mercredi 24 août 2016

Edition : la faculté d'oublier un texte

Quand je travaillais avec Xavier Décousus, il me répétait souvent qu'une des plus grandes qualités d'un éditeur, c'était sa capacité à oublier. 
C'est une remarque qui me revient souvent à l'esprit, et que je trouve un peu plus vraie de jour en jour. Alors, aujourd'hui, j'ai envie de vous parler un peu de cet aspect méconnu du travail d'un éditeur ;)




Quand on est éditeur, on passe très rapidement d'un projet à l'autre, souvent plusieurs fois au cours de la même journée. C'est très différent de l'écriture, où on se concentre sur un même texte pendant des mois avant de passer au suivant. Là, en une journée, il m'arrive de travailler sur quatre textes différents, pas tous au même stade du processus éditorial.
Et, pour passer de l'un à l'autre, il est vital que je parvienne à oublier le précédent pour rentrer totalement dans le prochain, afin que chaque texte conserve son essence, sa particularité. Je dois me fondre dans un roman, un peu comme un caméléon, en prenant en compte un style, une intrigue, une narration, qui vont forcément influer sur mes corrections. Sur un texte, on va se concentrer sur la fluidité de la narration et supprimer tout ce qui "dépasse", toutes les scories ; sur un autre, on aura au contraire une narration complexe et on soignera chaque tournure, sans hésiter à faire de longues phrases correctement ponctuées. Et puis, tout simplement, il y a l'intrigue : une partie de mon travail consiste à relever les incohérences résiduelles. Si bidule prend un pistolet à telle scène et tire au fusil dans la scène suivante alors qu'il ne peut pas en avoir un sur lui, je dois m'en souvenir et le faire remarquer. Et, pour ça, je ne dois pas me rappeler que machin du roman précédent tirait à la carabine, lui, mais l'effacer de ma mémoire pour ne conserver que les données du texte en cours.
Chaque roman est un tiroir que j'ouvre et que je referme à différents moments de la journée.




Mais ce n'est pas le plus difficile en soi - ça demande quelques minutes d'adaptation à chaque fois, mais ça vient finalement assez vite, surtout si les romans sont bons. Là où c'est plus compliqué, c'est que les romans sur lesquels je travaille sont à différents stades du processus, et que je ne dois donc pas faire le même travail sur chacun, même si je me concentre toujours sur le texte.
Quand je fais de l'édito, c'est-à-dire la première relecture, je dois corriger le texte en profondeur. Il reste souvent des incohérences, des phrases mal tournées, des tics d'auteur ou de traducteur à chasser, des passages trop longs, des trucs répétés trop souvent... J'ai beaucoup de remarques à faire, pas mal de suppression en règle générale, et de suggestions de reformulation.
La correction, en revanche, se concentre plus sur les répétitions résiduelles, et surtout sur l'orthographe et la typographie. Bien sûr, on doit signaler les incohérences si on les remarque, mais normalement le texte est plus propre... Et, surtout, on n'a plus le temps (et l'argent, si les corrections sur font sur un fichier déjà maquetté) de tout reformuler. Ce travail a déjà été fait, et si une phrase nous paraît un peu bancale mais qu'elle est correcte, il ne faut pas la signaler. Sinon, on pourrait tout faire réécrire sans fin, chaque nouveau relecteur ayant son point de vue sur la question.
Passer d'un texte en édito à un texte en correction, donc, est assez difficile, parce qu'il faut réajuster les curseurs de correction. Quand j'ai fait de l'édito juste avant, j'ai tendance à être plus intrusive sur la correction et je dois me faire violence pour ne pas faire des suggestions à la moindre petite accroche, pour rester dans les limites de ce qu'on me demande. L'éditrice qui est passée avant moi a certainement passé beaucoup de temps à peaufiner le texte avec l'auteur ou le traducteur, je le sais d'autant plus que je suis souvent à sa place. Inutile, donc, de lui faire perdre son temps en reformulant des trucs qu'elle refusera - sauf si, vraiment, c'est très très moche ou fautif.
Et je ne vous parle même pas de la lecture de manuscrits, des validations de corrections, des échanges de mails sur des projets à venir ou passés, du coulage dans InDesign et du correcteur Prolexis... Autant de tâches différentes qui ont chacune leur curseur, et pour lesquelles on a intérêt à oublier dare-dare ce qu'on faisait avant pour se concentrer à fond.

