lundi 18 novembre 2013

Où l'on démystifie le projet mystère

Ca fait un moment que j'évoque un "projet mystère" dont je ne peux pas parler, lâchant ici ou là des infos que, peut-être, vous avez déjà repérées. 

Hé bien, maintenant que le premier tome va partir vers de nouvelles eaux éditoriales, il est temps pour moi de lever le voile.

Le projet mystère s'intitule donc Play Your Life, il s'agit d'une trilogie à partir de 13 ans, une anticipation (ou dystopie) sur le thème des jeux de simulation de vie.

Si je voulais m'amuser à faire des fausses couvertures toutes moches juste histoire de donner une idée de l'ambiance (ce que je ne ferais jamais, bien sûr, sinon on m'accuserait de procrastiner pendant le NaNo), ça donnerait ça :




Vous l'aurez compris, ça parle de surveillance, de médias, d'observation furtive. Quel rapport avec les jeux de simulation ? Si je vous dis The Truman Show, je suis sûre que vous allez deviner tout seuls ;-)

Et attendant, ça commence comme ça :

Chloé, l’héroïne, a dix-sept ans. Elle vit dans notre monde, ou du moins dans un monde très semblable au nôtre. Elle partage sa vie entre sa famille éclatée et sa vie de lycéenne solitaire, qui doit se choisir une carrière à l’approche du bac. 
Pour la première fois, elle rencontre un garçon qui lui plaît, avec qui elle se sent moins maladroite. Mais le jour où elle se décide à l’embrasser, tout bascule : soudain, des milliers de caméras apparaissent partout en ville, qu’elle est la seule à voir. Chloé se rend compte que chaque minute du quotidien de la ville est observé, enregistré, jusque dans sa propre douche. Pire, quand elle cherche a revoir le garçon qu’elle aime, quelque chose l’en empêche, comme si on manipulait ses pensées et ses envies depuis l’extérieur...

Le petit plus de cette trilogie, mon petit plaisir personnel, c'est que l'héroïne utilise des oeuvres de la littérature française (ou européenne pour certaines) pour comprendre sa situation, avancer dans ses réflexions, etc. Donc, je peux m'amuser à mettre un tas de références plus ou moins connues, qui sont toutes en rapport avec le thème principal du tome.
Dans le T1, on a par exemple La Dispute de Marivaux, Pinocchio, et le cogito de Descartes, parce qu'on parle de manipulation, d'expérience, d'identité.
Dans le T2, on trouvera le Pygmalion des Métamorphoses et son double négatif, Frankenstein ; Chloé Delaume, à qui Chloé doit son prénom, Marcel Schwob et sa Machine à créer le verbe. Ceux qui connaissent auront compris qu'on évoquera la relation maître/créature et toutes ses dérives.
Pour le T3, je ne sais pas encore, je n'en suis pas là, mais je suis certaine qu'on retrouvera Chloé Delaume vu la citation extraordinaire que j'ai trouvée en farfouillant sur le net et qui s'y applique parfaitement.


Voilà, vous savez tout !
... Non ? Comment ça, non ?
D'accord, d'accord, je me rends ! Le voici, le début !


