont voici les principaux :

* Fixer les lettres dans l'espace
Pour certains Dys, le texte n'est pas figé : les lettre sortent de la page et tournent, ou s'intervertissent. Certaines polices de caractère ont été étudiées spécifiquement pour limiter ces effets, et faciliter la lecture. Celle choisie ici est plus fine et plus grande, avec des interlignes plus élevés et des empâtements qui simplifient la différenciation des lettres. On évite aussi les italiques, qui compliquent la lecture (on remplace par des guillemets, par exemple pour les titres d'oeuvres). 



Vous voulez comparer ?





*Raccourcir les phrases
L'attention des Dys est difficile à garder. Vu que lire est pour eux plus compliqué que pour nous, ils se fatiguent plus vite (en toute logique), et ont du mal à rester concentrés. La moindre difficulté peut les faire décrocher, surtout dans le cadre d'une lecture plaisir. Des études ont montré qu'au-delà de 12 mots-clés dans une phrase, ça devenait difficile pour eux de rester concentrés. C'est donc cette limite qu'on s'efforce de ne pas dépasser, en coupant les phrases existantes pour leur faciliter la compréhension.
En revanche, on a un mot d'ordre : raccourcir ne veut pas dire simplifier. Avec la consultante, puis avec l'auteur, on fait en sorte de ne surtout pas changer le sens des phrases. La plupart du temps, couper en deux phrases suffit ; parfois il faut adapter un peu parce que ça ne colle pas mais, dans tous les cas, on conserve l'esprit initial du texte (c'est la raison pour laquelle on travaille en collaboration étroite avec l'auteur). Tout l'intérêt d'adapter des romans existants est de permettre aux Dys de lire les mêmes romans que les autres ; il ne s'agit donc pas de couper ou de simplifier à l'extrême, mais bien de proposer le même texte, en le rendant plus lisible pour eux.


Certains Dys voient aussi les lettres en couleur.

* Ne pas couper n'importer où
Là aussi, le but est de faciliter la lecture au maximum. Dans la plupart des romans, le texte est justifié à droite et on ne prête pas trop attention à la jonction entre deux lignes. Pour les Dys, en choisit plutôt une présentation en drapeau (justifié à gauche et pas à droite), et le choix du mot qui termine la ligne est très important. Cela ne correspond d'ailleurs pas forcément à notre logique et au choix qu'on ferait spontanément. Dans le cas de la collection de Castelmore, on fait appel à une consultante spécialiste de la question pour effectuer les coupures, qu'elle doit vérifier au moindre changement dans le texte.
De la même façon, on évite de faire courir un dialogue entre deux pages, et on préfère le couper en fin de page et le faire recommencer en page suivante (ce qui nécessite parfois quelques ajustements).





*Expliquer les mots compliqués
Enfin, toujours dans le but de faciliter la lecture, on essaie de définir simplement et rapidement, en note de bas de page, les mots un peu compliqués qui risquent de freiner la compréhension. Bien sûr, pas question de mettre des dizaines de notes, sinon c'est plus laborieux qu'autre chose.

Le tout est donc de faire au cas par cas, selon les romans initiaux, pour simplifier au maximum la forme et permettre aux Dys d'apprécier le fond sans trop lutter. C'est un travail passionnant et riche d'enseignements, et j'espère que ça aidera quelques lecteurs à découvrir des romans géniaux comme ceux que j'ai cités dans cet article (et d'autres !). 






vendredi 16 septembre 2016

Les dédicaces de la fin d'année

Bonjour à tous !

A mi-septembre, il est grand temps de faire un point dédicace pour les salons de fin d'année !


Et le premier approche à grands pas, car je serai aux Halliennales (Lille) le samedi 8 octobre toute la journée. Et pour cause : I.R.L. est sélectionné pour leur prix, en bonne compagnie... Le suspense est à son comble !