En parlant de manuscrits, d'ailleurs, quand je fais retravailler le fond d'un roman à un auteur francophone, il faut aussi que je parvienne à oublier son ancienne version pour relire la nouvelle, et voir si les modifications fonctionnent. C'est sans doute ce qui m'est le plus difficile.





Enfin, il reste un élément propre à l'édition freelance : la charte éditoriale. L'orthographe et la typographie ne sont pas entièrement figés, et parfois plusieurs options coexistent (comme "clé" et "clef", tous deux exacts). Chaque éditeur déterminera son ouvrage de référence, ou aura sa propre liste, afin d'harmoniser ses romans selon un même modèle. Passer d'un éditeur à l'autre, c'est donc aussi adopter une nouvelle charte, en plus de devoir s'adapter à des méthodes et demandes parfois différentes (corrections apparentes ou directement intégrées, beaucoup de réécriture ou correction de surface, etc.).
Là encore, oublier les autres romans pour se fondre dans le nouveau moule est essentiel si on ne veut pas tout mélanger.

En tant qu'éditrice freelance, je me fais parfois l'effet d'un caméléon amnésique, en fait. Et je comprends chaque jour à quel point le conseil de Xavier Décousus était fondé ;)



lundi 22 août 2016

News de l'été... et extrait !

Oh la la, mais ça fait si longtemps que ça que je n'ai pas écrit d'article ?
La honte !

Si vous me suivez sur les réseaux (où j'ai quand même été un poil plus présente), vous savez déjà que je n'ai pas chômé, et c'est plus par manque de temps que par manque de choses à vous dire. D'ailleurs, j'ai plein d'idées d'articles, je ne sais pas bien quand je pourrai les écrire parce que la période est toujours aussi chargée, mais je vais essayer de revenir plus souvent quand même !

En attendant, voici un résumé des événements :

Les Imaginales 
C'était génial, incroyable, merveilleux. Vous avez été formidables et IRL s'est retrouvé en rupture de stock dès le samedi matin ! Encore mes excuses à celles et ceux qui ont été déçus <3
Si vous l'avez ratée, vous pouvez retrouver la vidéo que j'ai faite avec Cindy sur ma nouvelle chaîne Youtube !



Souveniiiir !


Youtube
En parlant de chaîne, justement... Je n'ai que deux vidéos à mon actif mais j'ai bien aimé l'expérience, et je compte bien en refaire de temps en temps. Je ne dis pas régulièrement (force m'est de constater que ça va être difficile de tenir le rythme ^^), mais j'en referai ! 
Là aussi, j'ai une ou deux idées dans les tiroirs.
N'hésitez pas à vous abonner pour ne rien manquer ;)

Clic clic !

IRL
Au fait, en parlant d'IRL... Vous vous souvenez d'un certain pari, stipulant que ma Cindy adorée devrait porter des oreilles d'elfe (oui oui, celles du roman) IRL si le roman était réédité ?
Amis qui allez aux Halliennales, ouvrez grand vos mirettes... Pour la première fois, vous aurez la joie de voir un personnage de roman sous vos yeux ébobis. OREILLES D'ELFE POWER !
Et un immense merci à vous tous pour votre soutien incroyable sur ce roman. C'est grâce à vous qu'on va pouvoir vivre ce moment d'anthologie ^^






Le boulot d'éditrice
Pour ne rien vous cacher, c'était ma principale préoccupation ces derniers mois. Comme chaque été, le boulot s'accumule, c'est la joie des indépendants ;)
Plein de projets très chouettes et très variés sont dans les tiroirs, du jeu vidéo au livre de cuisine, en passant par de la romance. Le rythme est très intense et laisse peu de place à autre chose, ce qui explique que vous ne m'ayez pas beaucoup vue par ici !
Dans les news, en plus des romans Milady/Bragelonne/Castelmore dont je m'occupe régulièrement, j'ai corrigé un livre illustré (appétissant ^^) chez Mango et je vais commencer à travailler pour Hugo Romance.
J'ai aussi une autre piste qui me permettrait d'élargir mes compétences et de diversifier un peu mon activité, mais c'est encore loin d'être fait, alors je croise les doigts ! 






