lundi 24 février 2014

La Couleur de l'aube - la genèse

Oh là là, je m'aperçois que j'ai un peu délaissé le blog la semaine passée - il faut dire qu'elle a été particulièrement chargée !
Pour me rattraper, voici l'article promis sur la genèse de La Couleur de l'aube, roman particulier s'il en est parce que c'est le premier dont je sois arrivée au bout.

Après, donc, vous avoir dévoilé la genèse de De l'autre côté du mur et de quoi parle La Couleur de l'aube, voici venu le moment de vous expliquer d'où vient ce roman, et quel a été son parcours.

Oui, ce roman a infusé lentement. Très lentement. 


D'où est venue, donc l'idée de La Couleur de l'aube ?
Sa gestation a été assez longue et compliquée. Après avoir empoché mon bac S, j'ai radicalement changé de voie (pour mon plus grand bonheur) et je suis entrée en Hypokhâgne, suivie d'une Khâgne et d'une licence de Lettres Modernes. Pendant ces trois années, outre le fait que j'ai été bien occupée, je me suis nourrie aux classiques, j'ai découvert des auteurs géniaux, d'autres que j'aimais moins mais dont je ne pouvais que reconnaître le talent. Chaque fois, ce qui me frappait, c'était l'apparente simplicité des oeuvres, qui cachait une complexité incroyable et permettait une lecture sans cesse renouvelée. 
Moi, à côté, avec mon roman écrit en classe de seconde et que je n'avais jamais fini de corriger, mes dizaines de textes courts et de poèmes d'adolescente torturée, je me sentais bien petite. Et, donc, j'ai arrêté d'écrire. Pas d'un coup, sur une décision réfléchie ; non, au bout de plusieurs mois sans avoir rien couché sur le papier, je me suis dit que ce n'était peut-être pas fait pour moi, que je n'avais pas le talent nécessaire pour arriver au bout de mes rêves et, de toute façon, j'avais plein d'autres choses à vivre. Ce n'était pas particulièrement une souffrance, juste un vague regret teinté de fatalité.

Mais lorsque je suis arrivée en licence, mon horizon a recommencé à s'élargir, j'ai étudié la littérature médiévale et l'ancien français autant que les contes symboliques de Marcel Schwob (une pure merveille, vous allez aimer). Inconsciemment, je pense que j'ai commencé à comprendre qu'on n'avait pas forcément besoin d'être un génie pour avoir quelque chose à dire. Qu'on pouvait faire les choses à plus petite échelle. Et puis, je suis aussi arrivée à un moment de ma vie où je me disais que j'avais vraiment des choses à partager, c'était encore un peu inconscient mais je me découvrais une envie de me battre pour garder mon âme d'enfant (tout est expliqué ici). Donc, un jour, pendant un cours de littérature médiévale, j'ai sorti un carnet qui traînait dans mon sac, et j'ai commencé à écrire des idées en vrac pour un roman de fantasy médiévale. 
Je me nourrissais de mes lectures des dernières années pour développer mes propres idées : je venais de découvrir Italo Calvino et son merveilleux Si par une nuit d'hiver un voyageur, écrit en partie au "tu", et je trouvais l'idée géniale, même si j'avais envie de l'exploiter différemment. J'avais mon mode de narration (alternance je / tu). 
Je retrouvais aussi les joies des littératures de l'imaginaire avec L'Offrande Secrète de Roland Vartogue (aux éditions Mille Saisons à l'époque), qui inventait un univers où seules les villes restaient fixes, comme si les dieux n'avaient pas terminé le reste du monde. Et moi, je me disais : c'est génial, mais c'est trop facile, il suffit de ne pas s'aventurer hors des villes pour être en sécurité. Alors, j'ai choisi de faire l'inverse : je voulais un monde où les villes elles-mêmes seraient capables de se déplacer, histoire de mettre bien le bazar (et pourquoi pas, pire encore... mouahaha !). J'avais mon contexte, le fondement de mon univers.
Enfin, je lisais des tas de romans où les histoires d'amour restaient à la marge et ne servaient à rien ; ou bien, au contraire, où elles prenaient toute l'histoire et ne laissaient aucune place au reste. Alors, frustrée, j'ai eu envie d'essayer d'écrire le roman que j'aurais aimé lire, et je souhaitais que l'histoire d'amour soit à la fois centrale et nécessaire à l'intrigue, que l'une et l'autre soient entremêlées si étroitement qu'il serait impossible de les dissocier. J'avais alors un début de trame narrative, une direction à lui donner.





