vendredi 7 février 2014

La Couleur de l'aube, quoi qu'est-ce ?

Je l'ai annoncé hier sur Facebook, La Couleur de l'aube paraîtra aux éditions Armada en papier et en numérique, si tout va bien, pour le Festival Zone Franche, c'est à dire le 4 avril 2014.

Mais si vous ne suivez pas ce blog depuis le tout début, vous ne devez avoir qu'une vague idée de ce que ce roman peut être. Voici donc quelques infos supplémentaires ! 

Concentrons-nous sur l'essentiel : de quoi ça parle ?
Pour commencer, on change radicalement de genre par rapport à De l'autre côté du mur.

Le genre
Il s'agit de la fantasy, dans la mesure où le récit se passe dans un monde complètement inventé, et à une époque médiévale.
Cependant, pas de dragons ou de créatures étranges, ni de mages et de pouvoirs magiques : tous les éléments sont réalistes. A une exception près, et pas des moindres : c'est le monde lui-même qui est vivant. La nature, les villes, les éléments, ont une volonté propre et agissent comme adjuvants ou comme opposants pour les héros.
Par bien des aspects, cette fantasy est donc assez proche du conte.

Le public
C'est toujours du Young Adult mais, là où De l'autre côté du mur peut être lu sans problème par des jeunes ados, La Couleur de l'aube n'est pas à mettre dans des mains trop jeunes : il y a quelques passages très durs, qui mettent ce roman à la frontière entre les jeunes et les moins jeunes.

De quoi ça parle ?
Je n'ai pas encore de résumé à vous fournir, mais voici ce que je peux vous dire :

Doha, le monde-nature qui protège les hommes depuis toujours, est menacée par l'influence des villes. Peu à peu, les couleurs disparaissent, et les hommes deviennent fous, livrés à des émotions si violentes que c'en est effrayant ; et personne ne s'en aperçoit.
Personne, sauf Alya, la jeune princesse au bandeau, qui a vécu aveuglée et coupée du monde pendant toute son enfance. Le jour où elle retrouve la vue et sort de son château, elle est soufflée par la folie qui règne dans la ville. Mais comment faire pour lutter quand on est seule au monde, et que les villes se liguent contre vous ? 

Et pour ne rien vous cacher, c'est aussi et surtout une histoire d'amour... :)

Le style
C'est un roman un peu particulier, dans le sens où la narration alterne entre le "je" et le "tu" : Alya, l'héroïne, narre donc à la première personne du présent, tandis qu'un personnage-mystère qui la suit comme son ombre s'adresse à elle en pensées.
En outre, il est très onirique, plus encore que De l'autre côté du mur, pour ceux qui ont souligné cet aspect dans leur chronique. Vous serez prévenus ! ^^

Un extrait ?
Bien volontiers ! (A noter qu'avant ça, il y a un prologue.)

Chapitre premier
Plongée dans l'obscurité


Il fut un monde où les couleurs se ternissaient jour après jour. Un monde où les sentiments devenaient les armes d'une lutte entre les villes et la nature.
Dans ce monde, nul ne s'apercevait de l'obscurité qui s'installait progressivement sur les cieux et dans les cœurs. Nul sauf, peut-être, quelques hommes et une fillette aux cheveux blonds.
C'est dans ce monde qu'est née Alya, la princesse au bandeau.
Chant du bandeaupremier couplet
Interprété à la Cour par Terathiel,
ménestrel officiel de Yildiz.



Six ans.
Tout devient noir. Je ne vois plus rien. Je le savais, on me l'avait dit, mais je ne veux pas. Je serre les poings pour éviter de me frotter les yeux. « Tu ne dois pas pleurer, ni crier, ma petite, ne l'oublie pas. Il y va de ton honneur et de celui de ton père. » Je mordille mes lèvres. Nethy sera furieuse si je désobéis. Mais ce noir, ce vide… J'ai peur, j'ai si peur, toute seule !
Un éclat de rire me fait sursauter. Je me souviens des gens autour de moi. Des grandes personnes. J'entends des bruits que je connais. Un chat miaule et une enfant lui parle. On dirait qu'elle n'a pas envie qu'on l'entende. Pour ne pas déranger la cérémonie ? Plus proche, je reconnais un souffle irrégulier, celui d'un adulte, avec un parfum de lavande. Je sais, c'est ma nourrice, ma Nethy ! Pourquoi elle ne m'aide pas ? Elle m'a dit… Elle m'a dit que je devais être une grande fille, que personne ne me guiderait aujourd'hui. Que je ne devais pas avoir peur. Mais moi, j'ai peur quand même. Je déteste le noir. Je veux juste voir la lumière… Si je bouge, je vais tomber. Comment je vais retrouver la salle du repas si on ne m'aide pas ? Je compte dans ma tête jusqu'à dix le plus vite possible pour ne pas me mettre à pleurer devant tout le monde. C'est interdit.
Je sens une odeur de pain chaud. D'où elle vient ? Peut-être que je vais trouver à manger là-bas ? Je fais un pas en avant. Je tâtonne le vide autour de moi. Tout ce que je connais est parti dans le noir. Je manque de tomber. J'ai envie de hurler pour que Nethy vienne me chercher, comme quand je me fais mal. Personne ne me caresse pour me consoler, personne ne me parle avec tendresse pour me rassurer. Qui viendra me réveiller quand je ferai un cauchemar, dans cette Nuit ? Je me sens toute petite au milieu des gens dont je devine la présence : ils doivent se moquer de moi, attendre que je trébuche pour rire tout haut. Ils me regardent. Je le sais, on me l'a dit : « Tout le monde te regardera, ma petite. Tu devras être courageuse ». Mais dans le noir, je ne suis pas courageuse, Nethy ! Pitié, quelqu'un, quelque chose, rendez-moi mes couleurs !
Marcher. Tomber. Me relever. Marcher encore. Écouter. Respirer lentement, ne pas pleurer. Avancer. Peut-être que là-bas, au bout du chemin, une lumière m'attend ?