L'écriture
Là non plus, je n'ai pas chômé !
Premier jet de A la petite cuillère : check.
Première relecture solo avec réorganisation de tous les chapitres et corrections en conséquence : check.
Relecture par les bêtas : check.
Correction après retour des bêtas : check.
Envoi à l'éditeur : check !
Ne reste plus qu'à stresser en espérant qu'il aimera ;) Je vous en parlerai plus dès que ce sera officiellement signé, bien sûr, même si l'info a déjà fuité à quelques reprises aux Imaginales ^^

Oh, et j'ai aussi un autre roman en cours d'écriture, un peu spécial... mais c'est encore trop tôt pour vous en parler ;)

En attendant, je vous l'avais promis : un extrait de la Cuillère !
Et comme vous avez été nombreux à me demander pourquoi j'ai appelé ce roman comme ça (je rappelle que c'est provisoire et que ça peut encore changer, même si j'y suis assez attachée), voici l'extrait qui répondra à toutes vos questions. :)





A la petite cuillère - extrait du chapitre 4


— Tu es ma pourvoyeuse officielle de petites cuillères, lui dis-je tout à coup, un faible sourire aux lèvres.
Elle me regarde sans comprendre. Un éclat de surprise s’invite sur son visage. Je souris de plus belle, sèche mes pieds, boitille jusqu’à la cuisine en grimaçant et rafle toutes les cuillères que je peux trouver dans les tiroirs – dix-huit, en comptant les cuillères à soupe et les cuillères à café. Puis, je vais me rasseoir, glisse de nouveau mes pieds dans l’eau chaude – Ah ! ce que ça fait du bien… – et brandis mes ustensiles sous son nez. J’en pose cinq sur mes genoux, garde le reste dans les mains.
— Ça, c’est l’énergie dont je dispose pour toute la journée, j’explique en lui montrant mes cuillères. Chaque geste douloureux m’en enlève une ; quand je n’en ai plus, je suis out et il ne me reste plus qu’à essayer de dormir.
Elle hoche la tête. Elle pense comprendre ce que je vis, elle essaie vraiment, mais je sais que ce n’est pas le cas. Elle ne peut pas. Moi non plus, à sa place, je n’aurais pas compris. Quand on va bien, imaginer avoir mal en permanence est insoutenable. On se protège, on ferme les yeux, juste pour ne pas imaginer le pire. Alors j’explique :
— Je sors du lit. (Je jette une cuillère sur le canapé.) Je vais aux toilettes. (Une autre.) J’enlève mon pyjama. (Encore une.) Je prends ma douche. (Cette fois, j’en enlève deux d’un coup.)
— Hé ! tu triches !
Je secoue la tête.
— Pendant la douche, je dois rester debout au moins cinq minutes, me savonner sur un pied, jouer les équilibristes pendant que je me sèche. C’est une des choses les plus difficiles de ma journée.
Elle baisse tristement la tête, mais commence à se prendre au jeu.
— Tu as déjà jeté presque la moitié de tes cuillères ! Si tu veux en garder assez pour ta journée de cours et le kiné, tu ferais peut-être mieux de sauter le petit déjeuner ?
Je secoue de nouveau la tête.
— Sans repas, pas d’antidouleurs ; sans antidouleurs, je peux jeter toutes les cuillères qu’il me reste.
Elle soupire.
— C’est vrai… Bon, alors, je te conduis au lycée pour t’éviter le bus.
Je souris avec tendresse.
— C’est gentil, mais tu travailles tôt et je ne veux pas te mettre en retard, sinon ton patron va passer ses nerfs sur toi. Je prends le bus. (Deux cuillères finissent leur course sur le canapé.)
Je poursuis la journée comme ça, ôtant une cuillère pour chacune de mes actions, même celles qui semblent les plus anodines. Dans son regard, la tristesse remplace l’amusement fugace qui l’a traversée, alors qu’elle prend conscience de tous les efforts que je dois fournir pour continuer à vivre simplement. Quand j’arrive à la fin des cours, il ne me reste plus que deux cuillères.
— Soizic me propose de boire un chocolat chaud avec elle, mais si je fais ça je n’aurai plus la force de rentrer. Je meurs d’envie de l’accompagner, tu sais ? Mais bon, ma cheville me rappelle que ce n’est pas moi qui choisis. Je refuse. Elle fait la gueule. La routine.
Je serre fort les précieuses cuillères dans ma main.
— Je rentre jusqu’à la maison, je me vautre sur le canapé et je ne bouge plus jusqu’à ton retour.
Je jette les deux dernières cuillères. Kay pousse un petit cri surpris.
— Hé ! tu as kiné, ce soir, comment tu vas faire ?
Je la regarde, je la regarde très fort, comme si ça pouvait lui donner accès à toute la tendresse qui déborde de mon coeur.
— C’est là que tu interviens, dis-je doucement.
Et je lui tends les cuillères que j’avais mises de côté.
— Tu rentres à la maison et tu me racontes ta journée en râlant sur tes collègues. Tu me fais rire, j’oublie ma douleur un instant.
Je lui prends une cuillère des mains.
— Tu me prépares un bain de pied et un goûter pendant que je reste vautrée sur le canapé. (Je lui prends deux cuillères). Je vois bien que tu es crevée, mais tu prends le temps de t’occuper de moi, de rire devant une série débile. Tu sors de ton sac un livre que tu as acheté pour moi à la librairie en rentrant du boulot, ou le jeu vidéo qui me fait de l’œil depuis des semaines. (Je lui reprends les deux dernières cuillères, et ses yeux brillent de fierté.) Tu vois ? dis-je en montrant mes nouveaux ustensiles. Maintenant, je peux aller chez le kiné.
— Je t’emmène ! s’exclame ma sœur, toute joyeuse. Comme ça, tu en auras même une en rab pour regarder un film avec moi ce soir.
Je ris malgré la douleur qui se rappelle à moi, malgré la grimace qui m’échappe alors que je déplace mon pied dans l’eau chaude.
— Tu vois ? C’est ce que je disais. Tu es ma pourvoyeuse officielle de cuillères !
Elle sourit avec douceur, un peu plus consciente de ce que je vis chaque jour.
— T’as quand même des idées bizarres, tu sais ?
— Cette fois, c’est même pas moi, dis-je, toute fière de lui apprendre quelque chose. J’ai lu ça sur le groupe Facebook des douleurs chroniques ; c’est une théorie américaine assez connue, écrite par une fille qui avait le Lupus, et qui voulait expliquer à son amie la façon dont elle vivait au quotidien, sa nécessité de garder sa maladie à l’esprit dans chacun de ses choix. Elle était à la cafétaria… alors elle a expliqué avec ce qu’elle avait sous la main !
— « La théorie de la cuillère », articule ma sœur, songeuse. Ça ne me serait pas venu à l’esprit, mais… je crois que je comprends. Un peu mieux, je veux dire.

