mercredi 26 février 2014

Des livres et du thé #4

Fortune Cookies, Silène Edgar





Résumé de la quatrième

Bretagne, demain :
Une coupure d’électricité plonge la petite vie de Blanche et Hadrien dans le noir, ainsi que toute l’Europe. Un mystérieux appel résonne sur les ondes : le gouvernement cache qu’il se passe quelque chose au Sud… la guerre ? Leur fille est loin, en vacances au-delà des Pyrénées. Hadrien décide de partir immédiatement à sa recherche, mais Blanche a peur. 

Paris, après-demain :
État d’urgence, peuple bâillonné. Blanche est devenue Bianca, résistante. Les opposants à la dictature médiatique utilisent les réseaux de consommation pour faire passer leurs messages, sur les barquettes de poulet, les barils de lessive ou dans les fortune cookies, mais, bientôt, il faudra aller plus loin. Bianca trouve de la force entre les bras de Joshua, et jamais elle ne parle ni d’Hadrien, ni d’Élisabeth. 

Quelque chose a basculé sur la route.

Mon avis

Voilà un roman qui ne peut pas laisser indifférent. Silène Edgar nous plonge sans façons dans la peau d'une femme ordinaire, avec une vie paisible, non point parfaite mais réaliste. Blanche pourrait être chacun de nous. 
Bianca, elle, est beaucoup plus torturée, plus forte aussi : elle sait ce qu'elle veut et se donne les moyens d'aller jusqu'au bout pour l'avoir. C'est une héroïne du quotidien ; elle n'a pas de super pouvoir, n'est pas un leader né ni une combattante sans peur et sans reproche. Non, de la peur, elle en a, mais c'est là que Silène nous montre ce qu'est le vrai courage, celui dont chacun de nous peut faire preuve : malgré les risques, malgré sa terreur, malgré les choix difficile qu'elle a dû prendre, elle s'engage dans la résistance pour aller au bout de ses convictions.
Telle est la question posée par Silène : comment Blanche, cette femme terrifiée à l'idée de perdre ceux qu'elle aime, est-elle devenue Bianca ? Comment peut-on se battre et se mettre en danger quand on est une mère, et qu'on a une fille qui compte sur nous ? Devient-on une mauvaise mère en l'abandonnant ? Ou, au contraire, en restant avec elle alors que le monde dans lequel elle grandit part à vau-l'eau ? 
Des questions actuelles s'il en est, et qui ne concernent pas que les mères, car elles peuvent se comprendre plus généralement : comment faire quand notre monde s'évapore et met ceux qu'on aime en danger ? 

Des questions fortes, qui nous touchent tous, même ceux qui, comme moi, ne se sentent pas très concernés par la politique - peut-être même surtout eux. Parce que depuis que j'ai lu les Fortune Cookies, il y a plusieurs mois déjà, je m'interroge sans cesse à ce sujet, je cherche quels peuvent être mes moyens d'action, moi qui ne me sens pas (encore ?) le courage ou la force de conviction de devenir Bianca. Un livre, donc, dont on ne ressort pas tout à fait le même.

Et pourtant, c'est là toute la force de l'écriture de Silène, Fortune Cookies n'est ni un roman déprimant, ni un roman compliqué. Complexe, oui, mais pas compliqué. Au contraire, grâce à sa plume fluide et parfaitement maîtrisée , Silène nous offre un roman qu'on ne peut pas lâcher, qu'on dévore littéralement, sans se douter de la petite révolution qu'il est en train d'opérer en nous. Ce n'est qu'après avoir fini cette histoire passionnante, après avoir laissé derrière nous ces personnages si vrais, si touchants, si proches de nous, qu'on commence à comprendre qu'on ne sera plus jamais comme avant. Des mois après, de nombreuses scènes sont encore très vivaces dans mon esprit, et les réflexions me reviennent, encore et encore, à chaque nouvelle actualité brûlante, à chaque fortune cookie que je vois, et en beaucoup d'autres occasions encore. 

Alors merci, Silène Edgar, merci pour cette pépite. J'espère trouver, un jour prochain, le texte que je veux mettre dans mes propres fortune cookies.

Pour l'accompagner
Quoi d'autre qu'un thé breton artisanal pour accompagner la lecture de ce roman ? J'en ai choisi un épicé, pour la petite touche explosive qui accompagne la révolution de Bianca.

Mon conseil : 
Le thé Coup de foudre, de Tonnerre-De-Brest (http://www.tonnerre-de-brest.com/), est le thé idéal pour accompagner les Fortune Cookies. D'abord, c'est un thé vert breton artisanal à base d'algues, qui correspond à merveille au personnage de Blanche, cette jeune femme bretonne dont la vie se déroule sans accroc, et qui aime profondément sa région. Mais il contient aussi un mélange d'épices détonnant : menthe, cannelle, romarin et coriandre se bousculent pour prendre peu à peu le pas sur le goût des algues, et terminer la gorgée par une saveur beaucoup plus forte, à l'image de Bianca.
Un thé étrange, dont on ne sait pas trop à quoi s'attendre, mais qui surprend à la fois par sa douceur et sa force, et nous séduit dès la première gorgée, à tel point que la tasse est finie avant qu'on ait eu le temps de s'en apercevoir. C'est aussi ainsi que j'aurais pu définir les Fortune Cookies !