La fête est finie, les invités sont partis. Papa aussi. Il est retourné dans son cabinet après le repas sans me parler. Peut-être qu'il est déçu parce que je suis tombée et que j'ai pleuré ? Je n'ai pas fait exprès… Quand je suis arrivée dans le couloir qui part de la salle de la cérémonie, j'ai trébuché sur un tapis. J'ai perdu l'équilibre et je ne voyais pas où me rattraper. Je ne savais pas quand je toucherais le sol, j'ai presque été surprise quand j'ai senti le choc contre mes mains et mes jambes. Pourtant, j'étais déjà tombée, avant, mais là c'était différent.
Nethy n'est pas venue me chercher. J'ai dû me relever toute seule, alors que j'avais mal au genou. Après, je ne savais plus où j'étais. J'ai demandé de l'aide et personne ne m'a répondu, alors j'ai pleuré même si je n'avais pas le droit. Nethy me réconforte toujours quand je pleure. Cette fois, elle n'a rien fait. Elle m'a abandonnée. J'ai fini par m'asseoir pour attendre que quelqu'un se décide à m'aider. Le sol était très froid. J'ai marché à quatre pattes jusqu'au tapis parce que c'était désagréable. Une main m'a relevée brusquement, et j'ai eu mal au bras là où elle m'a serrée. J'ai senti dans son geste la menace de me punir si je recommençais. J'ai eu peur.
Il y avait plein d'odeurs autour de moi, je n'arrivais pas à les reconnaître pour trouver de l'aide. Elles se mélangeaient toutes : la lavande avec le cuir, le pain avec l'huile qu'on met dans les cheveux. Finalement, j'ai avancé au hasard pour qu'on ne me gronde pas de rester immobile ; j'ai essayé de retenir mes larmes mais je n'y suis pas arrivée. Le bandeau sur mes yeux était trempé mais je n'ai pas osé le toucher parce qu'on me l'a interdit, alors que je n'avais qu'une envie : l'arracher. C'est pas ma faute si j'ai peur du noir ! Je leur ai dit. Ils n'ont pas réagi, ils ont attendu que je trouve mon chemin. J'ai continué à avancer tout droit dans le couloir en me tenant au mur pour ne pas tomber. La tapisserie était douce sous mes doigts. J'ai entendu des froissements de tissu derrière moi, et aussi des murmures. Quand j'ai hésité, j'ai même entendu un rire moqueur juste à ma droite, un rire qui puait le vin.
À un moment, j'ai senti le creux dans le sol devant la salle à manger, celui dans lequel je me suis foulé la cheville quand j'étais petite. J'ai tourné pour trouver la porte, toute fière. Je me suis trompée de sens. Je voulais m'appuyer sur la poignée mais mes mains n'ont touché que du vide et j'ai encore trébuché. Cette fois, je me suis relevée seule, j'ai fait demi-tour et je suis rentrée dans la salle du repas, comme on m'avait demandé. La bouffée de chaleur à l'odeur de bois brûlé qui m'a accueillie m'a confirmé que je ne m'étais pas trompée. J'ai dessiné dans ma tête la grande table au centre de la pièce, avec des chaises de chaque côté et la cheminée tout au fond, sur le mur plus sombre que les autres. J'ai essayé de me souvenir où étaient les meubles avec la jolie vaisselle mais je n'ai pas réussi. J'ai eu peur de casser quelque chose si j'avançais encore.

Heureusement, les invités ont applaudi et j'ai de nouveau senti le parfum de lavande à côté de moi. Nethy m'a aidée à m'asseoir sur une chaise pour le repas, elle m'a dit que j'étais une grande fille maintenant, que je n'aurais plus peur du noir. Papa, lui, n'a rien dit.

Pour conclure, et pour reprendre les mots de mes bêtas : La Couleur de l’aube allie la cruauté et l’optimisme du conte, dans un univers merveilleux agrémenté d’une touche de sensualité.

Dans un prochain billet, je vous parlerai de la genèse de ce roman, très particulier à mes yeux (vous comprendrez pourquoi) !

8 commentaires:

  1. J'aime beaucoup cet extrait ! On entend vraiment la voix de cette petite fille… Vivement Zone Franche, alors, que je puisse lire la suite ^^

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    1. <3 Contente que ça te plaise ! J'avoue que c'est stressant de proposer un autre roman à ceux qui ont aimé DLCDM : peur de décevoir... ;-)

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  2. C'est magnifique, Agnès ! Bravo pour cette publi !

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  3. Moi je dis : encore! A quand la suite ? Un livre de plus sur ma PAL... chouette !

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  4. Après « De l’autre côté du mur », il y a toujours cette même force dans ton écriture, cette émotion… Bravo ! ;)

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    1. Merci Captain !
      En fait, ce roman a été écrit avant DLCDM, donc c'est plutôt l'inverse ^^ Je vous raconterai sa genèse très bientôt !

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  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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