dimanche 22 février 2015

Un grand moment en images !

Ce weekend, j'ai vécu un grand moment dans ma vie d'auteur...

J'ai trouvé dans ma boîte aux lettres un contrat qui me fait bondir partout ! Il vient d'une maison d'édition que j'estime et que j'adore, et concerne un roman qui me tient à coeur... Je vous raconte pas comme j'étais émue !

En attendant de pouvoir vous en dire plus, je partage ma joie en images :


Moment solennel... Il faut se concentrer pour que la main ne tremble pas !

Vous pouvez zoomer autant que vous voulez, petits malins : j'ai flouté le texte du contrat et masqué la signature de l'éditeur. Allez, faites pas la tête, la surprise n'en sera que plus belle !


Hiiiiii ! Ca y est, ça y est, c'est signé !!!

Voilà voilà... maintenant, c'est pas tout ça, mais je dois me remettre au boulot : il paraît que j'ai un contrat à honorer ! :)



EDIT : Vous l'avez bien deviné : le roman en question paraîtra aux éditions Gulf Stream en avril 2016 ! Il s'agit de Play Your Life (version remasterisée), dont j'aurai l'occasion de reparler !
Merci à tous pour votre enthousiasme qui me fait chaud eau coeur <3

lundi 9 février 2015

Avant l'écriture : le travail de préparation d'une "jardinière" bordélique

Il y a des auteurs qui, avant d'écrire, ont déjà scénarisé tout leur roman, fait une tonne de fiches personnages et connaissent l'intrigue sur le bout des doigts. Franchement, j'admire énormément ces auteurs et j'ai longtemps culpabilisé d'en être moi-même incapable, mais j'ai fini par m'y résoudre : ce n'est pas ce qui me convient.
Moi, comme Stephen King ou Robin Hobb, je suis une "jardinière" : je ne prévois que le strict nécessaire et je me laisse porter par l'intrigue et les rebondissements pendant le premier jet. (Pour le côté libérateur de découvrir que des "grands" fonctionnent avec le même manque de rationalité que nous, je vous renvoie à la série d'articles d'Andoryss, qui raconte le jour où elle a découvert qu'elle était jardinière.)

Pour autant, je ne pars pas à l'aventure sans un minimum de préparation. C'est de ça dont j'ai envie de parler aujourd'hui : de mes méthodes de gestation et de préparation des romans, de mes "synopsis de travail" qui feraient bien rire ceux qui en font des vrais mais qui m'aident beaucoup dans mon écriture, et de comment on peut donner l'impression de tout faire à l'arrache tout en sachant où on va.



La récolte des idées qui ont poussé pendant l'année
La première étape de la préparation d'un roman, pour moi, c'est de piocher dans toutes les idées qui germent dans le cerveau de ma muse (vous savez, cette sale bestiole dont je vous parlais l'autre jour ?) pour prendre celles qui me tiennent à coeur et que j'aimerais assembler, sans trop savoir comment.
Le temps a déjà fait un premier tri : comme je ne note rien pendant cette phase (à dessein), il y en a un paquet qui se sont évaporées d'elles-mêmes. Et puis il y a, au contraire, celles qui me hantent et reviennent faire "pop" dans mon cerveau à plusieurs occasions. Celles-là, le temps les étoffe, leur ajoute des nuances, des angles de vue auxquels je n'avais pas pensé tout de suite. 
Comme j'en ai rarement plus d'une ou deux à la fois dans ce genre-là, ce sont celles qui deviennent le socle de départ de mes romans : l'idée principale qui me portera tout au long de la conception et de l'écriture. En gros, à ce stade, je sais ce que je veux partager, avec qui, et sous quel angle (les valeurs principales qui seront défendues dans le roman, en somme). 




L'embauche des personnages principaux pour la moisson
Et donc, maintenant que j'ai quelque chose à faire passer, il me faut des porte-parole. Qui vont beaucoup souffrir et seront très mal payés en retour. Et si je me trompe dans le casting, le boulot est plus ou moins foutu, parce que j'écris des histoires qui reposent en grosse partie sur leurs personnages principaux.
Comment les choisir ? 
Là encore, je n'écris rien sur papier. J'écoute ces idées qui reviennent sans arrêt à mon esprit, donc, et je commence à essayer de les mettre en scène. Je fais des essais, j'imagine des situations, je les explore ou les abandonne selon les cas. N'essayez pas de m'imaginer assise à ma table de travail en pleine concentration, hein : je fais ça quand je marche, quand j'arrive pas à dormir, quand je fais la vaisselle, quand je regarde la télé, sous la douche... C'est là, en toile de fond, et ça surgit de temps en temps. 
Là encore, je laisse le temps (et ma mémoire de poisson rouge) faire son tri, et peu à peu une silhouette floue se modèle. Pas physiquement (le physique de mes personnages ne vient en général que pendant le premier jet, quand il ne varie pas au cours de l'écriture !), mais des valeurs qui font écho à celles que je veux partager dans le roman, une situation émotionnelle qui engendre un moral need (une faiblesse morale que le personnage va devoir dépasser pour accomplir sa quête, selon Truby). 


