mercredi 23 octobre 2013

Combien ça gagne, un auteur ?

Il y a quelques jours, je suis retombée sur les notes d'un exposé que j'ai fait pendant mon Master édition, avec Margaux Tartavel. J'y décortique les différentes sources de revenu des auteurs, selon la loi et dans la pratique, à l'aide d'une étude de la SCAM et de plusieurs entretiens avec des auteurs plus ou moins connus.
Comme c'est un sujet qui revient souvent dans les discussions, je fais un petit rappel sur ce blog, au cas où ça intéresserait certains d'entre vous, mes fidèles lecteurs ;-)

Ca commence comme ça :
"La rémunération des auteurs est un sujet sensible, le point de nombreuses tensions entre un auteur et son éditeur. Il est très difficile d’obtenir des chiffres et des avis de la part des éditeurs ; quant aux auteurs, ceux qui en parlent avouent souvent que c’est leur seul point noir dans la relation avec leur éditeur. C’est donc un enjeu important et complexe, souvent tabou. Pour l’étudier, nous allons d’abord regarder le point de vue juridique et législatif, puis nous chercherons à savoir ce qu’il en est d’un point de vue pratique."

Le document est disponible à la lecture ou en téléchargement ici ! N'hésitez pas à partager vos avis et expériences sur le sujet :-)

mardi 22 octobre 2013

Ecrire un tome 2

Après un mois de septembre très chargé et complètement dénué d'écriture (une vraie torture !), j'ai enfin pu commencer un nouveau roman. Oh, pas grand chose, quelques pages, histoire de me faire plaisir, histoire de me remettre dans le bain avant le NanoWrimo. Mais assez pour me retrouver face à une toute nouvelle problématique pour moi : écrire un tome 2. La suite immédiate du premier, avec les mêmes personnages, le même univers, etc.



J'avoue que j'appréhendais pas mal, donc avant de me lancer j'ai beaucoup réfléchi à la question, et je suis parvenue à quelques petites idées qui, peut-être, feront écho à des problématiques qui vous sont familières.

La problématique
Ce qui est difficile dans un tome 2, c'est qu'il faut penser à deux éventualités : 
- soit le lecteur va le lire juste après le 1, et il n'aura pas envie qu'on lui rappelle toute l'histoire puisqu'elle sera encore fraîche dans sa mémoire ;
- soit il va le lire plusieurs mois (années ?) après, et il aura besoin de piqûres de rappel sous peine d'être complètement perdu, de manquer la moitié de l'histoire, de poser le livre en se disant qu'il relira le premier pour mieux comprendre, puis d'abandonner (ou pas, mais dans tous les cas c'est pas super agréable pour lui).
Bref, il faut à la fois rappeler l'histoire du premier tome et garder le dynamisme d'un début de roman (qui a envie de lire un synopsis des évènements précédents en commençant un roman ? On veut se divertir, et tout de suite !).
Problème épineux s'il en est, où tout est une question de dosage !

L'avantage par rapport au tome 1
Heureusement pour nous, dans la plupart des cas, on n'a plus besoin de présenter ni les personnages, ni le monde, qui sont eux aussi deux problèmes épineux de l'auteur, avec lesquels il doit composer tout en mettant en place un rythme haletant et les enjeux du roman, qui donnent envie de lire la suite (souvenez-vous, j'en parlais ici : le premier chapitre).
On peut donc commencer directement dans le vif du sujet. A condition de ne pas y perdre le lecteur, bien sûr.

Mes solutions
J'ai remarqué qu'en tant que lectrice, j'étais souvent dans le flou en commençant un tome 2, et je replongeais plus ou moins vite dans l'histoire. Du coup, je suis allée chercher les romans qui m'avaient bien mise dans le bain, et ceux où j'étais larguée pendant tout le premier tiers, (et aussi ceux où j'avais soupiré bruyamment quand on me mettait trois tartines de rappels), pour analyser ce qui se passait. J'en ai tiré les conclusions suivantes.

1. Mieux vaut éviter de raconter ce qui s'est passé avant

C'est le meilleur moyen de me perdre, surtout si j'ai lu le premier volume peu de temps auparavant. Certes, c'est efficace pour le remettre en mémoire, mais c'est fade et sans saveur. On perd toutes les émotions, et on peut même altérer un souvenir poignant (comme la mort d'un personnage) en le racontant de façon trop banale ("depuis la mort de machin, je n'ai plus jamais mangé de yaourt"). 
Bref, ça a beau être la solution la plus évidente, ça risque d'agacer celui qui vient de lire le premier et de dénaturer les souvenirs de celui qui l'a lu il y a longtemps.

2. Essayer de faire appel à des symboles qui ravivent la mémoire

En fait, le lecteur n'a pas besoin qu'on lui raconte ce qui s'est passé : il l'a déjà lu. Il a juste besoin qu'on ravive sa mémoire, et il fera le reste tout seul. Pour ça, nul besoin de longues explications : quelques petites touches de-ci de-là, qui lui rappelleront les étapes importantes, devraient suffire. 
Par exemple, le nom d'un personnage, s'il a joué un rôle important dans l'histoire, va immédiatement ouvrir le tiroir qui lui est consacré dans la mémoire du lecteur, et ressortir les principaux évènements auxquels il a pris part. Mettons que X (la copine du gentil) ait quitté l'aventure pour fuir avec Y (le méchant), si vous dites "la trahison de X", cela suffira pour que le lecteur se souvienne de qui est X, quel rôle elle a joué, pourquoi elle a trahi, et du même coup il se souviendra aussi de Y et de combien il est méchant. Hop, une problématique importante et plusieurs personnages rappelés en quatre petits mots, sans avoir à en faire des tartines.
Dans la même catégorie, on peut rappeler quelques symboles porteurs de sens (comme le geai moqueur dans Hunger Games), des lieux (l'évocation du Mordor dans Le Seigneur des Anneaux suffit à se rappeler l'essentiel de ce qui s'est passé), etc. 

3. Insérer ces symboles par petites touches à l'intérieur du récit

Après, le meilleur moyen de ne pas perdre le lecteur, c'est de lui proposer un vrai début d'aventure, qui met en place les enjeux du tome, est dynamique, etc. (je ne dis pas que c'est facile, mais ce n'est pas l'objet de cet article ^^). En bref : on lui raconte une histoire comme il veut en entendre, et ce dès la première page, sans prévoir un chapitre de "rappel" ou une mise en bouche. Et on se débrouille pour insérer nos petites clés pour ouvrir les tiroirs de la mémoire de notre lecteur à l'intérieur, l'air de rien. 

En fait, pour conclure cet article de réflexion, je dirais que le meilleur rappel en début de tome 2, c'est celui qui ne se voit pas. Celui que le lecteur ne perçoit pas comme tel mais qui fait appel à sa mémoire pour raviver ce qu'il a besoin de savoir afin d'entrer facilement dans cette nouvelle histoire. 

Et maintenant : au boulot les amis ! :-)
Et vous, quelles sont vos techniques ?

Edit du 5 décembre : Pour poursuivre la réflexion, je vous conseille l'excellent article de Lise Syven sur l'écriture d'un T2 dans son ensemble, il y a des tas de conseils très pertinents !