Vous pourrez trouver toute la programmation et les auteurs invités ici : http://www.halliennales.com/

Avec les copains Carina Rozenfeld, Aurélie Wellenstein, Franck Dive, Rod Marty, Estelle Faye et Cindy Van Wilder... on ne va pas s'ennuyer !
Et en parlant de Cindy... Si vous hésitez encore à venir, j'ai un argument qui pourrait vous convaincre. Car ma chère amie a promis de porter des oreilles d'elfe à cette occasion, pour fêter la réimpression d'I.R.L. ! Pour la première fois et sûrement la dernière (parce qu'il va falloir trouver du lourd pour l'inciter à recommencer), vous pourrez avoir un roman dédicacé par son auteur et l'un de ses personnages ! 


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Du 29 octobre au 03 novembre, je serai aux Utopiales de Nantes pour vous parler science-fiction. Il y aura des conférences et des horaires de dédicaces bien précis, alors je vous invite à suivre leur page Facebook ou à consulter leur site Internet pour connaître la programmation avant le départ.

Et si vous êtes amateur de cosplay, vous ne devriez pas être déçu !



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Enfin, du mercredi 30 novembre au lundi 3 décembre, se déroule comme chaque année le salon du Livre et de la Presse jeunesse, à Montreuil... Et cette année, pour la première fois, j'y serai en dédicaces avec les éditions Gulf Stream !
C'est encore trop tôt pour vous en dire plus, mais croyez-moi : ça promet. Et comme ça fait des années que je rêve de dédicacer dans ce salon qui est particulièrement cher à mon coeur, je peux vous dire que j'ai déjà plus que hâte !
Toutes les infos seront disponibles en temps et en heure sur le site du salon : http://slpj.fr/lieu-dates-et-horaires/


Voilà pour la fin de l'année ! On résume ?

* Lille le 8 octobre

* Nantes du 29 octobre au 3 novembre

* Montreuil du 30 novembre au 3 décembre.

See you soon, folks !

mercredi 7 septembre 2016

Mêler plusieurs trames temporelles dans un récit

Après mon article sur la correction, je vous avais promis un billet sur la façon dont je m'y prends pour mêler deux (ou trois !) trames temporelles dans un récit. Je vous préviens tout de suite : si vous cherchez une méthode miracle qui fonctionne à tous les coups, ne prenez pas la peine de lire la suite. J'ai expérimenté plusieurs méthodes, et celle qui semble me convenir le mieux est loin - très loin - du modèle d'efficacité. Je vais donc ici autant vous parler des difficultés rencontrées que des solutions trouvées.

Commençons par le commencement.



Pour I.R.L., si vous avez lu mes précédents articles, vous savez déjà que toute l'intrigue était écrite avant que je n'entremêle tout pour raccourcir trois volumes en un, et gagner en tension. A l'origine, tout était linéaire... et j'ignorais complètement que ça allait changer.
Si j'ai choisi d'entremêler les trames dans un joyeux puzzle, c'est pour une raison assez simple : je n'arrivais pas à me dépêtrer de l'ignorance de mon héroïne. Elle ne pouvait pas tout savoir tout de suite et bien réagir - et en même temps, si le lecteur ignorait ce qu'elle était, des tas de passages pourtant indispensables lui paraîtraient sans intérêt, ou incompréhensibles. Par exemple, les caractères très linéaires des personnages, la simplicité extrême de l'univers du départ. Quand on comprend qu'on est dans un jeu vidéo, ça prend son sens ; mais si on ne l'imagine pas, on a juste l'impression que c'est mauvais. Or, après avoir buté un nombre incalculable de fois sur la première moitié du premier tome, j'en suis arrivée à la conclusion que, finalement, le côté uniquement "girly" du départ me desservait. Je veux dire : je déteste les romans où il faut attendre la moitié du tome pour comprendre ce qui se passe. Et j'étais en train de faire pareil. 
Pourtant, je ne pouvais pas juste couper le début et commencer dans le vif du sujet, car il manquait alors beaucoup trop d'éléments essentiels au reste de l'histoire. J'ai donc décidé de faire les deux. Garder uniquement les scènes importantes pour la suite, tout en donnant au lecteur les clés pour les comprendre. Tout étant déjà, à ce stade, très clair dans ma tête (puisque tout était déjà écrit voire réécrit), cela a été assez simple ensuite de sélectionner les scènes. Et les passages où Chloé s'adresse directement aux spectateurs ont été particulièrement libérateurs, car ils me permettaient de dire clairement ce que je m'efforçais (assez mal, d'ailleurs) de faire passer dans le récit. De mettre en avant les éléments importants, sans avoir à en faire des tonnes. Et, bien sûr, de faire des liens entre chaque passage, pour m'efforcer de garder un rythme aussi fluide que possible, et créer une sorte de ping-pong entre mes différentes trames temporelles.
Et je sais que certains lecteurs sont perturbés au départ par ces changements fréquents et doivent s'y habituer, mais... je vais vous faire un aveu : ça me plaît. J'aime l'idée d'emmener le lecteur sur des voies qu'il n'attendait pas, de le forcer à s'habituer à autre chose que ce qu'il connaît déjà, à réfléchir le récit autrement. Soudain, ce n'est plus l'arrivée qui compte, mais le voyage. Le "comment". La question n'est pas de savoir où va Chloé, mais comment, de la jeune fille maladroite et mal dans sa peau, elle devient une héroïne badass prête à tout pour sauver les siens. Tout repose sur sa transformation, et ça me plaît, car finalement c'est ça que je veux faire passer. Son humanité. Son combat pour la liberté.

