jeudi 14 avril 2016

Les fins ouvertes, des portes vers un avenir rêvé

Il y a un truc qui revient souvent quand on me parle de mes romans (mais pas que !) : on me demande régulièrement une suite. Je ne vais pas me plaindre : je trouve ça super flatteur que vous ayez envie de poursuivre dans mon univers, et je ne suis pas forcément contre le fait d'y retourner, comme je l'ai fait avec les Notes pour un monde meilleur, préquelle de De l'autre côté du mur. Mais, même là, alors qu'on me demandait une suite, j'ai choisi de répondre à cette demande par un autre biais.
Et aujourd'hui, j'ai envie de vous expliquer pourquoi.

La vérité, c'est que j'aime les fins ouvertes. J'aime quand une histoire que j'ai appréciée, que j'ai vécue, me laisse la possibilité de poursuivre le voyage après la fin du livre. Il me faut des clés, bien sûr, des indices sur ce qui pourrait se passer, juste de quoi nourrir assez mon imagination et la laisser voguer à sa guise dans un futur rêvé pour les personnages. 
Comme si l'auteur, après m'avoir invitée dans sa maison, me laissait sur le seuil avec une porte entrouverte vers l'extérieur. A moi de décider si je la franchis ou pas ; à moi d'inventer ce qui est de l'autre côté. De cette façon, je m'y sentirai bien plus chez moi que s'il me montrait sa vision des choses, car alors je serais toujours chez lui, à l'intérieur de sa maison. La fin ouverte, en somme, me permet de m'approprier l'histoire et les personnages, de choisir la vie que je veux leur donner, après tout ce qu'on a vécu ensemble. 









Mais, à mes yeux, les fins ouvertes sont surtout beaucoup plus réalistes, beaucoup plus proches de ce qu'on peut ressentir dans notre vie, puisqu'on n'a jamais toutes les réponses à nos questions. Même quand on réalise un rêve, quand on gagne un combat, il nous reste une foule d'incertitudes sur l'après. Est-ce que ça va durer ? Est-ce que ce sera aussi bien si je recommence ? Et qu'est-ce que ça va changer pour les autres, pour moi, pour le monde ? Combien d'autres combats je devrai mener, est-ce que ça s'arrêtera un jour ?
Toutes ces questions sont notre quotidien, et voir les héros se les poser, ou me les poser pour eux à la fin d'un roman qui me laisse entrevoir leur avenir après de gros bouleversements, c'est avoir une clé de plus pour comprendre ce personnage, sa vie, ses enjeux. Une clé de plus pour le sentir palpable, presque réel, comme un ami croisé le temps d'une aventure, puis disparu, mais toujours présent dans ma mémoire. Si l'histoire m'a vraiment marquée, je me demanderai parfois ce qu'il devient, comment il s'en sort. Autant de choses que je ne peux pas faire, ou plus difficilement, si l'auteur m'a déjà tout dit. (J'ai eu le cas, récemment, dans Et je danse, aussi de Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux, qui aurait été un vrai coup de coeur s'il n'y avait pas eu cette fin qui m'en dit un peu trop, et qui ne correspond pas à ce que j'imaginais.)






En somme, une fin ouverte, c'est une ouverture vers tous les possibles. Et c'est exactement pareil quand j'écris. Je veux laisser à mes personnages, qui sont encore jeunes à la fin du roman, la possibilité d'avoir une vie riche en aventures, en joies et en déceptions. Je refuse de penser que leur vie a atteint son point culminant alors qu'ils ont encore tant de belles choses à partager, à découvrir. Si je l'écrivais noir sur blanc, je limiterais leurs possibilités, pour la simple raison que mon imagination correspond à ce que moi je veux, et pas forcément à ce que vous, lecteurs, vous voudrez pour mes personnages. J'aime l'idée que vous puissiez leur offrir une vie bien différente de celle que j'aurais construite pour eux.

