dimanche 12 janvier 2014

Young Adult, I love you !

Il y a un peu plus d'un mois, ma chère Cindy, dont vous avez déjà amplement entendu parler si vous me suivez régulièrement, publiait un excellent article pour défendre le Young Adult, sur son non moins excellent blog. Or depuis que je l'ai lu, je m'interroge beaucoup sur les raisons qui font que, moi aussi, je lis et j'écris énormément de Young Adult. Voici donc ma réponse à la question, ma déclaration d'amour à ce genre, pour poursuivre la réflexion initiée par ma très chère amie.

Comme le dit si bien Cindy, le Young Adult s'adresse aux jeunes de 15 à 25 ans, mais dépasse largement ce public, car il est aussi lu par de nombreux adolescents, ainsi que des plus de 25 ans (heureusement, sinon, je n'aurais plus qu'un an pour apprécier ce genre ! ;-) ). 
De là est partie ma réflexion : pourquoi appeler ce genre "Young Adult" si, de fait, son public est beaucoup moins restreint ? Est-ce par pur marketing, comme beaucoup d'éditeurs le pensent ?

Je ne crois pas. Parce que le YA est vraiment une littérature différente, un genre à part entière, pas une catégorie créée artificiellement pour cibler les ventes. Il comporte des codes qu'on aime retrouver dans nos lectures, même si ceux-ci sont bien plus variés et bien plus libres que dans bon nombre de genres aussi précis que celui-ci. 

Voici ceux qui me donnent envie d'écrire cette déclaration, de défendre ce genre souvent décrié alors qu'il regroupe tellement de choses.

Bien souvent, il comporte ce mélange détonnant d'un univers terriblement sombre, dur, agressif ; et d'un personnage lumineux, que ce soit le personnage principal (Le Dernier hiver, de Jean-Luc Marcastel) ou un personnage secondaire (Peeta dans Hunger Games de Suzanne Collins, Alex dans le premier Delirium de Lauren Oliver). Le YA, c'est la lumière qui émerge de l'ombre, la force de se battre pour le bonheur et la liberté quand c'est tellement plus simple de s'abandonner au quotidien qui nous dicte ce qu'on doit faire. C'est un guide de survie pour être heureux dans une société toujours plus angoissante, par la force de nos convictions et de nos sentiments.



On touche là à deux aspects essentiels du genre : l'émotion et la réflexion sociale. Ce que j'aime dans le YA, c'est que les deux sont inextricablement liés ; le premier nous amène au second, qui rend le premier bien plus puissant encore. Dans La Déclaration de Gemma Malley, par exemple, ou dans Les Outrepasseurs de Cindy Van Wilder (à paraître le mois prochain), notre attachement extrême aux personnages et à leurs états d'âme nous permet d'évoluer dans une société qu'on découvre plus difficile à chaque page ; mais surtout plus réaliste. Qu'on l'imagine comme un avenir proche fort probable, ou comme une allégorie de ce qui existe déjà, mais permet d'y réfléchir en détournant nos barrières mentales, ces deux univers nous renvoient à nous-mêmes, à notre société, et nous réveillent pour nous rappeler que, si on se laisse faire, on finira comme la plupart des personnages de ces romans (à savoir : pas bien). Pourtant, ce n'est ni terrifiant, ni dérangeant au moment où on lit, car les personnages apportent la touche lumineuse dont on a désespérément besoin, cette foi en l'humanité, en sa capacité à sortir des impasses vers lesquelles on se dirige. Et surtout, à la certitude rassurante que, même au milieu du pire, il y aura toujours de l'amitié, de l'amour, de la lumière, qui dépasseront tout le reste.




C'est donc une littérature de personnages, où tout repose sur les héros et leurs proches. Ceux-ci sont, du coup, extrêmement soignés, très souvent nuancés, au moins pour les personnages principaux (comment ne pas évoquer Cinder de Marissa Meyer, et son excellente Cendrillon cyborg mécanicienne et déjantée ?) ; et profonds. Ils évoluent tout au long du roman, avec finesse et crédibilité, de sorte que nous pouvons parfaitement nous identifier à eux pour vivre leurs aventures avec d'autant plus de forces, prendre les horreurs de leur société de plein fouet, et réfléchir d'autant plus qu'on est émus. Mémine, dans La Saveur des figues de Silène, est frappante de véracité, et ses multiples facettes sont l'exemple même de ce qui donne sa force au YA : quel que soit le contexte, il nous renvoie au vrai, à nous-mêmes.




