lundi 1 avril 2013

Ce que j'aime dans la littérature

Bonjour à tous,

En attendant de pouvoir vous dévoiler des infos croustillantes sur De l'autre côté du mur (et autres ;) ), je voudrais revenir un peu sur mes choix littéraires, en tant qu'écrivain comme en tant que lectrice. Faire ma profession de foi, quoi, pour utiliser des grands mots qui font bien.

Le plus important pour moi, quand je lis, quand je bêta-lis ou quand j'écris, c'est l'émotion. Pas forcément celle qui fait pleurer, mais aussi celle qui fait rire, frémir, sursauter, ou prononcer des "oooooh c'est mignoooon" ou même "mais c'est horrible !". Et même celle qui donne envie de vomir, un peu.
Je m'explique. Pour moi, l'émotion est le vecteur de toute intrigue. Vous pourrez me faire avaler n'importe quelle histoire si je parviens à la vivre avec vous, avec votre personnage, parce que c'est justement ça, que je cherche dans la littérature : éprouver des émotions que je n'éprouverai pas dans ma vie, ou qui me rappellent celles que je suis capable d'éprouver mais que, parfois, j'oublie.
C'est quelque chose de très difficile à réaliser, de très personnel aussi. Il faut pouvoir se mettre à nu devant le livre pour y entrer pleinement. Et quand j'ai été trop émue par un roman, je suis incapable d'en dire quoi que ce soit d'autre que "c'est génial", parce qu'en dire plus serait me dévoiler trop. 
J'ai remarqué que les romans qui m'émeuvent le plus sont ceux qui restent simples, qui décrivent les sentiments des héros sans rentrer dans le pathos, par des petites touches de "vrai" qui les rendent terriblement proches de moi. Par exemple, je pleure rarement à la mort d'un personnage. Par contre, montrez-moi un de ses proches qui se rappelle toutes les petites choses qu'il aimait chez ce personnage au quotidien, sa façon particulière de manger ses biscuits, ses piques agaçantes, ses cheveux hirsutes au réveil ; toutes ces choses qui faisaient qu'il l'aimait, et je fondrai en larmes. Si si. Parce que j'aurai l'impression de connaître le personnage mort, intimement, autant que ses proches.

Anyway. Pour moi, sans émotion, pas d'histoire, parce que c'est pour les émotions que je lis, ce sont elles qui me donnent envie de réfléchir, elles qui me donnent envie de voir des aventures épiques (ou pas), de découvrir de nouveaux paysages. 

Pourquoi, alors, ai-je une prédilection pour les genres de l'imaginaire ? Après tout, il y a aussi beaucoup d'émotion dans les biographies comme Jamais sans ma fille de Behti Mahmoudi ou dans les romans de blanche comme La Vie devant soi de Romain Gary / Emile Ajar. Mais il y a quelque chose dans les genres de l'imaginaire qu'on ne trouve pas dans les romans de blanche : l'imaginaire, justement. Le "faux". Celui qui permet de se mettre complètement à la place du personnage parce que de toute façon, c'est un rêve (ou un cauchemar), ça n'existe pas. Et donc, celui qui permet de se protéger, et par la même occasion de se mettre à nu pour rentrer complètement dans l'émotion. Les genres de l'imaginaire me parlent plus parce que je ne me protège pas en les lisant, je m'autorise à éprouver d'abord, et à réfléchir ensuite. Ils contournent les mécanismes d'autodéfense qui se mettent en place quand je réfléchis à quelque chose qui me fait peur, et vont bien plus loin dans mon être et dans mes entrailles.
Par exemple, je n'ai jamais pu dépasser le prologue des romans qui évoquent crûment les causes et les symptômes du SIDA, parce que ça me terrifie, et je trouve ça beaucoup trop dur d'imaginer que ça existe au quotidien, que ça pourrait m'arriver. En revanche, Rivage des intouchables de Berthelot, en utilisant la métaphore filée de deux sociétés qui se transforment de façon funeste lorsqu'elles entrent en contact, m'a beaucoup touchée, et m'a aussi permis de me projeter par une voie détournée, de réfléchir en utilisant des substituts qui contournent mes blocages.
Enfin, l'imaginaire permet de se projeter dans des situations pour voir les choses d'une autre façon. C'est ce que j'essaie de faire dans De l'autre côté du mur : et si nous étions complètement séparées des hommes, comment les verrions-nous la première fois ? Et si Art est Science n'entraient jamais en contact, quelles dérives pourraient avoir lieu ? Là aussi, cela permet de revenir aux situations qui existent réellement.
Mais aucun de ces procédé ne fonctionnerai sans émotion, car je ne lis ni n'écris pour philosopher, je lis avant tout pour me divertir, pour vivre mille vies qui dépassent de loin le cadre de mon existence. En revanche, je suis reconnaissant à l'auteur quand il parvient, par là même, à me faire réfléchir, et peut-être à changer un peu ma vision du monde.


La prochaine fois, si vous êtes sages, je vous parlerai du rêve et de l'espoir !

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