La réécriture d'I.R.L. s'est un peu apparentée à ça.

Mais je m'égare :) Pour I.R.L., donc, ce n'était absolument pas calculé au départ, et j'ai bricolé les trames temporelles à partir d'un (pardon : de trois) romans existants, que j'avais parfaitement en tête et que je maîtrisais sur le bout des doigts, pour en faire ressortir la substantifique moelle et créer, ensuite, un jeu de ping pong entre les différentes trames, qui me servirait de fil rouge pour guider le lecteur à travers le temps, sur les traces de mon personnage - et de son propre monde. Pour assimiler dès le départ le lecteur au spectateur de la vie de Chloé. Evidemment, ça a demandé un travail de dingue, même si c'était particulièrement plaisant de parvenir enfin à faire ressortir ce que je voulais.

Mais pour A la petite cuillère, c'était différent. Dès le départ, je savais que je voulais développer deux trames de la vie de Sora, et je m'étais juré de faire mieux que pour I.R.L., puisque je n'avais pas à raccrocher les morceaux après coup. J'ai donc commencé dans l'ordre, un chapitre après l'autre.



Très vite pourtant, je me suis mise à écrire deux-trois chapitres de la même trame temporelle, puis les 3 manquants de l'autre trame, car je me sentais plus inspirée pour poursuivre dans la même ambiance que celle que j'avais commencée (les deux sont radicalement différentes). Je créais le jeu de ping pong au fur et à mesure, sachant où chaque chapitre allait s'insérer par rapport aux autres, et m'efforçant de faire toujours un rappel du passé dans la trame du présent, et inversement.
Et puis j'ai dû faire une pause. Et je me suis relue un peu après. Et je me suis rendue compte que, si la trame "passé" tenait très bien la route, la trame "présent" était creuse. Les événements convenaient, mais mes deux personnages et leurs relations ne collaient pas. C'était trop en surface, trop fragile. Et pour cause : je n'avais encore aucune idée de ce qui allait leur arriver entre le moment de la trame "passé" où je m'étais arrêtée et le présent. Pour être plus précise : je connaissais les événements, mais pas la façon précise dont elles allaient les vivre, la façon dont cela allait modeler leur caractère et leurs relations. Résultat : je m'efforçais d'imaginer ce qu'elles deviendraient mais, à défaut d'y arriver, le résultat était bien trop timide et maladroit.


Caca, quoi.