Temps d'infusion : 3-5 min (selon que vous le préférez doux ou plus parfumé)
Dosage : 5 g pour 30 cl de thé
Pour : le matin





lundi 24 février 2014

La Couleur de l'aube - la genèse

Oh là là, je m'aperçois que j'ai un peu délaissé le blog la semaine passée - il faut dire qu'elle a été particulièrement chargée !
Pour me rattraper, voici l'article promis sur la genèse de La Couleur de l'aube, roman particulier s'il en est parce que c'est le premier dont je sois arrivée au bout.

Après, donc, vous avoir dévoilé la genèse de De l'autre côté du mur et de quoi parle La Couleur de l'aube, voici venu le moment de vous expliquer d'où vient ce roman, et quel a été son parcours.

Oui, ce roman a infusé lentement. Très lentement. 


D'où est venue, donc l'idée de La Couleur de l'aube ?
Sa gestation a été assez longue et compliquée. Après avoir empoché mon bac S, j'ai radicalement changé de voie (pour mon plus grand bonheur) et je suis entrée en Hypokhâgne, suivie d'une Khâgne et d'une licence de Lettres Modernes. Pendant ces trois années, outre le fait que j'ai été bien occupée, je me suis nourrie aux classiques, j'ai découvert des auteurs géniaux, d'autres que j'aimais moins mais dont je ne pouvais que reconnaître le talent. Chaque fois, ce qui me frappait, c'était l'apparente simplicité des oeuvres, qui cachait une complexité incroyable et permettait une lecture sans cesse renouvelée. 
Moi, à côté, avec mon roman écrit en classe de seconde et que je n'avais jamais fini de corriger, mes dizaines de textes courts et de poèmes d'adolescente torturée, je me sentais bien petite. Et, donc, j'ai arrêté d'écrire. Pas d'un coup, sur une décision réfléchie ; non, au bout de plusieurs mois sans avoir rien couché sur le papier, je me suis dit que ce n'était peut-être pas fait pour moi, que je n'avais pas le talent nécessaire pour arriver au bout de mes rêves et, de toute façon, j'avais plein d'autres choses à vivre. Ce n'était pas particulièrement une souffrance, juste un vague regret teinté de fatalité.

Mais lorsque je suis arrivée en licence, mon horizon a recommencé à s'élargir, j'ai étudié la littérature médiévale et l'ancien français autant que les contes symboliques de Marcel Schwob (une pure merveille, vous allez aimer). Inconsciemment, je pense que j'ai commencé à comprendre qu'on n'avait pas forcément besoin d'être un génie pour avoir quelque chose à dire. Qu'on pouvait faire les choses à plus petite échelle. Et puis, je suis aussi arrivée à un moment de ma vie où je me disais que j'avais vraiment des choses à partager, c'était encore un peu inconscient mais je me découvrais une envie de me battre pour garder mon âme d'enfant (tout est expliqué ici). Donc, un jour, pendant un cours de littérature médiévale, j'ai sorti un carnet qui traînait dans mon sac, et j'ai commencé à écrire des idées en vrac pour un roman de fantasy médiévale. 
Je me nourrissais de mes lectures des dernières années pour développer mes propres idées : je venais de découvrir Italo Calvino et son merveilleux Si par une nuit d'hiver un voyageur, écrit en partie au "tu", et je trouvais l'idée géniale, même si j'avais envie de l'exploiter différemment. J'avais mon mode de narration (alternance je / tu). 
Je retrouvais aussi les joies des littératures de l'imaginaire avec L'Offrande Secrète de Roland Vartogue (aux éditions Mille Saisons à l'époque), qui inventait un univers où seules les villes restaient fixes, comme si les dieux n'avaient pas terminé le reste du monde. Et moi, je me disais : c'est génial, mais c'est trop facile, il suffit de ne pas s'aventurer hors des villes pour être en sécurité. Alors, j'ai choisi de faire l'inverse : je voulais un monde où les villes elles-mêmes seraient capables de se déplacer, histoire de mettre bien le bazar (et pourquoi pas, pire encore... mouahaha !). J'avais mon contexte, le fondement de mon univers.
Enfin, je lisais des tas de romans où les histoires d'amour restaient à la marge et ne servaient à rien ; ou bien, au contraire, où elles prenaient toute l'histoire et ne laissaient aucune place au reste. Alors, frustrée, j'ai eu envie d'essayer d'écrire le roman que j'aurais aimé lire, et je souhaitais que l'histoire d'amour soit à la fois centrale et nécessaire à l'intrigue, que l'une et l'autre soient entremêlées si étroitement qu'il serait impossible de les dissocier. J'avais alors un début de trame narrative, une direction à lui donner.





Et puis, les mois se sont écoulés, j'ai un peu oublié ce projet, prise par le cours des évènements et les dossiers d'inscription en Master. Ce n'est que presque un an plus tard, au début de mon Master édition (le 30 octobre 2010 pour être précise), que j'ai découvert le principe des Nuits de l'Ecriture. J'ai trouvé ça génial. J'étais libre ce vendredi soir-là, j'habitais seule pour au moins un an, le Prince étant resté dans notre ville d'origine pour ses études, et j'étais un peu libérée du poids des études littéraires, avec des études plus contemporaines et tournées vers l'actualité du livre. Et donc, j'ai ressorti mon petit carnet, j'y ai ajouté les quelques idées qui étaient apparues comme par miracle pendant le temps où je n'y avais pas pensé, et je me suis lancée. Comme ça, sans plan, sans y réfléchir plus, avec juste un concept et une voix dans la tête. J'ai adoré ça. Le soir -même, je me suis dit qu'il fallait absolument que j'arrive au bout, que je ne pouvais pas abandonner pour de bon.
Le lendemain, je (re)découvrais CoCyclics, et je m'inscrivais, bien déterminée à m'améliorer au plus vite. J'y ai découvert la bêta-lecture, l'entraide sur les challenge premier jet, et j'ai fait des rencontres formidables qui m'ont permis de me dire une fois pour toutes que j'étais faite pour écrire, moi aussi (souvenez-vous : Ce que CoCyclics a fait pour moi). 




