lundi 22 février 2016

Ecrire sur commande

Que ce soit pour répondre à des appels à texte ou parce qu'un éditeur a des besoins spécifiques et fait appel à vous pour un projet bien précis, il peut arriver d'avoir à écrire sur commande.
Ma première réaction, quand on m'a parlé de ça il y a bien longtemps, a été de dire : "Jamais !" Si l'idée ne venait pas de moi, ça revenait à me prostituer et à écrire un truc pourri juste parce que c'est payé (ou pour la gloire de la publication, encore mieux). Pour cette raison, je n'ai jamais voulu vivre de l'écriture - pour ne pas être obligée d'accepter des projets qui ne me conviennent pas.




Mais, autant je n'ai pas changé d'avis sur ce dernier point, autant j'ai découvert depuis qu'écrire sur commande pouvait être un exercice nettement plus intéressant que prévu.
J'ai d'abord répondu à des appels à texte, avant d'accepter des commandes de roman, dont la dernière chez Play Bac avec le #projetsecret dont je vous parle souvent. Et, comme j'y réfléchis pas mal en ce moment, j'avais envie de partager mes réflexions avec vous.

Ecrire sur commande, qu'est-ce que c'est ?
C'est assez simple : un éditeur propose un thème, éventuellement un personnage, une dynamique qu'il souhaite retrouver dans le projet et une esthétique bien précise. Les projets seront plus ou moins libres : ça peut aller de l'adaptation d'un projet déjà existant sur une autre forme (BD à roman, par exemple) au projet complètement neuf pour lancer une collection, et qui peut être beaucoup plus libre en terme de contenu.

Concrètement, qu'est-ce que ça change ?
Pour moi, il y a deux différences principales avec un processus d'écriture plus personnel :

- D'abord, il faut s'approprier les éléments de départ pour qu'ils deviennent nôtres. Quelqu'un nous impose des contraintes, et c'est à nous de les absorber, de les mixer avec notre imaginaire et nos envies pour en faire quelque chose de personnel. C'est, pour moi en tout cas, le seul moyen de prendre du plaisir à écrire sur commande : faire en sorte que les idées qu'on m'a soufflées deviennent les miennes, soient si étroitement liées avec mon imaginaire que je ne sois plus capable de les dissocier. A la fin, je ne sais plus dire ce qu'on m'a imposé et ce qui vient de moi.


Et c'est joliiii !

- Ensuite, lorsqu'on a apporté notre patte aux propositions initiales, qu'on a mixé tout ça et qu'on en a fait un synopsis ou un texte, il faut en discuter avec l'éditeur. La grosse différence, à mes yeux, est que le processus créatif n'est pas solitaire et ne nous appartient pas totalement : il est soumis à l'approbation du commanditaire, qui peut faire varier des éléments avant ou pendant l'écriture. Les idées lui appartiennent partiellement et, s'il a fait une commande, c'est qu'il a des besoins précis ; il faut donc s'assurer que ce qu'on a imaginé à partir de ses demandes réponde bien à ces besoins. On a donc un peu moins la main sur le contenu, même si c'est aussi à nous de faire valoir notre point de vue. Après, selon les cas, la discussion est plus ou moins évidente, et on a plus ou moins de liberté - à nous aussi de voir ce qu'on est prêts à accepter.

Mais quel intérêt, si tu n'as pas besoin de ça pour vivre ?
C'est vrai que, dit comme ça, on a l'impression que la commande revient à être dépossédé d'une partie du processus créatif, et ça ne fait pas rêver. Ca se passe sûrement comme ça dans pas mal de cas mais, quand l'auteur et l'éditeur s'entendent bien et ont envie de faire un travail commun, ça ressemble plus à un véritable travail d'équipe qu'à un duel de volontés. Bien sûr, je râle quand on m'impose un truc qui ne me plaît pas ; mais, passé mes a priori, je me force à manier ce concept, à le tourner dans tous les sens pour me l'approprier et en faire quelque chose qui me plaît. Parfois, je n'y arrive pas et j'en parle avec l'éditeur - ou j'essaie quand même mais ça se sent à l'écrit que ça ne me convenait pas.
Mais quand j'y arrive... Quand j'y arrive, je trouve ça génial d'avoir été poussée à me dépasser, à aller sur un sujet ou vers un public pour lequel je ne me sentais pas capable d'écrire, et de découvrir que je m'éclate à le faire. L'écriture devient plus que jamais un défi à relever, et me pousse à sortir de ma zone de confort, à manier des éléments que je connais plus ou moins bien pour les faire miens.
Et ça, c'est superchouette.



Bien sûr, il y a un côté frustrant de ne pas toujours parvenir à faire passer ce qu'on veut, d'être mise en danger parce qu'on me demande des choses qui, a priori, ne me parlent pas, et sur lesquelles je n'ai pas un contrôle absolu ; mais parfois je réalise qu'au-delà de ces a priori il y a tout un terrain de jeu qui s'ouvre à moi, et je m'autorise à faire des choses que je n'aurais jamais faites autrement, justement parce que l'éditeur a eu confiance en moi et m'a poussée à les faire.

En somme, pour moi, écrire sur commande : oui, mais seulement si je peux m'approprier le projet et si l'éditeur est prêt à me laisser une certaine liberté. Mais, pour savoir si je peux ou non réaliser ce qu'on me demande, je me laisse du temps - le temps de jouer avec l'idée, de la creuser sérieusement, d'abattre les barrières qui peuvent se dresser entre elle et moi.
Et, en fait, j'ai super envie de vous parler du #projetsecret maintenant, parce que même si ce n'est pas toujours simple de m'adapter à un éditeur et à ses besoins, je me suis éclatée dans ce projet et j'imagine d'ici la tête que vous allez faire quand je vais vous annoncer de quoi il s'agit. Vous êtes prévenus : je sors de mes plates-bandes !




Mais, c'est un autre truc frustrant avec les commandes : il faut garder le secret super longtemps, parce que c'est l'éditeur qui choisira quand dévoiler ce qu'il a à dévoiler. Et là, justement, le #projetsecret a été repoussé pour des questions de timing... donc, il va falloir patienter encore un peu !

En attendant, on me souffle à l'oreillette que le trailer d'#IRL ne devrait pas tarder... Alors, vous me pardonnez ? :)

3 commentaires:

  1. Un article pas mal concernant l'écriture sur commande. J'ajouterai une dimension: le travail d'équipe. Quand on travaille sur un jeu vidéo, un film, une série, etc. on est souvent un membre qui doit travailler avec le tout, du coup on se retrouve avec les mêmes avantages/inconvénients que la commande.
    Quand j'ai travaillé sur le scénario du jeu vidéo Crowntakers, j'ai tenu compte des directives du studio. Quand notre éditeur allemand a calibré nos textes pour le département traduction (le jeu est disponible en 7 langues), il a fallu adapter. Matthieu a repris les textes pour la version 1.0 et ensuite j'ai repris son travail pour les quêtes des deux patchs et du DLC. En équipe on est sans cesse en train de se "passer la balle".

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  2. Pour le roman, c'est un peu différent : on se passe la balle, certes, mais il n'y a pas autant d'interlocuteurs parce que les tâches sont réparties en deux savoir-faire : l'écriture et l'édition. Ca reste un travail d'équipe, mais à deux. :)

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  3. C'est marrant, pour ma part, quand j'entends parler d'auteurs qui écrivent sur commande, je pense aussitôt à un auteur très pro, qui a déjà publié plusieurs ouvrages et à qui on demande un projet précis parce qu'on connait bien son talent.

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