Et, donc, j'en suis arrivée à la conclusion que, quitte à devoir réécrire toute une partie du récit, autant faire ce que je faisais le mieux : un beau bordel (comme cet article, hum). ^^ J'ai donc lâché temporairement la trame "présent" pour me concentrer uniquement sur la trame "passé", comme si j'écrivais un roman linéaire. Comme je l'avais fait pour I.R.L., finalement, à la différence que cette fois, j'avais déjà conscience d'un certains nombre d'éléments qui viendraient s'insérer entre mes chapitres. Quand j'ai eu fini, j'ai repris le début de la trame "présent", et ce qui n'allait pas m'a sauté aux yeux. Désormais, je savais non seulement où en étaient mes deux personnages émotionnellement à ce moment du récit, mais aussi ce qu'elles avaient déjà appris ou ce qu'elles ne savaient pas encore, et c'était beaucoup plus facile d'écrire de cette façon. J'ai donc pu corriger cette trame, et la poursuivre de manière linéaire, là aussi en ayant particulièrement à l'esprit le fait que le lecteur, lui, n'aurait pas encore tous les éléments quand il lirait le début. Mes héroïnes, elles, savent dès le premier chapitre qui les poursuit ; le lecteur devra attendre, en revanche. Avoir déjà la trame "passé" me permettait ainsi de savoir clairement où j'en étais, où mes héroïnes en étaient, et où le lecteur en serait. 
A ce moment-là, je pensais encore que je ferais le classique 1 chapitre passé / 1 chapitre présent. Je suis allée jusqu'au bout, en faisant attention à ce que certains événements se fassent écho. Et puis j'ai tout relu, dans l'idée d'ajouter le fameux jeu de ping pong qui sert de fil rouge au lecteur. Et je me suis rendue compte que ça ne collait pas. (Forcément, vous me direz.) J'ai donc réorganisé tous les chapitres, un peu feeling, par "paquets" logiques selon l'évolution de mon personnage : 1 présent, 4 passé, 2 présent, etc. Encore une fois, c'est l'évolution des personnages qui compte plus que leur destination - même si, cette fois, la vraie destination est inconnue du lecteur jusqu'à la toute fin.
Encore une fois, j'ai modifié le jeu de ping pong en fonction de ces évolutions.
Encore une fois, ce qui était au départ un joyeux bordel a pris forme pour nouer les trames de deux récits en n'en former plus qu'un. L'avenir nous dira si ça va rester comme ça ou non ^^



Mon principal conseil pour mêler deux trames temporelles, en fait, à la lumière de ces expériences, ce serait de faire confiance à votre feeling. Ne pas se forcer à écrire le chapitre 2 après le chapitre 1, si c'est plus simple pour vous de faire autrement. Ca me paraissait inconcevable avant la Cuillère d'écrire dans le désordre, et pourtant, ça a été beaucoup plus simple quand j'ai fini par accepter que c'était ce qu'il me fallait. Peut-être que, pour un autre roman, je ferai différemment (par exemple si les trames sont suffisamment éloignées dans le temps pour que les personnages qui y évoluent n'aient pas d'impact l'un sur l'autre). En tout cas, je comprends maintenant que j'ai besoin de connaître mes personnages pour écrire ce qui leur arrive ensuite, et, puisque je travaille sans plan précis, ça ne peut arriver que si j'ai couché leur histoire sur le papier. Ce qui nécessite pas mal de boulot et de réécriture après pour tout mettre en place, mais... Bon, je commence à me connaître. J'ai l'habitude !




Je vous avais prévenus, hein ? C'est loin d'être une méthode miracle. Pourtant c'est ma méthode, et c'est aussi pour ça que j'ai envie d'écrire sur le sujet. Parce qu'il n'y a pas de honte à avoir à tâtonner, chercher, raturer, recommencer. Il ne faut pas croire que les auteurs publiés font tout les doigts dans le nez, que ça sort bien du premier coup. Ca peut arriver, oui, parce qu'avec l'expérience on arrive à anticiper certains défauts. Mais, si on sort de nos plates-bandes pour expérimenter des choses nouvelles, on peut aussi se planter. Pour ma part, je considère que je ne suis qu'au début de mon apprentissage - et je pense que je ne cesserai d'apprendre que lorsque je cesserai d'écrire.
D'ailleurs, je suis justement en train d'expérimenter tout autre chose sur un autre projet... ^^



jeudi 1 septembre 2016

Corriger un roman : il se passe quoi après le premier jet ?