Cinq mois et demi plus tard, je mettais le point final à 600 000 signes d'une fantasy médiévale atypique, assez proche du conte, qu'encore aujourd'hui j'ai du mal à décrire tant elle me semble hors norme. Ensuite, j'ai travaillé, seule puis avec ma très chère Ioana, pendant environ trois mois, pour améliorer ce premier jet bien brouillon. Résultat : - 100 000 signes. A ce moment-là, je me sentais prête à le soumettre au collectif CoCyclics pour bénéficier de l'aide des bêta-lecteurs et l'améliorer encore avant de le soumettre aux éditeurs.
Stressée comme pas possible (ce serait mon premier vrai retour sur un de mes écrits), je l'ai soumis avant de partir un mois au Canada et aux Etats-Unis, où je ne me suis presque pas connectée, histoire de ne pas trop y penser. J'ai reçu ma réponse dans un Apple Store de la Big Apple (ha ha ha) : c'était un "oui" ! C'était parti pour six mois de travail acharné, de coupes et de rajouts, de réflexions pour comprendre ce que j'avais voulu écrire et comment le faire ressortir au mieux, de tortures pour affiner mon style, et de lutte pour rendre mes personnages intéressants. En vrai, j'ai adoré ça. J'ai tellement appris que je ne remercierai jamais assez mes alphas et mes bêtas (Aya, Ermina, Pandora, Nadia et Lieko : MERCI !). 
Un peu fébrile, j'ai demandé une dernière lecture à deux autres bêta-lectrices (Cindy, que j'ai rencontrée à cette occasion <3, et Anne, merci à toutes les deux !), histoire de vérifier que je n'avais pas tout bousillé en essayant de corriger. Leur retour m'a donné assez de foi et de courage pour envoyer le tout aux éditeurs... et le parcours, là aussi, a été long et compliqué mais, huit mois plus tard, les éditions Armada acceptaient mon roman pour démarrer une collection pour jeunes adultes. Et maintenant, encore plus d'un an après, on bosse sur la couverture pour vous la montrer très bientôt !

Bon, je sais, ça n'a pas un grand rapport avec le shmilblick,
mais j'adore Apofiss :)

Voilà l'histoire de ce roman, qui n'a pas été de tout repos mais que je suis fière de partager bientôt avec vous. Et aussi un peu anxieuse (la peur de décevoir, tout ça). Mais surtout heureuse :)

Pour rappel, vous pourrez trouver de courtes citations de chaque chapitre de La Couleur de l'aube dans le compte-rendu du weekend citations !

lundi 17 février 2014

Compte-rendu du weekend citations

Ce weekend, pendant mes corrections éditoriales de La Couleur de l'aube, j'ai eu envie de proposer un échange autour du roman, en même temps que de partager mes avancées : j'ai donc, à chaque chapitre corrigé (soit 14 + un prélude et un épilogue), proposé sur Facebook et Twitter une courte citation, sans spoiler, représentative de l'ambiance du chapitre.
Mais pour ceux qui ne sont pas sur les réseaux sociaux ou qui n'étaient pas là ce weekend, pas de panique : voici un cours de rattrapage !



Prélude

Le tonnerre gronda au-dessus des hommes, râle d'impuissance échappé des entrailles de la nature.

~

Chapitre 1

Marcher. Tomber. Me relever. Marcher encore. Écouter. Respirer lentement, ne pas pleurer. Avancer. Peut-être que là-bas, au bout du chemin, une lumière m'attend ?


~

Chapitre 2

Tu te recroquevilles, serres tes genoux dans les bras pour y déposer le menton. C'est comme si tu essayais d'échapper au soleil, lui que tu as toujours recherché. Face à l'inconnu, tu te replies dans le seul univers que tu connais vraiment, le seul pourtant qui t'a toujours effrayée. Le noir.


~

Chapitre 3

Tes ongles s'enfoncent dans mon bras jusqu'au sang, une larme roule sur ta joue. Deux gouttes qui perlent sur nos peaux, symboles du supplice que tu es en train d'endurer.


~

Chapitre 4



Une main agrippe ma robe, une autre empoigne mes cheveux, tire de toutes ses forces jusqu'à m'entendre hurler. Un bâton lancé dans l'estomac me coupe le souffle. Je me recroqueville. Les coups et les griffures pleuvent sur mon dos, m'arrachant des larmes de douleur et de chagrin. POURQUOI ?

~

Chapitre 5


Je t'ennuie avec mes états d'âme. Je ne suis pas d'humeur à me promener aujourd'hui. Je vais aller à la bibliothèque, vivre par procuration une aventure époustouflante et haute en couleur. Tu as ta journée.


~

Chapitre 6


Tu glisses alors tes doigts sur les draps rouges – ta couleur préférée –, lentement, fibre après fibre. Quand enfin la pulpe de tes doigts quitte son écrin de soie, je suis incapable de détourner les yeux, sous ton emprise. Tu respires profondément, avales mon odeur. J'ai chaud.


~

Chapitre 7


Mes forces se vident comme si mon sang coulait réellement de cette blessure, se mêlant au tien déjà répandu sur le lit. Tu es si pâle que j'ai peine à croire que tu es encore en vie.


