mardi 22 octobre 2013

Ecrire un tome 2

Après un mois de septembre très chargé et complètement dénué d'écriture (une vraie torture !), j'ai enfin pu commencer un nouveau roman. Oh, pas grand chose, quelques pages, histoire de me faire plaisir, histoire de me remettre dans le bain avant le NanoWrimo. Mais assez pour me retrouver face à une toute nouvelle problématique pour moi : écrire un tome 2. La suite immédiate du premier, avec les mêmes personnages, le même univers, etc.



J'avoue que j'appréhendais pas mal, donc avant de me lancer j'ai beaucoup réfléchi à la question, et je suis parvenue à quelques petites idées qui, peut-être, feront écho à des problématiques qui vous sont familières.

La problématique
Ce qui est difficile dans un tome 2, c'est qu'il faut penser à deux éventualités : 
- soit le lecteur va le lire juste après le 1, et il n'aura pas envie qu'on lui rappelle toute l'histoire puisqu'elle sera encore fraîche dans sa mémoire ;
- soit il va le lire plusieurs mois (années ?) après, et il aura besoin de piqûres de rappel sous peine d'être complètement perdu, de manquer la moitié de l'histoire, de poser le livre en se disant qu'il relira le premier pour mieux comprendre, puis d'abandonner (ou pas, mais dans tous les cas c'est pas super agréable pour lui).
Bref, il faut à la fois rappeler l'histoire du premier tome et garder le dynamisme d'un début de roman (qui a envie de lire un synopsis des évènements précédents en commençant un roman ? On veut se divertir, et tout de suite !).
Problème épineux s'il en est, où tout est une question de dosage !

L'avantage par rapport au tome 1
Heureusement pour nous, dans la plupart des cas, on n'a plus besoin de présenter ni les personnages, ni le monde, qui sont eux aussi deux problèmes épineux de l'auteur, avec lesquels il doit composer tout en mettant en place un rythme haletant et les enjeux du roman, qui donnent envie de lire la suite (souvenez-vous, j'en parlais ici : le premier chapitre).
On peut donc commencer directement dans le vif du sujet. A condition de ne pas y perdre le lecteur, bien sûr.

Mes solutions
J'ai remarqué qu'en tant que lectrice, j'étais souvent dans le flou en commençant un tome 2, et je replongeais plus ou moins vite dans l'histoire. Du coup, je suis allée chercher les romans qui m'avaient bien mise dans le bain, et ceux où j'étais larguée pendant tout le premier tiers, (et aussi ceux où j'avais soupiré bruyamment quand on me mettait trois tartines de rappels), pour analyser ce qui se passait. J'en ai tiré les conclusions suivantes.

1. Mieux vaut éviter de raconter ce qui s'est passé avant

C'est le meilleur moyen de me perdre, surtout si j'ai lu le premier volume peu de temps auparavant. Certes, c'est efficace pour le remettre en mémoire, mais c'est fade et sans saveur. On perd toutes les émotions, et on peut même altérer un souvenir poignant (comme la mort d'un personnage) en le racontant de façon trop banale ("depuis la mort de machin, je n'ai plus jamais mangé de yaourt"). 
Bref, ça a beau être la solution la plus évidente, ça risque d'agacer celui qui vient de lire le premier et de dénaturer les souvenirs de celui qui l'a lu il y a longtemps.

2. Essayer de faire appel à des symboles qui ravivent la mémoire

En fait, le lecteur n'a pas besoin qu'on lui raconte ce qui s'est passé : il l'a déjà lu. Il a juste besoin qu'on ravive sa mémoire, et il fera le reste tout seul. Pour ça, nul besoin de longues explications : quelques petites touches de-ci de-là, qui lui rappelleront les étapes importantes, devraient suffire. 
Par exemple, le nom d'un personnage, s'il a joué un rôle important dans l'histoire, va immédiatement ouvrir le tiroir qui lui est consacré dans la mémoire du lecteur, et ressortir les principaux évènements auxquels il a pris part. Mettons que X (la copine du gentil) ait quitté l'aventure pour fuir avec Y (le méchant), si vous dites "la trahison de X", cela suffira pour que le lecteur se souvienne de qui est X, quel rôle elle a joué, pourquoi elle a trahi, et du même coup il se souviendra aussi de Y et de combien il est méchant. Hop, une problématique importante et plusieurs personnages rappelés en quatre petits mots, sans avoir à en faire des tartines.
Dans la même catégorie, on peut rappeler quelques symboles porteurs de sens (comme le geai moqueur dans Hunger Games), des lieux (l'évocation du Mordor dans Le Seigneur des Anneaux suffit à se rappeler l'essentiel de ce qui s'est passé), etc. 

