lundi 11 janvier 2016

Casquette d'auteure VS casquette d'éditrice : comment tu fais pour jongler entre les deux ?

Ca fait plusieurs fois qu'on me demande comment je fais pour cumuler mes casquettes d'éditrice multifonction et d'auteure, avec des yeux ronds comme si j'étais une Wonderwoman. 
J'ai envie de revenir là-dessus aujourd'hui pour vous faire une confidence : je ne suis pas Wonderwoman. Je ne suis pas non plus un bourreau de travail. Certes, j'aime mes jobs et je m'y donne à fond, mais je suis de ceux qui considèrent que ces boulots sont faits pour me permettre de profiter du quotidien, des gens que j'aime. Il m'arrive assez régulièrement d'avoir des énormes accès de flemme, je suis capable de jouer aux jeux-vidéos ou de regarder des séries pendant des heures, et même que la procrastination est ma meilleure amie (coucou, Facebook et Twitter !). 
Bref : je ne fais rien de surhumain.




Cela dit, c'est vrai que cumuler les casquettes demande un peu de souplesse et d'organisation.

Être auteur, déjà, demande de jongler entre des périodes de solitude importante et des bains de foule où on doit faire bonne figure  (vous vous rappelez ma théorie de l'auteur double-face ?), mais aussi de sortir une casquette de juriste et de négociateur au moment de la signature des contrats, de faire de la veille et de la prospection pour soumettre nos oeuvres... On doit apprendre un paquet de trucs sur le tas. Là où on a de la chance, c'est qu'ils interviennent à différents moments du processus de création, et donc pas tous en même temps : on se penche sur ces différents aspects l'un après l'autre, au moins au début. Après, quand on a plusieurs projets en même temps à différents stades, on a déjà un peu d'expérience dans chaque domaine, et ça nous prend beaucoup moins de temps et d'énergie (en théorie) d'étudier les possibilités diverses et variées.

En cela, avoir aussi la casquette d'éditrice m'aide énormément. J'ai souvent entendu qu'un bon auteur ne pouvait pas être un bon éditeur et vice-versa... J'avoue que tout ce que j'ai envie de répondre, c'est :



Forcément, vous allez dire que je prêche pour ma paroisse. Mais, dans la mesure où j'ai développé mes deux casquettes en parallèle et à peu près au même moment, je vous assure qu'elles se sont nourries l'une l'autre, et pas qu'un peu, au lieu de se faire de l'ombre comme on voudrait le faire croire.
En tant qu'auteur, connaître le quotidien d'un éditeur m'a permis (et me permet toujours) de beaucoup moins angoisser. Je sais que quand une réponse tarde, ça ne veut pas forcément dire que je suis nulle et que je devrais me mettre au macramé : ça peut tout simplement vouloir dire que l'éditeur n'a pas eu le temps de se pencher sur mon dossier. Je connais un peu les différents types de contrats, j'ai moins peur de "l'Editeur" pour aller l'aborder en salon, puisque, surprise... Ce sont des gens comme moi !
En tant qu'éditrice, être auteure me permet également de mieux comprendre les angoisses que peuvent avoir les écrivains, de formuler mes réponses en conséquence. D'apprendre des autres, aussi : quand un éditeur a un comportement qui me plaît en tant qu'auteur, je prends des notes pour l'appliquer à mes propres auteurs (et inversement, quand quelque chose m'énerve ou me blesse, je m'efforce de ne pas le reproduire). Je sais combien un auteur va analyser chaque mot de chaque réponse pour essayer de comprendre ce qu'on a derrière la tête ; je sais que l'attente est une torture, et je m'efforce de la réduire un maximum.
Et puis, auteur et éditeur ont une approche différente du texte, et là aussi, elles se nourrissent l'une l'autre. Bref, je ne jongle pas tant que ça avec les casquettes, puisqu'elles ont des liens étroits entre elles et s'entretiennent. Je n'ai pas l'impression de "changer de camp" quand je passe de l'un à l'autre ; sauf en une occasion : quand un auteur me soumet un projet et/ou que je lui donne ma réponse. Ces situations sont tellement anxiogènes quand on est auteur que me retrouver de l'autre côté est toujours un moment particulier.