~

Chapitre 8


Comme avant, je lis dans chacun de tes gestes, dans le léger tremblement de tes membres, dans la pâleur de ton visage, la douleur que ton corps crie même si tes lèvres demeurent muettes.


~

Chapitre 9


Dans une petite clairière, un pâle rayon de soleil illumine un petit bassin de pierre, dans lequel repose une eau azur. De petites étoiles scintillantes dansent à la surface dans un ballet mystérieux. Parfois, quelques-unes osent quitter leur nid pour voleter autour des pierres, dans l'herbe perlée par la rosée de l'aube. Des oiseaux jouent avec elles, rient de leur chant mélodieux lorsqu'elles effectuent une arabesque, ou saluent les prouesses de leurs frères par des petits bonds joyeux.


~

Chapitre 10


Oubliant tout le reste, nous nous penchons vers l'eau pour la recueillir entre nos mains tremblantes et poussiéreuses. Nos lèvres craquelées gémissent d'impatience devant la lenteur de nos gestes. Fraîcheur. Douceur. Le premier contact avec l'eau est vivifiant. Elle coule dans nos gorges, sème derrière elle une sensation de bien-être.


~

Chapitre 11


Fou de rage, j'enfonce mon couteau dans tout ce qui passe à ma portée, taillade les organes mis à nus que j'extirpe des corps avec joie. Oui, de la joie, c'est ce que je ressens à plonger ma lame dans les chairs tendres de mes victimes démunies.

~

Chapitre 12


Tu te laisses aller à mon étreinte. Tu poses la tête sur mon épaule, prends appui sur mon torse comme si j'étais une partie de toi-même : unique, mouvante, tu tournoies avec grâce autour de moi, joues avec mon corps pour te l'approprier. Les courants d'air que tu appelles à toi me poussent, me déplacent en harmonie avec tes pas et les battements du tambour, font miroiter l'azur des broderies de ma tunique, le violet semblable aux fleurs de printemps, le jaune des tournesols qui cherchent la lumière, alors que les tendres arabesques de tes bras prennent vie au son de la vièle qui accélère.

~

Chapitre 13


Le contact d'une main peut changer bien des choses.



~

Chapitre 14


Les liens les plus précieux sont ceux que l'on crée nous-mêmes, au hasard des rencontres.



~

Epilogue


Quand ils souriaient, ils donnaient envie de sourire à notre tour, et la vie paraissait un peu moins sombre.






Alors ? Ca vous parle ? :-)

En tout cas, j'ai adoré l'expérience, c'était super chouette de voir en direct vos réactions sur telle ou telle citation, d'initier des débats, et puis de vous donner un avant-goût de ce roman assez spécial qui paraîtra bientôt. J'espère pouvoir recommencer ! (Même si, de tous mes romans, celui-ci est clairement celui qui se prête le mieux à ce type d'exercice).

mercredi 12 février 2014

Mais pourquoi tu gardes tous ces livres si tu ne les relis pas ?

Parce que j'en ai envie, merde, retourne à ta collection de timbres et laisse-moi tranquille !

Hum. Une fois que c'est dit, essayons d'aller un peu plus loin. Parce que bon, c'est vrai que, au fond, c'est pas logique. Et puis, ce n'est pas une sensation que j'ai au sujet de la musique ou des films, dont je me débarrasse facilement et sans remords une fois que je ne m'en sers plus. Alors quoi ?

Allons-y pour une petite analyse de mes livres-bibliothèque, ceux qui font partie du Panthéon des Romans-Dont-Je-Ne-Me-Séparerai-Pour-Rien-Au-Monde, ceux qui sont rangés là :

Vous remarquerez que sous les tas de livres en désordre,
il y a une bibliothèque bien rangée, par collection,
avec les jolis livres mis en évidence,
un étage spécial pour les copains et des bibelots décoratifs.
C'est pas ma faute si j'ai pas assez de place.
J'ai toujours dit qu'il me fallait d'autres bibliothèques.




Ceux que je veux relire
Certes, forcément. C'est normal de les garder. Mais chez moi, ils sont vraiment peu nombreux, parce que je préfère toujours utiliser le temps de lecture que j'ai pour faire de nouvelles découvertes. Je ne suis pas de celles qui relisent le même livre encore et encore, parce qu'elles s'y sentent chez elle. Moi, les rares fois où je vais en relire un, ce sera dix, quinze ans après, quand j'aurai tout oublié sauf le bon souvenir que j'en garde. 
Et encore, dans tous ceux là, je dois me rendre à l'évidence : il y en a un bon paquet dont je sais pertinemment que je ne les relirai pas, même si je les ai adorés, parce que je préfèrerai essayer une de ces centaines de lectures qui me font de l'oeil et pour lesquelles je n'aurai jamais assez de toute une vie. Donc, en fait, c'est clairement une mauvaise excuse pour les amasser encore et encore.
Allez, quand même, pour me donner bonne conscience : il y en a que je garde et que je rouvre régulièrement, ce sont mes beaux livres, mes albums ou BD que je trouve magnifiques, et que je sors parfois pour le plaisir des yeux.



Ceux que je veux prêter
Biiiip ! Essaye encore.
Je ne prête presque jamais mes livres. Je suis beaucoup trop maniaque : pas question qu'ils soient abîmés ! (Oups, ça aussi, je ferais bien de me questionner dessus.) Et encore moins perdus, ce qui arrive très souvent, soyons honnêtes.
Sérieusement : si je vous ai déjà prêté un livre, ou si je le fais à l'avenir, vous saurez que je vous fais une confiance aveugle. C'est comme si Frodon prêtait son anneau à Sam. My precious ! (OK, on reviendra définitivement sur le sujet tout à l'heure.)





