lundi 14 avril 2014

J'aime les histoires d'amour, pas la guimauve

Dans la série Je dis pouêt aux clichés !, après ma déclaration d'amour au Young Adult et mon aveu de bibliophile, j'ai envie de pousser un nouveau cri du coeur. Allez, soyons fous :

Ce n'est pas parce qu'on aime les histoires d'amour qu'on dégouline de guimauve !


Avant de commencer, je tiens à préciser une chose : je parle ici des histoires d'amour au sens large, pas forcément de la romance, dont je ne suis d'ailleurs pas (ou peu) lectrice. Il s'agit, tout simplement, d'une relation amoureuse entre deux êtres ; et parfois, même les relations amicales ou familiales très fortes peuvent être considérées comme des histoires d'amour, à mon sens. 
A savoir aussi que je vais parler de "lecteur", mais ça fonctionne aussi pour les films, les pièces de théâtre... etc.

Bon. Maintenant, voyons ce qui fait que j'aime (ou pas) une histoire d'amour, histoire de montrer une bonne fois pour toutes qu'on n'a pas besoin de dégouliner de bons sentiments et de clichés pour ça.

L'amour nous permet de comprendre les personnages en profondeur. Il y a ces instants magiques entre deux personnes, quand naissent la complicité et la compréhension mutuelle. Ces instants qui permettent au lecteur de saisir quelque chose de profond chez les personnages, quelque chose qu'ils ne montrent à personne d'autre qu'à ceux en qui ils ont pleinement confiance. L'auteur ouvre le coeur du personnage et montre à son lecteur comment il est au plus profond, au plus vrai de lui-même - pour le meilleur ou pour le pire. Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es. 
Par exemple, le personnage du Chasseur dans Les Outrepasseurs de Cindy Van Wilder. Il est obscur, effrayant à première vue. Pourtant, à mesure que sa sensualité apparaît, à mesure qu'il s'attache à Arnaut alors qu'il ne l'avait pas prévu, on découvre une étrange tendresse nichée tout au fond de lui, et on comprend qu'il n'est pas seulement un fé aux ordres de la Trois fois née, Trois fois morte. Il est un personnage complexe, avec une volonté propre et des émotions contradictoires surprenantes.
A mesure que chacun découvre l'autre, que la relation évolue et se construit, nous découvrons une facette des personnages qu'eux-mêmes ignoraient.



En effet, l'amour est un renouveau, un facteur de découvertes. Car que ce soit la première histoire d'amour du personnage ou non, il y a toujours des premières fois. Ces rencontres sont chaque fois différentes, chaque fois sources de renouvellement puisque les  personnages découvrent non seulement un autre personnage, mais aussi comment, eux, ils évoluent à son contact. Ils vont découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles sensations, voir les choses autrement en découvrant la façon de penser de l'autre. Et donc, nous, lecteurs, nous pourrons aussi regarder le monde autrement. 
Prenons Une collection de trésors minuscules de Caroline Vermalle (une très belle histoire, très touchante). A mesure que l'histoire avance, les personnages apprennent à s'attacher aux petits bonheurs de la vie, à comprendre quel est leur vrai bonheur à atteindre, et non celui qu'ils s'imaginent désirer. Par leurs contacts mutuels, ils découvrent les petites choses de la vie qui font les grandes émotions, et nous découvrons avec eux celles qui composent notre propre vie. Sans leurs histoires d'amour, qu'elles soient filiales ou amicales, nous ne les aurions pas forcément vus ainsi.
Et c'est ce que j'aime, dans les histoires d'amour. Cette faculté de voir les choses autrement, de redécouvrir le quotidien sous un autre oeil, pour apprendre à y voir le bonheur qui s'y niche. Nul besoin de guimauve pour cela : il suffit de petites choses, de détails, de quelques réflexions et d'un paquet d'émotions.