Ca, c'était pour la partie théorique. Maintenant, il y a la partie pratique : comment je fais, techniquement, pour cumuler l'édition, la direction de collection et l'écriture sans sacrifier ma vie ?
C'est très simple : tout ne tombe pas au même moment (enfin, pas toujours). J'alterne les moments de ma vie où l'une ou l'autre casquette prend le pas sur les autres : en ce moment, par exemple, j'ai beaucoup de boulot côté édition, du coup la direction de collection et l'écriture passent après, quand j'arrive à me dégager un moment. En novembre, c'était plus calme côté édition, du coup j'en ai profité pour écrire beaucoup et rattraper mon retard sur la lecture de manuscrit. Il m'arrive de ne pas écrire pendant de longues périodes, et inversement. 
Aucune de mes casquettes ne m'occupe à temps plein toute l'année : je peux jongler de l'une à l'autre en fonction des deadlines et des projets. Ca demande simplement un bon calendrier, des listings de tâches dans les moments de bourre, de la rigueur pour tenir les délais et de la souplesse sur l'organisation de la journée.




Aujourd'hui, typiquement, est une journée à casquettes : j'ai plusieurs petites choses à faire sur différents plans, et j'organise ma journée en fonction des arrivées et des deadlines, un peu en dernière minute. Plus concrètement :
- Je commence avec la rédaction d'un article de blog qui me trotte dans la tête, parce qu'on est lundi matin et que je galère toujours à me mettre au boulot avant 10h le lundi.
- Ensuite, j'aurai des validations de traduction à faire, sur une partie de manuscrit que j'ai renvoyé au traducteur vendredi soir, après avoir passé la journée entière dessus.
- Dans l'après-midi, je prendrai quelques heures pour l'écriture, parce que je dois renvoyer un fichier du #projetsecret aujourd'hui et qu'il me reste quelques trucs à faire dessus.
- Dans les dernières heures, je validerai des corrections qui doivent m'arriver dans la journée ; et si je ne reçois pas le fichier, je préparerai la réunion Scrineo de demain, pour une direction de collection.
- Enfin, ma lecture du soir, si lecture il y a, sera le manuscrit que j'ai commencé en fin de semaine dernière. Si je suis trop crevée, je regarderai plutôt l'épisode spécial Noël de Sherlock !

Une journée où j'alterne les projets, donc, parce que j'ai plusieurs petites choses à boucler. Dans la semaine, ce sera édito à fond, avec des journées entières consacrées à un même texte, et le reste en arrière-plan. Comme tous ces projets concernent des romans, ce n'est pas trop difficile d'alterner de l'un à l'autre : je reste dans le même mode de pensée et de concentration, dans le même milieu.

Le seul inconvénient de ces différentes casquettes, c'est qu'il arrive effectivement que tout tombe en même temps, et là, ça devient difficile à gérer. J'ai des périodes hyper chargées (coucou, mois de janvier !) mais, heureusement, elles sont souvent suivies d'un calme relatif qui me permet de récupérer. Et, mon plus grand bonheur, c'est de pouvoir travailler sur des sujets et supports très divers, avec des personnes variées : c'est sans cesse une nouvelle rencontre, une nouvelle richesse. C'est parfois fatiguant, c'est sûr, mais ça vaut le coup !



6 commentaires:

  1. Tu as beau dire et expliquer, il y a quand même un côté wonder woman dans tout ça. En tout cas, en ce qui me concerne.
    Déjà, tu emploies un mot dont le sens ne m'est pas totalement familier : organisation. Ensuite, tu parles de souplesse : y'a un rapport avec le fait de réussir à toucher ses doigts de pied en se penchant, ou rien à voir ? :P
    Bon, plus sérieusement, et depuis mon point de vue extérieur, ce que tu fais est quand même costaud ! Je suis à peu près convaincu que je ne parviendrais jamais à en faire autant, même si j'avais tes connaissances et ta formation.
    Donc bravo, sisi, j'insiste ;)

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    1. Ah ah, c'est gentil !
      Mais je t'assure, c'est pas si pire. Faut juste se discipliner un peu. Et l'organisation, ça oui, quand même ^^

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  2. Sur l'aspect directrice de collection, tu évoques la délicatesse de répondre à un auteur. Moi, ce qui m'interroge, c'est comment tu gères quand a fortiori il s'agit de donner une réponse à une personne que tu connais ? Ça doit pas être évident. :o

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    1. Ah ! Oui, c'est pas la partie la plus fun du boulot... J'essaye d'être constructive tout en rappelant que toute lecture, même celle d'un éditeur, est subjective. Avoir reçu des refus personnalisés m'aide pas mal, je pense, mais ça reste difficile à chaque fois. C'est encore quelque chose sur lequel je travaille, à vrai dire !
      Cela dit, ça, c'est le lot de tous les éditeurs. :)

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  3. Tu n'es peut-être pas Wonder Woman, mais tu restes une de mes super-héroïnes préférées ! ;)

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    1. Rôôôh ! Alors ça c'est TROP chou !

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