3. Insérer ces symboles par petites touches à l'intérieur du récit

Après, le meilleur moyen de ne pas perdre le lecteur, c'est de lui proposer un vrai début d'aventure, qui met en place les enjeux du tome, est dynamique, etc. (je ne dis pas que c'est facile, mais ce n'est pas l'objet de cet article ^^). En bref : on lui raconte une histoire comme il veut en entendre, et ce dès la première page, sans prévoir un chapitre de "rappel" ou une mise en bouche. Et on se débrouille pour insérer nos petites clés pour ouvrir les tiroirs de la mémoire de notre lecteur à l'intérieur, l'air de rien. 

En fait, pour conclure cet article de réflexion, je dirais que le meilleur rappel en début de tome 2, c'est celui qui ne se voit pas. Celui que le lecteur ne perçoit pas comme tel mais qui fait appel à sa mémoire pour raviver ce qu'il a besoin de savoir afin d'entrer facilement dans cette nouvelle histoire. 

Et maintenant : au boulot les amis ! :-)
Et vous, quelles sont vos techniques ?

Edit du 5 décembre : Pour poursuivre la réflexion, je vous conseille l'excellent article de Lise Syven sur l'écriture d'un T2 dans son ensemble, il y a des tas de conseils très pertinents !

13 commentaires:

  1. Joli article la miss. Je dois dire que je ne m'étais pas posée la question pour mon tome 2, en ce qui concerne cette histoire de "rappel" des évènements du tome 1. Je pense aussi qu'en tant que lectrice, si par ex. j'attends la publi d'un tome 2 ou 3 - ca va me faire le coup pour la saga de Veronica Roth par ex. - je sais que je vais devoir relire les tomes précédents pour me remettre l'histoire en tête. Tiens, d'ailleurs, je pense que dans la saga de Roth "Divergent", il n'y a pas ces rappels (ou du moins très déguisés).

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    1. J'avoue que, personnellement, je ne relirai jamais un tome 1 pour entamer la suite : je relis très très rarement un roman, et j'en ai tellement sur ma PAL qu'en relire un juste pour être au parfum avant d'entamer la suite, ça me fait suer.
      Du coup, je remercie très fort l'auteur quand il est doué pour me remettre dans le bain ^^
      (C'est le cas de Delirium de Lauren Oliver notamment, où l'effet est immédiat).

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    2. Très bel article, oui, j'aime beaucoup ! Et pour Blacky, tu t'en sors si bien que c'est dégoûtant de se dire qu'en plus, ça ne t'a pas pris la tête !! Veronica Roth ne fait pas vraiment de rappel et je me suis sentie perdue un bon moment, alors que Lauren Oliver gère très bien, en effet.

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    3. Merci ma So ! ;-)
      Ouais, pareil que toi pour Blacky, il y en a qui font ça naturellement apparemment... *gros soupir*
      Dans la catégorie "j'en rajoute trois couches", en revanche, le début du T2 des Eveilleurs de Paulins Alphen m'avait fait soupirer très fort.

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    4. OK, je ne dirai plus rien :D Perso, ca ne me dérange pas de relire quand j'ai beaucoup aimé le T1 comme celui de Roth, par ex.

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    5. Je pense que tu lis aussi beaucoup plus et plus souvent que moi ^^
      J'ai souvent du mal à me dégager du temps pour lire, et je préfère l'employer à découvrir de nouvelles histoires !