Et puis, dans les fins "fermées", il y a un côté définitif qui me frustre, surtout quand j'ai été touchée par un roman, un personnage. Parce que, plutôt qu'un ami lointain, j'ai alors l'impression que le personnage a tout à fait disparu, figé pour de bon, que sa vie est terminée et que je n'aurai jamais l'occasion de recroiser son chemin. Comme dans ce merveilleux roman de chez Hachette, Journal d'une toquée, où l'héroïne déteste finir un roman et passe son temps à réécrire les fins des livres qu'elle a aimés, pour faire comme si l'aventure se poursuivait encore et encore. C'est peut-être un moyen d'éviter le blues de la fin de lecture, ce moment d'hébétude où on a, l'espace d'un instant, l'impression que notre vie est finie, qu'elle n'a plus d'intérêt - jusqu'à la prochaine fois. La fin ouverte permet d'atténuer ce sentiment, parce que l'auteur nous prend la main pour nous montrer les futurs possibles. Il nous dit que tout n'est pas fini.


Finalement, je dois être comme les chats. Je déteste les portes fermées !




Et vous ? Vous êtes plutôt fins ouvertes ou fins fermées ? Dites-moi tout !


12 commentaires:

  1. Oh le chouette article que voilà et qui m'interpelle ;)
    J'aime bien ta vision des fins ouvertes et je la partage. C'est vrai que, parfois, on aime laisse l'aventure se poursuivre dans notre tête.
    Après, j'avoue avoir parfois du mal à savoir si l'auteur à voulu tout fermer mais a perdu les clés au passage (Misery, ou malgré tout on se demande comment Paul Sheldon va vivre à l'avenir).
    Ça, c'est pour le moi-lecteur.
    Le moi-auteur a toutes les difficultés du monde à fermes les portes. J'ai toujours l'impression de ne pas avoir tout dit, même après m'être relu dans le détail et avoir vérifié que tout est propre. Ceci dit, je ne m'interdirais pas d'écrire une suite si on me la demandait, mais je me débrouillerais sûrement de façon inconsciente pour, à nouveau laisser un petit interstice dans lequel l'imaginaire du lecteur pourrait se glisser :)

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    1. Ah, mais quand je parle de fin ouverte, il faut quand même que l'aventure soit terminée (par comme ces "tome 1" coupés en plein milieu, où le héros n'a pas évolué par rapport au début et où l'action est en pleine course).
      L'histoire est terminée, du moins cette histoire ; cependant, on imagine qu'il y en aura d'autres, bien différentes. :)

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    2. Oui, je le comprenais bien comme autre chose qu'un cliffhanger ;)
      Mais dans certains cas, il y a des révélations qu'on attend mais qui, volontairement, ne viennent pas. Je ne sais pas si tu as lu "Marche ou crève" de Stephen King, par exemple. On y parle sans cesse du prix que remportera le vainqueur de la longue marche, et sur lequel les définitions restent floues. Or, à la fin, on connait le gagnant de la longue marche, mais on ignore encore quel est le prix. Et ça fait des années que je me demande quelles en sont les possibilités et les limites, compte-tenu du contexte décrit par l'auteur ;) Du reste, on se pose aussi beaucoup de questions sur ce qui advient du gagnant.

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    3. Je ne l'ai pas lu... Il est sur ma PAL ! :)

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  2. Tu as une vision des fins ouvertes bien différente de la même mais c'est chouette de voir comment tu comprends ces dénouements :)
    Pour ma part je n'aime pas du tout, c’est l’auteur qui raconte donc je ne vois pas pourquoi le lecteur doit s'inventer sa propre fin, parfois certes on aimerait que ça se finisse autrement mais c’est ainsi, comme dans la vrai vie, on ne choisit pas et c'est ça qui me dérange dans les fins ouvertes, ça serait tellement bien de choisir le dénouement de son destin mais bon, ce n'est pas comme ça... Alors je préfère être face à un drame mais à qqch de la part de l'auteur :)