Le premier jet, c'est exaltant, déprimant, passionnant... et tout un tas d'autres émotions dont je vous ai déjà parlé (clic !). Mais ce n'est qu'une toute petite partie du travail d'un roman, surtout quand, comme moi, on travaille sans plan, en se laissant porter par l'inspiration (et par une vague ligne directrice. Là aussi, si vous voulez en savoir plus, c'est ici.)
Une fois la première version sur le papier, il reste encore beaucoup à faire avant d'obtenir un roman non seulement lisible, mais bien articulé, où les choses qu'on voulait faire passer ressortent bien, où les personnages sont complexes et cohérents... Bref, un bon roman.





Chacun doit trouver sa méthode pour corriger, car chacun a ses défauts, ses façons de travailler. Malheureusement, il ne suffit pas de relire pour voir tout ce qui ne va pas et le corriger en un claquement de doigts. Pour certains, c'est un processus très laborieux et très pénible, et je les comprends : il y a un côté plus que frustrant à se rendre compte qu'on n'arrive pas à faire ce qu'on veut, et à permettre aux autres de comprendre ce qu'on a voulu faire.
La plupart du temps, quand mes bêtas pointent un défaut de fond, j'ai envie de protester en disant que si, je l'ai écrit/dit, qu'il y a une raison pour que mes persos agissent comme ils le font, etc. C'est là que j'applique ma règle d'or : les bêtas ont toujours raison. Attention, je ne dis pas qu'il faut absolument corriger tout ce qu'ils pointent. Je dis que, en tant que lecteurs, quelque chose les a gênés et pourrait gêner d'autres lecteurs. L'erreur peut se situer où ils l'ont pointée, ou parce qu'il manque une explication ailleurs, ou parce que tel personnage n'a pas tout à fait le caractère que vous voudriez lui avoir donné, ou... Bref : avant d'écarter un problème pointé par mes bêtas, j'y réfléchis à 250 fois. (Et la plupart du temps, quand je commence à corriger, je finis par le repérer et y remédier quand même.) 

Et donc, pour en revenir à nos moutons : si j'ai envie de protester, c'est parce que j'ai eu l'impression d'avoir dit ce qui leur manquait. Mais je ne l'ai pas fait. Ou pas assez. Ou pas bien. Et donc, toutes les réponses sont dans ma tête, et les bêtas me permettent de comprendre qu'il y en a certaines que j'ai oublié de donner au lecteur. Parfois, même, avec l'expérience, j'arrive à m'en rendre compte toute seule à la relecture. Je grandis, hé hé !
C'est là que peut commencer la correction de fond : quand on a pris conscience des manques profonds de l'histoire, des incohérences apparentes, et qu'on sait ce qu'on veut faire pour y remédier (ou à peu près)


Retour de bêta sur I.R.L., version remaniée en one-shot.

Pour ma part, je fais alors ce que j'appelle une correction "par couches". Pour A la petite cuillère, par exemple, j'ai commencé par réordonner les chapitres (j'ai deux trames temporelles différentes qui s'entrelacent, et j'ai écrit d'abord une trame, et l'autre ensuite, avant de les entrelacer). Il a donc fallu recréer un jeu de ping pong entre les scènes, gérer les informations que le lecteur a ou n'a pas à ce moment du récit.
Cela fait, je me suis rendue compte que l'enjeu narratif d'une de mes trames n'était pas clair, alors j'ai refait un passage sur le texte pour préciser les enjeux, les motivations de mes personnages.
Ensuite, j'ai envoyé aux bêtas, car je n'avais plus assez de recul pour trouver mes défauts moi-même. Elles m'en ont pointé deux qui m'ont sauté aux yeux quand elles l'ont signalé, et un plus compliqué à gérer. Pour une fois, elles étaient d'accord entre elles, ce qui j'avoue m'a bien facilité la tâche. ^^
J'ai donc repris le texte intégralement avec ces trois points en tête, et je les ai corrigés progressivement, une modification en entraînant une autre, puis une autre. J'ai aussi corrigé un ou deux trucs qui m'ont sauté aux yeux à ce moment-là.
Et ainsi de suite : je ferai de même avec le retour de l'éditeur, puis je ferai une passe de correction de forme avec le correcteur, etc. La correction se fait donc en couches successives, chaque passage entraînant son lot de changements et d'effets papillon (si on corrige un truc et que la suite ne colle plus ; il faut alors la changer aussi même si, en soi, elle était bien). 