Les rares que je ne garde pas
Je fais deux exceptions à cette règle : pour les livres que je n'ai pas aimés mais qui, je pense, plairont à quelqu'un de ma connaissance (et dans ce cas, je donne souvent le livre plutôt que de le prêter) ; et pour les livres que j'ai étudiés, et aimés, et que je veux pouvoir partager avec quelqu'un qui en aurait besoin. Même que ceux-là, ils sont tout stabilotés, avec du stylo dans la marge et des études de texte à même le livre. Et bizarrement, ça fait partie de leur charme.
Mais du coup, je n'ai pas la même volonté de possession pour ces romans, parce que mes études m'ont forcé à prendre du recul et à les regarder de plus loin. Ah ! Toucherait-on quelque chose du doigt ?




Ceux qui font partie de moi
La voilà, ma réponse. Je ne veux garder que les livres que je me suis appropriés, ce que j'ai aimés très fort. Pas forcément les "bons" livres, ni les plus intellectuels, ni ceux qui ont le plus d'action.
Non : ceux qui, à un moment ou à un autre, ont signifié quelque chose de fort. D'unique. Ceux qui ont fait partie de ma vie et l'ont un peu changée, d'une façon ou d'une autre. D'ailleurs, pour revenir sur cette notion de "possession", je réalise que je n'ai ce rapport spécial qu'avec les livres que je me suis achetés en papier (ou qu'on m'a offerts), et pas avec les SP ni avec les romans qu'on m'a prêtés. Comme si, pour vouloir les garder au Panthéon, j'avais besoin d'être certaine qu'ils sont bien à moi, d'avoir effectué un acte concret pour me les approprier et leur laisser une place durable (et physique) dans ma vie.
Mais revenons à nos moutons. Si je veux garder ces livres dans ma bibliothèque, si j'ai besoin de les avoir à portée de main tout en sachant que je ne les relirai jamais, et que je ne voudrai pas les prêter non plus, c'est parce que je les considère comme une part de moi, de ma personnalité, de mon histoire. Il y a ceux qui ont changé ma vision des choses, ceux que je n'ai pas pu lâcher, ceux auxquels je repense encore dix ans après, ceux qui m'ont été offerts à une occasion spéciale, ou par une personne spéciale, ceux qui sont dédicacés, ceux qui ont été écrits par les copains, ceux que j'ai écrits, ceux sur lesquels j'ai travaillé, ceux à qui je voue une admiration éternelle, ceux qui m'ont fait rêver, ceux qui me rappellent celle que j'étais quand je les ai adorés même si, maintenant, je ne les lirais pas de la même façon, ceux dont je me rappelle encore les aventures vécues il y a si longtemps, comme de bons souvenirs... Mais au fond, ils ne sont qu'une seule et même chose : des portes ouvertes sur les mondes que j'ai visités, sur les vies que j'ai vécues par procuration. Un simple regard vers leur couverture suffit à me donner le sourire, à me faire réfléchir ou à me faire revivre une aventure épique.
Voilà pourquoi ce sont mes petits trésors, pourquoi je ne veux pas les abîmer et pourquoi j'adore réagencer ma bibliothèque en fonction de mes goûts et de ma personnalité du moment. Ces romans résument celle que j'ai été, et celle que je suis. Sans doute aussi celle que je deviendrai bientôt, d'ailleurs. Voilà pourquoi c'est si difficile pour moi de les prêter. Est-ce que vous prêteriez une photo de famille dont vous n'avez qu'un seul exemplaire à quelqu'un en qui vous n'avez pas une entière confiance ?




Et le numérique, dans tout ça ?
Forcément, ces nouveaux modes de lecture ne s'accordent pas tellement avec ma joulie bibliothèque, même s'ils sont par ailleurs bien pratiques et que ça fait quand même gagner de la place... D'abord, sachez que je ne suis pas une grande lectrice numérique : je lis sur tablette (je n'ai pas de liseuse), et quand j'ai le choix, je prends toujours la version papier (rapport à la possession physique, tout ça). Ce qui ne m'empêche pas de lire quand même des romans en numérique, soit pour leur prix avantageux, soit parce que j'ai besoin de les annoter (mais en général, dans ce cas, ils ne sont pas encore publiés et donc, j'ai pas le choix ^^), soit parce qu'ils sont vraiment trop lourds à lire dans les transports.

Une fois cela posé, il est clair que je n'ai pas le même rapport avec mes livres numériques qu'avec mes livres papiers. J'en ai une lecture beaucoup plus boulimique et consommatrice, en mode "je prends, j'utilise et je jette", et beaucoup moins fusionnelle. Je les savoure moins : je les dévore. Sans doute parce que je n'ai pas le même confort, ni cette espèce d'intimité qui se crée avec le livre papier quand on se retrouve en tête à tête après une loooongue journée à devoir attendre pour connaître la suite. 
D'ailleurs, si j'avais eu Hunger Games en papier, il aurait clairement fait partie du Panthéon, genre, pour l'éternité. Mais je l'ai lu en numérique (si j'avais su qu'il me plairait autant, j'aurais pris le papier !), et je n'ai pas conservé le fichier. J'hésite toujours à me le racheter en papier, mais bon, c'est pas donné, et comme je l'ai déjà lu et que je le relirai sans doute jamais, tout ça, tout ça... vous commencez à connaître la chanson.