mardi 24 mai 2016

Demandez le programme !

Les Imaginales 2016, ça commence très très bientôt !!!





Cette année est bien spéciale pour moi parce que j'y suis, pour la première fois, invitée pour le festival, et si vous savez à quel point j'aime ce salon (le premier que j'aie jamais fait), vous savez ce que ça représente pour moi.

Je serai donc présente depuis jeudi en début d'après-midi jusqu'à dimanche midi, et vous me trouverez quelque part autour de la table centrale, ou dans les allées, ou en train de faire un coucou aux copains des éditions du Chat Noir, ou au bar... Bref, n'hésitez pas à venir me voir, table ou pas, ça me fera plaisir ! (Et comme j'ai souvent la bougeotte en salon, c'est plus prudent ;) ).

J'aurai normalement tous mes livres, à l'exception du Secret des Bois-Noirs. Si toutefois vous voulez ce dernier, vous avez jusqu'à mercredi soir pour m'en demander un exemplaire en privé ; je l'apporterai exprès pour vous !

C'est aussi l'occasion de faire mes premières conférences... Gloups !
Vous pourrez donc m'entendre débiter des âneries papoter à plusieurs reprises au cours du festival :



jeudi 26 mai





(Avec Christopher Priest !!!)

vendredi 27 mai





(Avec Paul Beorn et ma chère Silène Edgar !)

dimanche 29 mai




mardi 10 mai 2016

Les 10 conseils d'écriture que je ne suis jamais

On voit fleurir un peu partout sur la toile des conseils d’écriture. Et c’est bien !
Ils sont très bons et constituent une méthode possible pour vous aider à trouver la vôtre.