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    1. Intéressant !
      Mais dans ce cas, le lecteur n'invente pas la fin (elle est écrite), c'est simplement un avenir lointain. Il faut bien s'arrêter quelque part, après tout, à moins de terminer sur la mort du héros (et encore, les autres personnages poursuivent leur vie !).
      Comme ces histoires d'amour (dont je raffole au cinéma ^^) qui se terminent sur "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Comme si c'était la fin de leur vie, la fin de ce qui mérite d'être raconté. Alors que bon, il en reste des choses à faire et à voir, après le mariage ! C'est une fin, certes, mais aussi et surtout un commencement.
      Cela dit, je comprends ton point de vue, je crois :)

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  3. Je dirais que ça dépend des histoires et des personnages. Pour certains j'aime bien imaginer ce qui leur arrive et pour d'autres que l'auteur soit précis sur la fin de l'histoire afin de pouvoir passer à autre chose, quitter les personnages pour passer à d'autres et à une autre histoire. Par contre une fin trop ouverte, je m'explique, si on ne sait vraiment pas ce qui arrive aux héros ou un événement que l'on attend tout le long du livre et à la fin si on ne sait pas s'il arrive vraiment, cela me frustre totalement et cela peut gâcher la fin de lecture de l'histoire. C'est donc pour moi totalement dépendant de l'histoire et des personnages. Quand il y a plusieurs tomes prévus, j'aime bien un événement palpitant à la fin pour vraiment me donner envie de lire la suite. Voilà et bonne fin de semaine.

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    1. Ah non mais ça, on est d'accord, c'est plus une porte ouverte, c'est une porte avec des gonds arrachés ! ^^
      Je l'ai déjà dit, mais je maintiens qu'une histoire DOIT (enfin, pour moi) fermer les portes qu'elle a ouvertes pendant le récit. Simplement, à la fin, j'aime bien quand il en apparaît une nouvelle discète, mais bien présente :)

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  4. Ah quelle bonne question ! Je déteste les portes fermées en vrai, mais j'aime assez les fins fermées, justement pour ce sentiment de satisfaction et de complétude dont on est privé dans la vie ! Après si les personnages restent vraiment avec moi, connaître la version de l'auteur ne m'empêche pas du tout d'imaginer la mienne...

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    1. Ah, j'aime bien cette interprétation !
      C'est vrai que, des fois, c'est quand même chouette (comme dans les Disney ou les Pixar, héhé).

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  5. Je suis tout à fait du même avis que toi Aelys ! J'adore les fins ouvertes ! Avec une vraie fin quand même mais avec un avenir existant. Comme tu le dis, cela évite de trop déprimer de devoir quitter des personnages qu'on a adoré par exemple ! Une fin trop fermée, c'est presque trop brutal pour moi. J'aime bien pouvoir digérer ma lecture en imaginant la suite des aventures...

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  6. C'est marrant, moi aussi, sur des histoires qui m'ont marquée, j'ai cette question qui vient parfois "je me demande ce qu'ils deviennent".
    Je l'ai vécu tout particulièrement avec l'assassin royal de Robin Hobb, et une partie du plaisir sur les suites vient de la réponses à cette question, en mode "ah tiens, truc est devenu comme ça".
    Du coup, en tant que lecteur, j'ai tendance à vouloir la version de l'auteur, l'officielle. Je n'ai rien contre les fin ouvertes, mais en vrai j'adore les épilogues qui donne un aperçu du futur des personnages.
    Ce qui explique probablement mon réflexe spontané de mettre un épilogue à chaque roman, même quand parfois il n'y a pas grand chose de passionnant à y dire (vu que je me contente de montrer les conséquences de leur aventure sur le futur des personnages). D'ailleurs, sur mon dernier roman en date, je l'ai fait sauter, il ne servait à rien. Et il est vrai que cela va donner une fin super ouverte au final. :)
    Comme quoi, on évolue tous.

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