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  2. C'est marrant, je me suis fait la réflexion sur l'Assassin Royal de Hobb. Elle a tendance à résumer la fin du tome précédent dans le début du suivant. Pas immédiatement, mais bon. Après, la narration est à la première personne (personnage qui raconte sa vie), donc cela passe peut-être mieux. Moi qui suis en train de les relire à la chaîne, ça m'agace plutôt qu'autre chose j'avoue, en mode "Nan mais c'est bon, je le sais ça, passe à l'histoire". ^^
    Comme les séries télé qui te font un résumé des épisodes précédents avant de commencer le nouveau, en fait (sans compter que là, ils orientent vachement le spectateur en disant : bon, là va falloir vous souvenir de ça, c'est important, et du coup tu sais à quoi t'attendre comme intrigue et ça gâche en prime le plaisir de la découverte ><).
    En tout cas, très intéressant ton article. Pour ma part, pas encore de tome 2 à l'horizon, mais si un jour j'y passe, je tacherais de me souvenir de la conclusion. :)

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    1. Oui, j'ai pensé au parallèle avec les séries TV aussi. C'est essentiel quand on reprend la série après une longue pause, mais quand on enchaînes les épisodes, ça devient pénible.
      Pour ce qui est de Robin Hobb, j'avoue que j'écris aussi à la première personne, et que pas mal de mes exemples de départ sont à la première personne. Donc je ne pense pas que ça passe mieux, je ne connais personne qui se re-raconte ses histoires dans sa tête. Ca fait faux. En revanche, c'est peut-être plus facile d'intégrer les symboles, parce qu'il est logique que le personnage reparle "naturellement" des évènements qui ont marqué sa vie (une fille qui fugue va repenser à ses parents, par exemple, sans tout redire mais ça permet de les évoquer de façon simple).

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. Article très sympa, et je suis totalement d'accord avec ce que tu dis. L'important, c'est d'entrer vite dans l'histoire, et de ne surtout, surtout pas faire un premier tome bis. C'est à dire, pour moi, de renouveler suffisamment l'intrigue pour que cela reste intéressant à lire, même si on enchaine les deux, et qu'on ait pas l'impression de lire une répétition générale de l'histoire.
    Après, sur l'aspect technique de comment rendre les rappels intéressant, je note ton article dans un petit coin de ma tête pour quand j'en serais aux corrections de mon T2, parce que tout ce que tu dis me semble parfaitement correct et réfléchi.

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  5. "depuis la mort de machin, je n'ai plus jamais mangé de yaourt »

    Hahahaha ^^J’adore :D Sinon article très intéressant, je t’avoue qu’réécrire le début de mon tome 2 s’est avéré être un cauchemar (rappeler les enjeux mais ne pas oublier l’action et la tension…). Je pense que c’est, là encore, un savoir faire qui s’apprend au fil des ans… et des romans ;)

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  6. Pour être honnête, j'ai rédigé un résumé de l'épisode précédent pour La Balance Brisée et il passe bien a priori. ;-) Par contre, je n'en fais pas pour Le Lion à la Langue Fourchue. Je ne suis pas certaine de la raison pour laquelle j'ai fait un résumé : c'était naturel de commencer par là. Peut-être que ça tient aux différences de conception de ces séries. Siwès, c'est une longue histoire coupée au milieu, et elle subit les séquelles du tome 1 tandis que la Balance Brisée, ce sont des enquêtes, dont chacune possède son intrigue principale avec la résolution de tous les conflits.
    On va dire que c'est l'instinct. ^^

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    1. Après, c'est comme tout : on trouve des façons de faire qui sont très bien, jusqu'au jour où on décide de faire autrement et où ça fonctionne quand même ^^
      C'est sûr que c'est possible de bien faire, mais j'en ai lu des tas qui m'agacent (dans l'Elite, par exemple, la nana nous rappelle le passif de chaque personnage qu'on retrouve, et ce jusqu'à la fin du T2, j'ai vraiment l'impression qu'on me prend pour une imbécile sans cervelle). J'en ai peut-être aussi lu qui ont fonctionné, j'avoue que je n'en ai pas en mémoire mais on se souvient mieux de ce qui n'a pas marché, en général ^^ J'ai hâte de lire le tien, du coup !
      (et je vais rajouter le lien vers ton article sur ce billet, il est top <3 )

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