Et pas à n'importe quel moment de notre vie : à celui où on doit faire des choix. C'est peut-être là le vrai sens du nom de cette littérature "Young Adult" qui s'adresse à un public bien plus large que ça : ce sont ses héros qui sont de jeunes adultes, qui sortent de l'adolescence ou entrent dans la vie active, à cet âge où les choix que nous ferons détermineront celui que nous serons en tant qu'adulte. Les choix qui vont forger sa personnalité d’adulte, son comportement, son quotidien. La littérature YA se situe à ce carrefour de la vie, où on est déjà capables de réfléchir aux années écoulées, d’en prendre le meilleur (ou le pire !) et de créer le “nous” qu’on veut devenir, avec des valeurs réfléchies et assumées, des priorités conscientes (l’amour avant le travail, ou le contraire, par exemple). Tout s’articule autour de cette courbe du héros (ou de l’héroïne !), de ses doutes, ses erreurs et, finalement, cette libération ultime, la certitude d’être quelqu’un qui vivra sa vie pleinement, en parfait accord avec sa conscience, malgré toutes les épreuves endurées.
Voilà pourquoi j'écris du Young Adult. Parce que j'aime voir les personnages se forger, deviner celui qu'ils deviendront après s'être tellement battus pour pouvoir vivre selon leurs croyances, pour pouvoir passer De l'autre côté du mur... ;-)

Alors, non, le YA n'est pas une catégorie marketing attrape-nigaud ; non, ce n'est pas un ramassis de romans nunuches et mal écrits qu'on oublie aussitôt après les avoir terminés. Comme pour tous les genres, il y a du bon (Nina Volkovitch de Carole Trebor, Miss Peregrine de Ransom Riggs) et du moins bon (La Sélection de Kiera Cass, à mes yeux, parce que même si la réflexion est intéressante, l'émotion ne fonctionne pas avec moi, elle est trop clichée) ; mais il y a surtout une vraie identité à ce genre et, au-delà, une vraie réflexion, qui nous renvoie à notre société et nous rappelle combien il est important de garder les yeux ouverts pour faire nos propres choix.




Voilà pourquoi je n'ai pas peur de crier : Young Adult, I love you !, pourquoi je continue et continuerai longtemps à en écrire et à en lire (y compris des francophones, qui font de très belles choses dans ce domaine). Parce que la littérature YA me fait vibrer d'émotions, rire, pleurer, retenir mon souffle, mais aussi réfléchir, regarder mon monde autrement, forger mes choix pour ne pas laisser les autres le faire pour moi.
Et je comprends que, pour ces mêmes raisons, le genre puisse déplaire à d'autres, tout comme je ne suis pas sensible à la romance ou au polar, par exemple. Mais qu'il soit méprisé, voire nié et transformé en pur produit commercial... ça, non. 

6 commentaires:

  1. Quel cri du coeur ! Un très bel article (même si tu prêches un convaincu ^^), bravo !

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    1. Merci Captain ! :-) Dans les exemples de YA génialissime que j'ai lus, avec une émotion très forte dans un univers particulièrement dur, il y a aussi "Le jour où..." de Paul Beorn, à paraître chez Castelmore. Jette-toi dessus à sa sortie, ça va te plaire !

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  2. J'aime beaucoup l'idée "d'une littérature de personnages".
    Bel article !

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    1. Merci ! Et bienvenue, au passage ;-)
      En effet, je trouve que dans le YA en particulier, même si ça existe aussi pour d'autres publics (les plus petits, notamment, ou la romance), les personnages sont au coeur de tout, tout se tisse autour d'eux et de leurs évolutions, leurs relations. C'est ça qui le rend si "humain", à mes yeux :)

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  3. Cet article est d'une véracité... c'est exactement ce que je ressens avec le YA (pour certains). Je vais à nouveau citer quelques exemples, qui pour moi reflètent les propos de l'article : la saga A comme Association ; Ellana et/ou Ewilan ; Chroniques du monde émergé...

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    1. Merci pour les références ! (Et pour celle de l'autre article aussi :) )
      Je dois lire A comme Association depuis longtemps, j'adore Erik L'Homme... Et Ewilan aussi !
      Contente que mes articles te parlent, et bienvenue par la même occasion !

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