lundi 27 avril 2015

Des livres et du thé #8



Bonjour à tous !

Aujourd'hui, je ressuscite une rubrique que je ne remplis que trop rarement pour vous parler d'un roman très spécial à mes yeux, pour plusieurs raisons. J'ai nommé : Le Premier, de Nadia Coste. 
(Vous remarquerez, si vous avez suivi les précédentes éditions de la rubrique, que je ne la fournis que de coups de coeur : pour me donner envie de faire une chronique, il faut que le roman m'ait vraiment marquée, qu'il me taraude pendant plusieurs semaines/mois.)


Le Premier, Nadia Coste



            

Résumé de la quatrième

À l'origine, il était humain....

Vaïn n'est pas mort. Pourtant, son frère l'a tué.
A-t-il ressuscité ? Pourquoi le soleil brûle-t-il sa peau ?
Pourquoi seul le sang le rassasie-t-il ?
Alors que son désir de vengeance augmente, Vaïn se convainc que la Nature l'a sauvé de la mort pour éliminer son frère et sa descendance maudite. Une traque terrible et périlleuse commence... Elle durera des siècles.

La quête du Premier Immortel depuis la fin du néolithique jusqu'au début de Rome.

Mon avis

Ce roman est donc un vrai coup de coeur : moi qui n'apprécie généralement ni les récits violents, ni la littérature vampirique, j'ai été prise aux tripes dès les premières pages et jusqu'au dernier mot. Un mélange d'émotion, de fascination et de réflexion (grâce notamment aux nombreuses références glissées dans le récit) nous pousse à suivre la quête de Vaïn, personnage principal volontairement antipathique, et à nous enfoncer dans les méandres de sa psychologie de pervers narcissique. En naît une forme d'attachement un peu coupable, ce tiraillement entre l'envie de le voir réussir, trouver une fin heureuse, et la conscience qu'il vaudrait mieux pour tout le monde que son existence prenne fin.
Ce roman brise les codes que l'on connaît pour mieux les reconstruire : il explore l'origine d'un mythe, montre un personnage qui se débat avec une nature dont il ne sait rien et dont il découvrira les aspects au fil des siècles. D'humain, Vaïn se transforme en monstre ; mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. Ce sont les décennies qui passent et les revers qu'il subit qui lui arrachent son humanité, lui qui ne demande qu'à être aimé. Il a quelque chose du monstre de Frankenstein, à la fois horrible et innocent, qui aurait pu vivre heureux s'il n'était pas si inadapté à la société.
Avec un tel sujet, Le Premier aurait pu être un récit intellectuel intéressant mais peu passionnant ; mais sa force réside dans le style de l'auteur, qui va au coeur des choses et parvient à nous faire oublier la noirceur de son personnage grâce à la fluidité d'un récit initiatique pour (grands) adolescents.
En bref, c'est un gros coup de coeur, de façon très inattendue pour moi car je ne me pensais pas dans le coeur de cible. Innovant, dérangeant, émouvant : je ne peux que le recommander !


Pour l'accompagner
Un thé fort, épicé, soit terreux pour le côté animal de Vaïn (comme le maté brésilien), soit plus subtil, plus complexe, comme les méandres de son esprit retors.

Mon conseil : 
J'ai choisi un rooïbos épicé, à mi-chemin entre le terreux et la subtilité, et plus précisément celui de Cafés et Thés Frédéric, une petite boutique grenobloise où je fais toujours des découvertes merveilleuses. Le choix a été assez simple, puisqu'elle se situe non loin des terres arpentées par Vaïn au cours de son périple.
Lorsqu'on l'infuse, le rooïbos teinte l'eau d'un rouge sang qui se diffuse progressivement dans l'eau jusqu'à l'envelopper tout entière ; des volutes hypnotisantes se répandent dans la tasse, à l'image de l'influence de Vaïn sur les autres humains, teintée de violence et de morts. Tout comme cet étrange immortel, on ne peut s'empêcher de les regarder s'étendre, de suivre leurs évolutions du regard en se demandant jusqu'où elles iront, combien de temps elles mettront à envahir toute la tasse.
Vient alors le moment de le goûter. D'abord brûlant, inhabituel, le rooïbos demande un peu de temps pour être apprécié. Les habitués du thé seront perturbés par ces épines au goût singulier, mais finiront par se laisser séduire par son originalité à la fois puissante et subtile, tout comme Le Premier peut à la fois dérouter et fasciner les habitués de la littérature vampirique. Car Le Premier, comme le rooïbos parmi les thés puisqu'il est fait d'épines et dépourvu de théine, est à part. Même si vous n'aimez ni le thé ni les vampires, ne vous y trompez pas : vous aussi, vous pourriez succomber.
Les épices, enfin, permettent de dévoiler toute la subtilité de cette infusion, qui semble douce au premier abord mais s'imprègne dans notre palais, dans notre langue, pour y laisser un goût fort et durable. Tel est l'effet que m'ont fait les pensées de Vaïn, son esprit à la fois naïf et retors, son rapport aux terres qu'il arpente et qui évoluent bien plus vite que lui. Vaïn est le rooïbos, les personnages qu'il croise sont les épices : plus forts, plus changeants, ils prennent le pas sur lui et finissent par le supplanter, mais ne laissent aucune trace dans le sillage rouge sang qu'il a creusé au fil des siècles.
Cerise sur le gâteau, le rooïbos, dépourvu de théine, est idéal pour être bu en soirée, lorsque le soleil disparaît et que les créatures nocturnes sortent de leur abri pour chasser...

Temps d'infusion : 5 min
Dosage : 5 g pour 30 cl de thé
Pour : le soir
Ne craignez pas de le laisser infuser trop longtemps si vous n'aimez pas les boissons assez fortes, il ne contient presque pas de tanin et ne prendra pas l'amertume d'un thé vert trop infusé. 


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