1
Quand j’ouvre la porte de la maison, mon cœur manque un battement. Les cris de Maman résonnent jusque dans l’entrée. Je soupire. Je ne connais qu’une personne au monde capable de la mettre dans cet état, et je devine aussitôt le sujet de la dispute. Je rentre la tête dans les épaules, pose mon sac de cours dans l’entrée, puis file aussitôt dans ma chambre, sans passer par la cuisine pour goûter. C’est là que le téléphone fixe est accroché.
Je ferme la porte derrière moi, mais la voix de Maman me parvient encore derrière le vieux bois. Après un coup d’œil machinal au miroir – mon gloss brille juste comme il faut et ma queue de cheval est bien en place –, j’enjambe le tas de vêtements qui jonche le sol, marche sur des livres de mathématiques et de physique pour atteindre la stéréo posée sur mon bureau. La voix du présentateur radio s’élève, aussitôt suivie par un morceau au rythme entraînant dont je connais les paroles par cœur. Je peux enfin me jeter sur le lit, bras croisés derrière ma nuque, et contempler le plafond en imaginant un visage doux à la peau caramel, pour éviter de penser à la mauvaise nouvelle à venir. Hilmi… Le mystérieux garçon du Life Club, qui m’a faite virevolter toute la nuit sans prononcer un mot. Le nouveau du lycée dont toutes mes copines sont dingues. Mon secret à moi, celui qui fait battre mon cœur plus fort.
Il a des yeux magnifiques. Marron clair, pailletés d’or, qui vous engloutissent quand ils se posent sur vous. D’ordinaire, je ne suis pas capable d’aligner deux pas, j’ai même essayé de prendre des cours de danse mais j’étais tellement lamentable que j’ai vite abandonné. Mais j’étais transformée quand il m’a prise par la main et m’a fait tournoyer sur la piste de danse sans me lâcher du regard. J’en ai même oublié de faire ma retouche maquillage habituelle au milieu de la soirée. J’étais comme dans un état de grâce. Pour la première fois, j’ai eu la sensation d’être belle.
En temps normal, j’aurais aussitôt appelé Anne-Sophie pour tout lui raconter, mais cette fois c’est différent. Je veux garder pour moi la douceur de sa main, la chaleur de sa paume, ses doigts pressés sur le creux de mes reins. Je veux me souvenir de son regard comme d’un trésor qu’il n’a offert qu’à moi. Mettre des mots sur cette merveilleuse nuit, ce serait comme voler sa magie pour la transformer en banale soirée de lycéens. Et je perdrais le seul moment de toute ma vie où j’ai eu la sensation d’être à ma place.
Maman ouvre la porte de la chambre. Ses cheveux noirs sont décoiffés, ses pommettes encore rouges de colère, mais c’est de la tendresse que je lis sur son visage quand elle pose les yeux sur moi. Je m’assieds sur mon lit pour lui faire de la place, tire sur mon tee-shirt pour cacher mon ventre, et entoure mes genoux avec mes bras.
« Il ne viendra pas pour les vacances, pas vrai ? »
Maman hoche la tête.
« Je suis désolée, ma chérie. Il a un gros projet en cours au travail et il n’aura pas une minute à lui.
– Ou bien il préfère rester seul avec Sabine, sans sa fille dans les pattes. »
Maman ne me contredit pas. Je ne suis même pas en colère. Juste déçue, une fois de plus. Cette fois, j’y croyais un peu. Les vacances sont dans une semaine et il n’avait toujours pas annulé, je me prenais à espérer qu’il avait décidé de faire un effort. Les larmes me montent aux yeux. Je ne l’ai pas vu depuis des mois, et il n’en a rien à faire. Comment un père peut-il oublier sa propre fille aussi facilement ?
Maman passe un bras autour de mes épaules.
« On va s’amuser toutes les deux, d’accord ? On fera les magasins et je te préparerai des bons petits plats. Peut-être que tu pourras me montrer ta recette de meringues ?
– Il devait m’aider à choisir une carrière. »
Elle me serre un peu plus fort contre elle, mais je n’en éprouve aucun réconfort.
« Je peux t’aider, moi aussi. »
Je ne réponds pas pour ne pas la vexer. Maman ne travaille pas, elle a choisi la vocation de mère au foyer parce qu’elle était enceinte de moi au moment de passer son bac. C’est papa qui subvient à nos besoins, il est devenu le chef d’une grande entreprise qui construit des ordinateurs. Maman regrette encore le choix qu’elle a fait à l’époque, elle donnerait tout pour pouvoir changer de carrière. Bien sûr, c’est impossible… Elle n’est définitivement pas la mieux placée pour me conseiller. Elle essaie quand même :
« Et si tu devenais écrivain ? Tu aimes tant lire, cela te rendrait heureuse, non ?
– J’aime lire, pas écrire. Et puis je n’ai pas envie de rester à la maison pour travailler, je préfèrerais être en entreprise pour rencontrer du monde. »
Sinon, douée comme je suis pour les relations humaines, je ne me ferai jamais d’amis.
« Et travailler en laboratoire pour devenir chercheuse, ça ne te plairait pas, toi qui es toujours curieuse de comprendre comment les choses fonctionnent ? »
Je soupire.
« C’est un choix trop important pour que je me contente de quelque chose qui me plaît un peu, Maman.»
Un frisson me parcourt comme je prononce ces mots, et une grosse boule d’angoisse se forme dans mon estomac. Il y a beaucoup de choses que j’aime faire maintenant, mais dans cinq ans ? Dans dix ans ? Que fera Maman, mère au foyer, quand sa fille aura quitté le domicile familial ? Je la trouve déjà désœuvrée depuis que mon frère est parti, ce sera pire encore. Si je me trompe aujourd’hui, je risque de le payer très cher dans ma vie d’adulte. Papa, lui, s’épanouit dans son travail, il y a même trouvé une nouvelle jeunesse quand il a rencontré Sabine et a laissé sa famille derrière lui. Il aurait pu m’aider… Mais il se fout pas mal de ce que je peux faire, et je sens que je vais tout foirer. C’est bien la seule chose que je sais faire !

2 commentaires:

  1. Tu sais tout le bien que je pense de Play Your life, j'espère qu'il trouvera éditeur à sa plume! ;-)

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    1. Merci Cindy ! J'espère aussi ^^ Je fais tout pour, en tout cas !

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