Car, oui, nous en venons à l'essentiel : l'amour est un vecteur d'émotions. Car par amour, nous pouvons vibrer bien plus fort que pour n'importe quelle raison. Pour le autres, pour ceux qu'on aime, nous sommes prêts à sacrifier beaucoup de choses, à accepter d'autres choses qui nous semblaient impensables. L'amour peut nous pousser à nous surpasser, à lutter, à faire des choses idiotes. Ce n'est pas forcément positif (on peut aussi tuer des innocents par amour, c'est aussi une relation très égoïste), c'est simplement très fort.
Un exemple bien simple : Katniss se sacrifiant à la place de sa soeur dans Hunger Games. Quel moment déchirant que celui où on réalise que sa petite soeur, la douce et innocente Prim qui représente tout ce qui lui reste d'espoir dans ce monde, va être massacrée dans les Hunger Games ! Quel moment poignant que celui de Katniss se dressant face à la mort pour épargner sa soeur ! 



Voilà ce que permettent les histoires d'amour : elles entraînent des sacrifices, des actions beaucoup plus fortes que ce qu'on fait quand on est seul et qu'on n'a plus rien à perdre. Sans cet amour de Katniss pour sa soeur, elle ne serait pas allée aux jeux en même temps que Peeta, elle n'aurait pas été malgré elle l'instrument d'une révolution qui couvait depuis longtemps. Rien n'aurait changé.

Et la guimauve, dans tout ça ? Eh bien, à mon sens, c'est du "too much", des émotions dont on oublie l'essence pour se concentrer sur la forme, et qui perdent toute leur force. Les petites fleurs dans les champs et les oiseaux qui chantent, ça n'a de sens que si ça permet aux personnages de se découvrir. Le coeur qui bat la chamade à chaque qu'on voit l'autre, les baisers langoureux à n'en plus finir et les étoiles dans les yeux, c'est bien si ça ne dure qu'un temps, si la relation entre les personnages évolue, nous permet d'aller au-delà de cet émerveillement premier et assez superficiel pour comprendre les choses en profondeur, voir comment les caractères vont s'accorder (ou pas), voir quelles actions seront induites par cet amour nouveau, quels regards vont changer.
En fait, la plupart du temps, à mes yeux l'histoire d'amour n'est pas une finalité en soi : elle est un moteur, un nouveau regard, un facteur déclencheur de l'évolution du personnage. Voilà pourquoi, peut-être, je lis assez peu de romance : car pour moi, l'essentiel n'est pas de savoir si bidule et truc vont finir ensemble, mais plutôt de savoir ce que la relation qui les unit va changer dans leur vie, dans leur personnalité - voire même dans leur monde. 

Pour moi, les histoires d'amour, c'est aller au coeur des relations humaines, au plus profond des émotions des personnages - et des lecteurs ! -, et découvrir la force incroyable qui s'y niche. Nul besoin de guimauve, donc, pour aimer les histoires d'amour ; et j'irai même jusqu'à dire que la guimauve est contraire à l'essence même des histoires d'amour, à mon sens. Qu'elles soient piquantes, sensuelles, chastes, tendres, torturées, pleines d'espoir ou vouées à l'échec, les histoires d'amour sont avant tout des histoires d'humanité





5 commentaires:

  1. Très chouette article :)
    Et moi aussi je partage ton avis (et qui plus est, je te rejoins totalement pour le Chasseur !) !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Earane ! Ah, le Chasseur... <3

      Supprimer
  2. "Qu'elles soient piquantes, sensuelles, chastes, tendres, torturées, pleines d'espoir ou vouées à l'échec, les histoires d'amour sont avant tout des histoires d’humanité"

    C’est très beau ce que tu écris, je suis bien d’accord ! L’émotion avant tout !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ;-) Je n'ai même pas réussi à te traumatiser avec ça ? ^^
      Merci Cap'tain, tes messages me font toujours très plaisir !

      Supprimer
  3. Véridique, je vous rejoint sur toute la ligne. Je me permets de citer un autre exemple de livre : La croisée des Âmes, d'Ophélie Pemmarty. C'est l'amour au sens large, tout simplement.

    RépondreSupprimer