Pour le fun, comparaison de document entre la V1 de la Cuillère et la V2. En vert, ce qui a été déplacé, en rouge ce qui a été réécrit. Et en le faisant, j'ai trouvé que les corrections étaient light (si si).

Dit comme ça, ça peut paraître hyper laborieux. Mais ça ne l'est pas du tout - du moins pas pour moi. Car, à chaque passage, je vois mon roman prendre forme. Je vois les thèmes que j'ai envie de développer ressortir, je comprends un peu mieux ce qui fait la force de telle scène ou de tel personnage et je cisèle le texte pour la mettre en avant. Je réécris des pans entiers de l'histoire, pas en changeant les événements, mais en changeant la façon dont ils sont perçus, vécus, assimilés par les personnages, pour qu'ils gagnent en complexité, en cohérence. Je prends souvent l'image du sculpteur : d'un roc brut, je fais une statue, ajoute progressivement des détails, de la vie. Et j'adore ça.
Au premier jet, je fais encore connaissance avec mes personnages, j'ai une vague idée de ce que sera leur évolution mais je me laisse surprendre par leurs changements imprévus. A la correction, je les connais par coeur. Je peux gérer leurs réactions avec beaucoup plus de finesse, parce que je connais tout de leur passé et de leur avenir, de la façon dont ils ont vécu ou vivront les prochains événements.
Et souvent, quand je fais une grosse correction (comme ajouter un personnage important, ce que j'ai fait pour A la petite cuillère), je me rends compte que tout était là pour l'accueillir. Les scènes s'emboîtent, certaines déjà écrites changent de sens sans que je touche la moindre ligne, d'autres creux de l'histoire se remplissent d'eux-même en écho à ce que je viens de changer. Quand c'est comme ça, je sais que j'ai fait le bon choix.


La correction, c'est comme sculpter un texte brut.


Bien sûr, ça c'est le bon côté de la correction. Comme pour le premier jet, il y a aussi les moments de découragement, la frustration de ne pas savoir comment résoudre un problème, les blocages sur un passage ou un autre. Le plus pénible, pour moi, c'est d'envoyer une version dont je suis contente en lecture (chez les copines ou l'éditeur), et de recevoir de nouvelles critiques qui demanderont des corrections de fond. Dans toute ma mauvaise foi, j'ai envie de répondre qu'ils se trompent et que mon roman est très bien comme ça. Je déprime quelques heures (ou plus, selon l'ampleur du travail), je fais autre chose, laissant la problématique en arrière plan. Et puis, le jour où je me décide à reprendre le roman, la solution se trouve finalement d'elle-même.




Voilà pour les corrections de fond. Finalement, pour moi, le plus pénible, c'est l'avant : quand on sait qu'il y a un problème mais qu'on ne sait pas comment y remédier (et avouons-le : on a la flemme). Une fois que les premiers chapitres sont passés et que je suis lancée, globalement, je m'éclate.

Pour la forme : je corrige bien sûr ce que je vois au fur et à mesure. Je ne fais pas de passage spécifique pour les coquilles, parce qu'en général je n'ai pas le temps, sans compter que ça m'éclate beaucoup moins et que j'ai la chance, de part mon métier, de ne pas trop en laisser. Je fais aussi confiance au correcteur pro qui va lire mon texte pour chasser celles qui restent.

Sur ce, je vous laisse en vous souhaitant une bonne rentrée ! On se retrouve bientôt pour un article sur la façon dont je m'y prends pour mêler des trames temporelles, et un autre sur l'adaptation des romans en DYS (dyslexie, dysorthographie, etc.) !

Et vous, vous les vivez comment vos corrections ?