Et puis, les mois se sont écoulés, j'ai un peu oublié ce projet, prise par le cours des évènements et les dossiers d'inscription en Master. Ce n'est que presque un an plus tard, au début de mon Master édition (le 30 octobre 2010 pour être précise), que j'ai découvert le principe des Nuits de l'Ecriture. J'ai trouvé ça génial. J'étais libre ce vendredi soir-là, j'habitais seule pour au moins un an, le Prince étant resté dans notre ville d'origine pour ses études, et j'étais un peu libérée du poids des études littéraires, avec des études plus contemporaines et tournées vers l'actualité du livre. Et donc, j'ai ressorti mon petit carnet, j'y ai ajouté les quelques idées qui étaient apparues comme par miracle pendant le temps où je n'y avais pas pensé, et je me suis lancée. Comme ça, sans plan, sans y réfléchir plus, avec juste un concept et une voix dans la tête. J'ai adoré ça. Le soir -même, je me suis dit qu'il fallait absolument que j'arrive au bout, que je ne pouvais pas abandonner pour de bon.
Le lendemain, je (re)découvrais CoCyclics, et je m'inscrivais, bien déterminée à m'améliorer au plus vite. J'y ai découvert la bêta-lecture, l'entraide sur les challenge premier jet, et j'ai fait des rencontres formidables qui m'ont permis de me dire une fois pour toutes que j'étais faite pour écrire, moi aussi (souvenez-vous : Ce que CoCyclics a fait pour moi). 




Cinq mois et demi plus tard, je mettais le point final à 600 000 signes d'une fantasy médiévale atypique, assez proche du conte, qu'encore aujourd'hui j'ai du mal à décrire tant elle me semble hors norme. Ensuite, j'ai travaillé, seule puis avec ma très chère Ioana, pendant environ trois mois, pour améliorer ce premier jet bien brouillon. Résultat : - 100 000 signes. A ce moment-là, je me sentais prête à le soumettre au collectif CoCyclics pour bénéficier de l'aide des bêta-lecteurs et l'améliorer encore avant de le soumettre aux éditeurs.
Stressée comme pas possible (ce serait mon premier vrai retour sur un de mes écrits), je l'ai soumis avant de partir un mois au Canada et aux Etats-Unis, où je ne me suis presque pas connectée, histoire de ne pas trop y penser. J'ai reçu ma réponse dans un Apple Store de la Big Apple (ha ha ha) : c'était un "oui" ! C'était parti pour six mois de travail acharné, de coupes et de rajouts, de réflexions pour comprendre ce que j'avais voulu écrire et comment le faire ressortir au mieux, de tortures pour affiner mon style, et de lutte pour rendre mes personnages intéressants. En vrai, j'ai adoré ça. J'ai tellement appris que je ne remercierai jamais assez mes alphas et mes bêtas (Aya, Ermina, Pandora, Nadia et Lieko : MERCI !). 
Un peu fébrile, j'ai demandé une dernière lecture à deux autres bêta-lectrices (Cindy, que j'ai rencontrée à cette occasion <3, et Anne, merci à toutes les deux !), histoire de vérifier que je n'avais pas tout bousillé en essayant de corriger. Leur retour m'a donné assez de foi et de courage pour envoyer le tout aux éditeurs... et le parcours, là aussi, a été long et compliqué mais, huit mois plus tard, les éditions Armada acceptaient mon roman pour démarrer une collection pour jeunes adultes. Et maintenant, encore plus d'un an après, on bosse sur la couverture pour vous la montrer très bientôt !

Bon, je sais, ça n'a pas un grand rapport avec le shmilblick,
mais j'adore Apofiss :)

Voilà l'histoire de ce roman, qui n'a pas été de tout repos mais que je suis fière de partager bientôt avec vous. Et aussi un peu anxieuse (la peur de décevoir, tout ça). Mais surtout heureuse :)

Pour rappel, vous pourrez trouver de courtes citations de chaque chapitre de La Couleur de l'aube dans le compte-rendu du weekend citations !

5 commentaires:

  1. Très chouette genèse ! C'est toujours intéressant d'en apprendre plus sur les influences et le contexte d'un roman. Je sens que La Couleur de l'aube atterrira très vite dans ma liseuse à sa sortie ! \o/
    Nyna(eve)

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    1. Merci Nyna !
      Contente que ce long article t'ait intéressée ;-) J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire, je me rends compte du chemin parcouru depuis que la toute première idée m'est venue. à l'esprit. Ce roman restera toujours celui de mon apprentissage, et celui qui a fait de moi une auteure.
      Du moins, dans mon esprit, car "De l'autre côté du mur", lui, a fait de moi une auteure aux yeux du public, et c'est tout aussi important (si ce n'est plus !). En quelque sorte, j'ai eu droit à deux premières fois ;-)

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  2. C'est marrant, je n'ai pas du tout pensé à L'offrande Secrète en lisant La couleur de l'aube (pourtant, effectivement, il y a le pendant contraire au niveau du monde) ! C'est intéressant de voir comment on s'éloigne de ce qui nous donne des idées :)

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    1. Hé hé, oui ! Tout comme je suis trèèès loin de "Si par une nuit d'hiver un voyageur", même s'il fait partie de mes sources d'inspiration. C'est comme dans la vie : on pioche des trucs à droite à gauche, on les mixe, on les modifie, et ça fait quelque chose de neuf !

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  3. Quel parcours ! Bravo de n’avoir rien lâché ;)

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