vendredi 23 janvier 2015

Ces petites bestioles qu'on appelle des Muses

Filles de Mnémosyne, les muses forment les trois (ou neuf, selon les versions) pré-requis à l'art et représentent l'inspiration divine des poètes.

...

Nan, j'rigole. Enfin, si, c'est vrai en un sens, mais ce ne sont pas de ces muses-là dont je vais vous parler. Moi, je vais vous parler des muses de maintenant, celles qui se nichent dans les claviers d'ordinateur et titillent des auteurs humains, qui luttent contre la sacralisation de la littérature et des écrivains parce que s'ils écrivent, c'est avant tout pour échanger avec leurs semblables. 


Je m'explique. Quand on parle de muse, on imagine quelque chose de sacré, une sorte d'inspiration qui souffle les rimes et les chapitres à l'oreille de l'auteur, qui devient un simple vecteur entre la muse et son lecteur. L'écrivain devient prophète, élu, ou quoi que ce soit qui est super impressionnant et qui mérite qu'on l'enferme dans sa tour d'ivoire pour le vénérer (et qui justifie une vie de débauche et de misère parce que bon, faut bien compenser, ça fatigue d'écouter une muse !). 
Cette façon de penser m'agace profondément. Elle contribue à éloigner les écrivains et la littérature du commun des mortels, qui ne se sentent pas assez élitistes pour ouvrir un roman ; en outre, elle nourrit tous les préjugés entre la "bonne" et la "mauvaise" littérature, contribue à rabaisser les genres "pas sérieux" (vous savez, ceux qu'on adore parce qu'on s'éclate quand on les lit ?), et ce genre d'attitude méprisante qui peut tuer la culture bien plus que n'importe quelle révolution numérique.

D'accord, mais pourquoi tu parles toujours de ta muse, alors ? me direz-vous. 
Parce que ma muse, à moi, ce n'est pas une inspiration divine super impressionnante ou romantique. Je la vois plus comme une petite bestiole rigolote qui n'en fait qu'à sa tête, un truc tout mignon mais parfois pénible, auquel je donne un nom parce que c'est plus marrant, même si c'est juste une partie de moi.


En fait, ce que j'appelle "muse" (parce que c'est un joli mot et que j'ai envie de l'utiliser), c'est ma petite voix intérieure, celle qui s'empare d'images et d'émotions croisées dans mon quotidien pour les mixer, me les lancer à la figure et me dire : "Tiens, raconte une histoire maintenant, débrouille-toi !". Celle qui se dit parfois "tiens, ce serait chouette d'avoir un personnage comme ça" ou "et si tu écrivais pour les petits ?" mais qui rejette les trois-quarts de mes propositions, parce qu'elles ne sont pas assez bien à son goût.

Eh oui. Qu'on se le dise : les muses, en réalité, ce sont de vraies emmerdeuses. Vous croyez qu'elles vont nous concocter une jolie histoire et nous dire de l'écrire ? Si seulement... Non : elles passent leur temps à dire que ça ne va pas, à lancer des idées sans nous expliquer comment les utiliser pour les mettre en valeur, à nous donner envie de bosser sur un autre projet que celui sur lequel on est censé travailler en jetant une nouvelle idée au milieu de la pagaille... Nous, derrière, on doit récolter, trier, assembler, réassembler autrement, se forcer à travailler sur autre chose pour tenir la deadline, les supplier de se réveiller quand on a du temps pour écrire et leur demander de se la fermer quand on a décidé de prendre des vacances... et bien sûr, elles n'écoutent jamais.



En fait, les muses, c'est un peu comme des animaux de compagnie pour écrivains. (D'ailleurs, ma Wooky s'est retrouvée dans un de mes romans... je vais me méfier, à l'avenir !) Donc, au lieu d'imaginer une belle déesse penchée sur notre épaule, vous pouvez imaginer une bestiole qui vient nous croquer les orteils quand on essaie de travailler et qui ronfle royalement quand on a besoin d'elle. Ca fait moins peur, non ?

Tant mieux. Parce qu'en tant qu'auteure, je suis peut-être un peu tarée, mais pas beaucoup plus que n'importe qui d'autre. Et il n'y a rien qui ne me fait plus mal que d'entendre quelqu'un dire qu'il ne lit pas parce que "ce n'est pas pour lui", ou de le voir regarder une librairie avec de grands yeux apeurés. Je milite pour que les auteurs soient perçus comme des gens comme les autres, et leurs romans comme un moyen d'expression à leur disposition pour échanger et partager. Quelque chose à la portée de tous.

C'est pour ça que ma muse est aussi mignonne, d'ailleurs. Qui résisterait à une attaque de cutitude ?


16 commentaires:

  1. Tu sais à quel point je partage ton avis !!!

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    1. Je sais surtout à quoi ressemble ta muse... mouahaha. ^^ <3 !

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  2. Tout pareil, je n'aurais pas pu mieux le dire. :)

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  3. Une attaque de cutitude ?... ça, c'est de l'arme fatale ! ;)
    (comme les autres, j'approuve sur le fond ! par contre, je n'ai clairement pas le même genre de muse, côté style / look... ^^)

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    1. hi hi ! Je pense à Nyna et Violette, là... ^^

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    2. Ah ? Perso, je pense à Gigi... Vu comme ma muse fantasme sur certains personnages, c'est plus ce genre de style.
      (oui, la honte, tu peux bien le dire)
      (elle n'est pas cute, la mienne)

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    3. Oh, si, elle a du charme :D J'adore Gigi !
      (Mais je voyais plus des petites bosseuses super sympas mais têtes de mule... et qui ont des doigts de fée en couture ^^)

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  4. Hahaha, ta muse est a-do-ra-ble ! Je l'adopterais bien, moi ! Les images m'ont bien fait rire, et je suis tellement d'accord pour une désacralisation de la litté et du statut d'auteur.

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    1. Ah ah, tu aurais des surprises :-p Et <3 !

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  5. Tellement vrai... !! (surtout le côté "regarder une librairie avec de grands yeux apeurés" : parfois j'ai l'impression que pour certains les livres sont vivants et vont les manger à la nuit tombée...)

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  6. Bel article ! La muse, c’est aussi ce truc qui vous ruine un synopsis de travail façon Gremlins, grrr !

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    1. Ah oui ! Ca doit être pour ça que mes synos sont tellement vagues qu'on peut leur faire dire tout ce qu'on veut... ^^

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