Et voilà pourquoi vous pouvez bien vous moquer de moi autant que vous voulez, je n'abandonnerai jamais ces livres. Ce serait comme me couper de moi-même, de mes souvenirs imaginaires, qui font autant partie de moi (si ce n'est plus) que mes souvenirs réels. Bien sûr, ils existent en moi quoi qu'il arrive, quelque part dans ma tête, et on pourrait objecter que c'est une façon bien matérielle de considérer une chose de l'esprit. Mais, justement, le fait d'avoir ces livres sous les yeux tous les jours, ça les rend plus réels. Ca les ancre dans ma vie, alors même qu'ils sont éphémères par essence - leur vie dure au-delà du seul temps de lecture. Comme une photo, encore une fois : ils sont le moyen de me rappeler ces souvenirs qui, autrement, disparaîtraient bien plus vite.

Et vous, alors ? Pourquoi vous gardez vos livres ?

dimanche 9 février 2014

Trois ans !



Hé oui, trois ans déjà, aujourd'hui pour mon petit blog qui n'est plus si petit que ça...
Trois ans que je raconte mes bêtises et que vous les écoutez !
Vous êtes bien braves ^^

Sans rire, c'est fou, hein ? Pour rire, je suis allée regarder les premiers articles. Je finissais juste le premier jet de La Couleur de l'aube et j'avais besoin d'un peu de compagnie pour m'accompagner dans mes corrections. La publication n'était encore qu'un rêve lointain qui me semblait souvent inaccessible, et je me débattais pour trouver ma méthode de travail. Je n'avais aucun roman terminé dans les tiroirs.

Aujourd'hui... Aujourd'hui, j'en ai un publié, deux à paraître, trois autres dans les tuyaux éditoriaux (enfin, deux et une suite), je ne fais plus que trois versions avant de soumettre aux éditeurs (au lieu d'une dizaine !) et j'ai assez confiance en moi pour échanger mes théories sur l'écriture avec vous - si, si, ça veut dire que j'avoue publiquement que je suis une auteure, et que comme tout auteur, mes méthodes peuvent intéresser les autres auteurs et les lecteurs. C'est pas rien, j'vous jure ! On a toujours un doute en postant, on se dit : mais qui je suis pour publier ça ?





Bref... Trois ans, c'est pas rien : un enfant, à trois ans, ça sait marcher, ça sait parler, et même que ça va à l'école. Alors c'est là que je suis : à l'école des blogueuse, j'apprends avec vous, je me fais des copines et j'essaie de m'améliorer. Si vous avez des envies, des idées, des questions, des suggestions, des remarques : c'est le moment, je prends tout ! (Après ça, merci de vous taire à jamais. Ou jusqu'au prochaine anniversaire du blog.)


Et sur ce, je m'en vais faire la danse de la joie pour célébrer tout ça et vous remercier de me suivre depuis si longtemps - ou de m'avoir découverte depuis peu, et d'être restés !








vendredi 7 février 2014

La Couleur de l'aube, quoi qu'est-ce ?

Je l'ai annoncé hier sur Facebook, La Couleur de l'aube paraîtra aux éditions Armada en papier et en numérique, si tout va bien, pour le Festival Zone Franche, c'est à dire le 4 avril 2014.

Mais si vous ne suivez pas ce blog depuis le tout début, vous ne devez avoir qu'une vague idée de ce que ce roman peut être. Voici donc quelques infos supplémentaires ! 

Concentrons-nous sur l'essentiel : de quoi ça parle ?
Pour commencer, on change radicalement de genre par rapport à De l'autre côté du mur.

Le genre
Il s'agit de la fantasy, dans la mesure où le récit se passe dans un monde complètement inventé, et à une époque médiévale.
Cependant, pas de dragons ou de créatures étranges, ni de mages et de pouvoirs magiques : tous les éléments sont réalistes. A une exception près, et pas des moindres : c'est le monde lui-même qui est vivant. La nature, les villes, les éléments, ont une volonté propre et agissent comme adjuvants ou comme opposants pour les héros.
Par bien des aspects, cette fantasy est donc assez proche du conte.

Le public
C'est toujours du Young Adult mais, là où De l'autre côté du mur peut être lu sans problème par des jeunes ados, La Couleur de l'aube n'est pas à mettre dans des mains trop jeunes : il y a quelques passages très durs, qui mettent ce roman à la frontière entre les jeunes et les moins jeunes.

De quoi ça parle ?
Je n'ai pas encore de résumé à vous fournir, mais voici ce que je peux vous dire :

Doha, le monde-nature qui protège les hommes depuis toujours, est menacée par l'influence des villes. Peu à peu, les couleurs disparaissent, et les hommes deviennent fous, livrés à des émotions si violentes que c'en est effrayant ; et personne ne s'en aperçoit.
Personne, sauf Alya, la jeune princesse au bandeau, qui a vécu aveuglée et coupée du monde pendant toute son enfance. Le jour où elle retrouve la vue et sort de son château, elle est soufflée par la folie qui règne dans la ville. Mais comment faire pour lutter quand on est seule au monde, et que les villes se liguent contre vous ? 

Et pour ne rien vous cacher, c'est aussi et surtout une histoire d'amour... :)

Le style
C'est un roman un peu particulier, dans le sens où la narration alterne entre le "je" et le "tu" : Alya, l'héroïne, narre donc à la première personne du présent, tandis qu'un personnage-mystère qui la suit comme son ombre s'adresse à elle en pensées.
En outre, il est très onirique, plus encore que De l'autre côté du mur, pour ceux qui ont souligné cet aspect dans leur chronique. Vous serez prévenus ! ^^

Un extrait ?
Bien volontiers ! (A noter qu'avant ça, il y a un prologue.)