Confidence : je m'approprie toujours ce personnage, qui a par conséquent toujours une part de moi. C'est là que j'assume mon côté schyzophrénique : je prends des émotions, des valeurs que j'ai partagées à un moment donné de ma vie, et j'en fait le cheval de bataille de mon personnage. Pourquoi ? Hé bien, parce que ça me parle, que je me dis que je ne suis pas seule au monde et que d'autres s'y reconnaîtront (et parce que c'est comme ça que j'arrive à mettre de l'émotion dans un texte). Et parce que ce n'est pas moi : c'est juste une facette poussée à son paroxysme, qui devient quelqu'un d'autre par la même occasion. (Ca vaut aussi pour les méchants, pour ceux qui se poseraient la question !)
Et donc, à ce stade, je n'ai toujours pas posé un mot et j'ai un personnage principal (parfois deux), des valeurs fortes et, souvent, quelques scènes-clés (celles qui me sont venues à l'esprit et que je me suis amusée à tester, donc). 
Tout ça reste encore assez flou dans mon esprit, je crée des liens et les défaits, j'en refais d'autres en cherchant par quel bout prendre tout ça pour trouver une intrigue qui mettrait valeurs et personnages en valeur... et puis, il y a le déclic.




Trier le bon gain de l'ivraie : le synopsis de travail
Ca peut arriver pendant une insomnie ou dans les transports, plus rarement pendant les tâches ménagères. En gros, mon cerveau tourne à plein régime et n'a rien pour s'occuper : j'ouvre une nouvelle fois mon dossier mental sur l'histoire qui me titille et là, paf ! Sans que je sache trop pourquoi ni comment, l'idée qui me manquait débarque. Elle relie tout, met en valeur des aspects dont je ne savais pas quoi faire, et m'étonne tellement c'est merveilleux qu'elle parvienne à faire tout ça d'un coup.
Cette fois, par contre, pas question de risquer de la perdre dans les limbes de ma mémoire : j'attrape ma tablette ou mon téléphone et je la note très vite, avec plein de fautes et des phrases pas correctes, des bouts de dialogue qui surgissent de nulle part, des scènes clés et des détails. Tout ce qui m'importe à ce stade, c'est que j'entends la voix de mon personnage, je vois sa situation de départ et je sais où il va (avec les très grandes lignes de comment il y va). Autant dire que PERSONNE ne lira jamais cette version du synopsis de travail ^^
Une fois cette folie passée (c'est-à-dire une fois que j'ai gardé quelque part le début et la fin), je relis au calme, je refais des phrases françaises (ou à peu près), je lie des évènements et je m'efforce d'avoir une ligne directrice nette, en ajoutant quelques détails et en éprouvant mon idée pour vérifier qu'elle est solide. 





Et puis c'est tout. A ce stade, j'attends encore un peu de trouver le temps, et puis je me lance dans l'écriture sans en savoir plus, parce que j'en ai juste assez pour trouver le souffle particulier de ce roman et la force qui le guidera jusqu'au mot "fin". Mon synopsis de travail est donc assez précis en ce qui concerne la situation initiale (situation de la société, état émotionnel et relationnel du personnage principal/des personnages principaux, enjeu de départ et point de bascule de l'intrigue). Ensuite, il se concentre sur la courbe d'évolution du personnage, avec des trucs qui vous feraient beaucoup rire, comme "elle est emprisonnée mais parvient à s'en sortir et confronte le méchant qui la renvoie d'où elle vient" (fort bien, débrouille-toi avec ça, muse !), "elle tombe amoureuse" (plusieurs chapitres en perspective sous ces quelques mots), etc. En revanche, sur la fin, ça redevient très précis, et j'ai souvent la toute dernière scène du roman bien en tête (voire quasiment écrite) à ce moment-là, vu que c'est vers elle que je tends depuis le moment où je pose le premier mot jusqu'à la fin du premier jet. J'ai rarement plus d'une page de notes.
Du coup, on va dire que je ne varie pas beaucoup de mon synopsis de travail pendant l'écriture, parce que celui-ci ne garde que les éléments essentiels, ceux qui me guident pour l'écriture du roman (en gros : ceux qui font que j'ai envie de l'écrire). Et tout le reste est à inventer pendant les phases émotionnelles du premier jet.

A force d'essais et d'acharnement, j'ai fini par accepter que cette méthode qui n'en est pas une était pourtant la mienne, et j'ai découvert avec délice que je n'étais pas la seule à paraître bordélique mais à parvenir quand même au bout de mes romans, sans trop savoir comment. (Enfin, si, à force, je sais un peu mieux, quand même !)
Vous savez tout ! Combien il y a de jardiniers parmi vous, et comment vous fonctionnez ? :)