Chapitre premier
Plongée dans l'obscurité


Il fut un monde où les couleurs se ternissaient jour après jour. Un monde où les sentiments devenaient les armes d'une lutte entre les villes et la nature.
Dans ce monde, nul ne s'apercevait de l'obscurité qui s'installait progressivement sur les cieux et dans les cœurs. Nul sauf, peut-être, quelques hommes et une fillette aux cheveux blonds.
C'est dans ce monde qu'est née Alya, la princesse au bandeau.
Chant du bandeaupremier couplet
Interprété à la Cour par Terathiel,
ménestrel officiel de Yildiz.



Six ans.
Tout devient noir. Je ne vois plus rien. Je le savais, on me l'avait dit, mais je ne veux pas. Je serre les poings pour éviter de me frotter les yeux. « Tu ne dois pas pleurer, ni crier, ma petite, ne l'oublie pas. Il y va de ton honneur et de celui de ton père. » Je mordille mes lèvres. Nethy sera furieuse si je désobéis. Mais ce noir, ce vide… J'ai peur, j'ai si peur, toute seule !
Un éclat de rire me fait sursauter. Je me souviens des gens autour de moi. Des grandes personnes. J'entends des bruits que je connais. Un chat miaule et une enfant lui parle. On dirait qu'elle n'a pas envie qu'on l'entende. Pour ne pas déranger la cérémonie ? Plus proche, je reconnais un souffle irrégulier, celui d'un adulte, avec un parfum de lavande. Je sais, c'est ma nourrice, ma Nethy ! Pourquoi elle ne m'aide pas ? Elle m'a dit… Elle m'a dit que je devais être une grande fille, que personne ne me guiderait aujourd'hui. Que je ne devais pas avoir peur. Mais moi, j'ai peur quand même. Je déteste le noir. Je veux juste voir la lumière… Si je bouge, je vais tomber. Comment je vais retrouver la salle du repas si on ne m'aide pas ? Je compte dans ma tête jusqu'à dix le plus vite possible pour ne pas me mettre à pleurer devant tout le monde. C'est interdit.
Je sens une odeur de pain chaud. D'où elle vient ? Peut-être que je vais trouver à manger là-bas ? Je fais un pas en avant. Je tâtonne le vide autour de moi. Tout ce que je connais est parti dans le noir. Je manque de tomber. J'ai envie de hurler pour que Nethy vienne me chercher, comme quand je me fais mal. Personne ne me caresse pour me consoler, personne ne me parle avec tendresse pour me rassurer. Qui viendra me réveiller quand je ferai un cauchemar, dans cette Nuit ? Je me sens toute petite au milieu des gens dont je devine la présence : ils doivent se moquer de moi, attendre que je trébuche pour rire tout haut. Ils me regardent. Je le sais, on me l'a dit : « Tout le monde te regardera, ma petite. Tu devras être courageuse ». Mais dans le noir, je ne suis pas courageuse, Nethy ! Pitié, quelqu'un, quelque chose, rendez-moi mes couleurs !
Marcher. Tomber. Me relever. Marcher encore. Écouter. Respirer lentement, ne pas pleurer. Avancer. Peut-être que là-bas, au bout du chemin, une lumière m'attend ?

La fête est finie, les invités sont partis. Papa aussi. Il est retourné dans son cabinet après le repas sans me parler. Peut-être qu'il est déçu parce que je suis tombée et que j'ai pleuré ? Je n'ai pas fait exprès… Quand je suis arrivée dans le couloir qui part de la salle de la cérémonie, j'ai trébuché sur un tapis. J'ai perdu l'équilibre et je ne voyais pas où me rattraper. Je ne savais pas quand je toucherais le sol, j'ai presque été surprise quand j'ai senti le choc contre mes mains et mes jambes. Pourtant, j'étais déjà tombée, avant, mais là c'était différent.
Nethy n'est pas venue me chercher. J'ai dû me relever toute seule, alors que j'avais mal au genou. Après, je ne savais plus où j'étais. J'ai demandé de l'aide et personne ne m'a répondu, alors j'ai pleuré même si je n'avais pas le droit. Nethy me réconforte toujours quand je pleure. Cette fois, elle n'a rien fait. Elle m'a abandonnée. J'ai fini par m'asseoir pour attendre que quelqu'un se décide à m'aider. Le sol était très froid. J'ai marché à quatre pattes jusqu'au tapis parce que c'était désagréable. Une main m'a relevée brusquement, et j'ai eu mal au bras là où elle m'a serrée. J'ai senti dans son geste la menace de me punir si je recommençais. J'ai eu peur.
Il y avait plein d'odeurs autour de moi, je n'arrivais pas à les reconnaître pour trouver de l'aide. Elles se mélangeaient toutes : la lavande avec le cuir, le pain avec l'huile qu'on met dans les cheveux. Finalement, j'ai avancé au hasard pour qu'on ne me gronde pas de rester immobile ; j'ai essayé de retenir mes larmes mais je n'y suis pas arrivée. Le bandeau sur mes yeux était trempé mais je n'ai pas osé le toucher parce qu'on me l'a interdit, alors que je n'avais qu'une envie : l'arracher. C'est pas ma faute si j'ai peur du noir ! Je leur ai dit. Ils n'ont pas réagi, ils ont attendu que je trouve mon chemin. J'ai continué à avancer tout droit dans le couloir en me tenant au mur pour ne pas tomber. La tapisserie était douce sous mes doigts. J'ai entendu des froissements de tissu derrière moi, et aussi des murmures. Quand j'ai hésité, j'ai même entendu un rire moqueur juste à ma droite, un rire qui puait le vin.
À un moment, j'ai senti le creux dans le sol devant la salle à manger, celui dans lequel je me suis foulé la cheville quand j'étais petite. J'ai tourné pour trouver la porte, toute fière. Je me suis trompée de sens. Je voulais m'appuyer sur la poignée mais mes mains n'ont touché que du vide et j'ai encore trébuché. Cette fois, je me suis relevée seule, j'ai fait demi-tour et je suis rentrée dans la salle du repas, comme on m'avait demandé. La bouffée de chaleur à l'odeur de bois brûlé qui m'a accueillie m'a confirmé que je ne m'étais pas trompée. J'ai dessiné dans ma tête la grande table au centre de la pièce, avec des chaises de chaque côté et la cheminée tout au fond, sur le mur plus sombre que les autres. J'ai essayé de me souvenir où étaient les meubles avec la jolie vaisselle mais je n'ai pas réussi. J'ai eu peur de casser quelque chose si j'avançais encore.

Heureusement, les invités ont applaudi et j'ai de nouveau senti le parfum de lavande à côté de moi. Nethy m'a aidée à m'asseoir sur une chaise pour le repas, elle m'a dit que j'étais une grande fille maintenant, que je n'aurais plus peur du noir. Papa, lui, n'a rien dit.

Pour conclure, et pour reprendre les mots de mes bêtas : La Couleur de l’aube allie la cruauté et l’optimisme du conte, dans un univers merveilleux agrémenté d’une touche de sensualité.

Dans un prochain billet, je vous parlerai de la genèse de ce roman, très particulier à mes yeux (vous comprendrez pourquoi) !

mardi 4 février 2014

Quand j'attends la réponse...

Quand j'attends la réponse des éditeurs pour mon dernier roman...
... et aussi pour celui d'avant
... et aussi celle de mes bêtas pour celui que je viens de corriger
... et aussi celle d'une proposition de boulot intéressante



dimanche 2 février 2014

Des livres et du thé #3

Cinder, Marissa Meyer





Résumé de la quatrième

À New Beijing, Cinder est une cyborg. Autant dire un paria. Elle partage sa vie entre l'atelier où elle répare les robots et sa famille adoptive. À seize ans, la jeune fille a pour seul horizon les tâches les plus ou moins dégradantes qu'elle doit accomplir pour ses sœurs et sa marâtre. 

Mais le jour où le prince Kai lui apporte son robot de compagnie - son seul ami -, le destin de Cinder prend un tour inattendu. La forte attirance qu'éprouvent le beau prince et la jeune cyborg n'a aucune chance de s'épanouir, surtout que le royaume est menacé par la terrible reine de la Lune ! Débute alors pour Cinder une aventure incroyable, où elle découvrira que le sort de l'humanité est peut-être entre ses mains.

Mon avis

J’ai eu un gros coup de cœur pour ce roman. En bonne amatrice de contes de fée, je craignais un peu la mauvaise adaptation, celle qu’on a vue mille fois ou qui dénature l’histoire. Au contraire, j’ai retrouvé le conte de mon enfance, mais tellement plus actuel, plus vrai, que j’ai eu l’impression de le redécouvrir littéralement. Les clins d’oeil sont nombreux sans être envahissants, l’attente des évènements qu’on connaît, jouissive. Sans cesse, on se demande : quelle merveille ce roman va-t-il trouver pour nous surprendre encore ? 

L’héroïne est vivante, pleine d’humour aussi, et touchante tant elle se sent parfois désemparée par sa propre nature. Le récit est drôle, mais aussi rempli d'émotions, élément essentiel pour me donner envie de rentrer complètement dans l’histoire. Les relations entre les personnages s’entrecroisent, se mêlent et se démêlent, pour notre plus grand plaisir. 

Dans ce roman futuriste, on retrouve le conte de notre enfance revivifié, détourné, décalé. Quand la pantoufle de vair se transforme en pied de cyborg, et la demoiselle effarouchée en mécanicienne désinvolte, je vous assure que ça vaut le détour !

Pour l'accompagner
Il faut forcément un thé atypique, à la fois traditionnel et novateur ; et aussi un thé dynamique, qui donne le sourire. Un mélange de thé noir et de thé vert fleuri devrait faire votre bonheur !

Mon conseil : 
Le thé Ikebana, du Palais des Thés, que j'ai découvert vendredi dans mon salon de thé préféré. Le mélange du thé vert (qui appartient à la grande tradition des thés) et du thé noir (qui résulte d'une cargaison de thé vert reçue trop tard par les anglais, et qui fit sensation à son époque !) s'adapte bien à l'ambiance de ce roman, qui reprend un conte traditionnel mais y apporte une touche extrêmement moderne. Mais il est aussi agrémenté de saveurs détonnantes, pleines d'énergie et de douceur à la fois : menthe, rose, jasmin et orchidée forment une gorgée étonnante et remplie de fraîcheur, qui correspond à merveille au rythme haletant et déjanté de Cinder
Etonnement, énergie, fraîcheur : voilà ce que vous trouverez dans Ikebana, tout comme dans le merveilleux roman de Marissa Meyer !

Temps d'infusion : 3-4 min (selon que vous le préférez doux ou plus corsé)
Dosage : 6 g pour 30 cl de thé
Pour : toute la journée
Un thé surprenant, qui vous donne la pêche !