Seulement, si, comme je l’ai fait longtemps, vous vous culpabilisez parce qu’il y en a un certain nombre que vous n’arrivez pas à suivre, voici une petite liste perso qui devrait vous aider à vous rappeler d'une chose : les conseils sont une boîte à outils, pas une règle absolue. 
Attention : je ne dis pas que ce sont des mauvais conseils, simplement qu'ils peuvent vous servir, ou ne pas vous correspondre. A vous de faire votre choix !

Voici donc les 10 conseils d'écriture que je ne suis jamais !


1 - Faire un plan

C'est LE conseil que je ne suis jamais - d'ailleurs, c'est simple, les rares fois où j'ai essayé, j'ai lamentablement échoué et l'histoire finale ne ressemblait pas du tout à ce que j'avais écrit au départ.
Je ne vais pas m'étendre sur la question, vu que j'en ai déjà parlé ici (et sans doute ailleurs). 
Bref : faire un plan, c'est génial si ça vous convient, mais pour ma part ça me bloque complètement.

Mes plans ressembleraient plutôt à ça.


2 - Faire des fiches de personnage

J'en ai fait pour La Couleur de l'aube, parce que mes personnages avaient une fâcheuse tendance à changer de vêtements et de couleur de cheveux deux ou trois fois au court du roman ^^'
Cela dit, je ne les ai jamais consultées, et je n'ai pas réitéré l'expérience. Je corrige les variations à la relecture, quand il y en a, mais j'en fais de moins en moins. De toute façon, j'ai pas envie de me couper dans mon écriture pour aller vérifier !




3 - Ecrire un peu tous les jours

Encore un excellent conseil que je n'ai jamais appliqué. Ca ne me correspond pas du tout : j'ai besoin d'avoir de longues périodes pour écrire, pour m'immerger vraiment dans le roman (je suis un diesel, je mets longtemps à démarrer mais une fois que c'est parti, je ne m'arrête plus !). 
Du coup, si je n'ai pas au moins deux heures devant moi, je n'écris pas. Et comme mon rythme de vie ne me permet pas d'avoir deux heures devant moi tous les jours, fatalement, il m'arrive très souvent de ne pas écrire, parfois même pendant plusieurs semaines. En revanche, je me rattrape après en écrivant beaucoup beaucoup pendant plusieurs jours (comme en ce moment). 
J'en ai déjà parlé un peu par là-bas !


Moi, quand j'écris.


4 - Ecrire à heures fixes

Ou pas. L'écriture, c'est mon plaisir, ma passion, pas (seulement) mon travail. Je veux continuer à me faire plaisir en écrivant et, pour ça, j'ai besoin de suivre mes envies. Or, parfois, j'ai super envie d'écrire le matin avant de bosser, d'autres fois c'est le soir après dîner.
Hier encore, j'ai cherché vainement l'envie d'écrire toute la journée (que j'avais réservée rien que pour ça), et l'inspiration est arrivée à 22h... J'ai donc écrit de 22h à minuit. Ce matin, je vais m'y mettre juste après cet article, et je le sens bien.
Je me garde donc la liberté de ne pas écrire à heures fixes, et je ne pense pas que ça nuise à ma productivité (plutôt l'inverse, pour ma part, en fait). Ca dépend vraiment de votre façon de vivre :)





5 - Ecrire dans le calme, à un bureau

Même chose ! La plupart du temps, oui, j'écris dans le calme, mais je mets parfois de la musique (plutôt sans paroles, en revanche, ou alors dans une langue que je ne comprends pas), je suis parfois à côté de la télé, je regarde le Prince qui joue à la console, je vais dans un café, j'écris sur mon téléphone dans les transports... 
Si je suis lancée et en pleine inspiration, je peux écrire dans n'importe quelles conditions, et j'aime varier. J'ai notamment un très chouette souvenir d'une scène de De l'autre côté du mur écrite dans le RER... Vous savez, celle où Sibel découvre un garçon sans savoir ce que c'est ? J'ai levé le nez de ma tablette, et j'ai regardé les hommes autour de moi en me demandant comment je les verrais si je n'avais vu que des femmes pendant toute ma vie. Je me suis bien marrée ^^
Oh, et, en lieu et place de bureau, j'ai un super fauteuil avec repose-pied, un plaid et une panthère de poche qui vient squatter mes genoux ;)


Il est beau mon bureau, hein ?


6 - S'habiller comme pour travailler

Un coup d'oeil à ma tenue du jour suffit à faire mentir ce conseil : jogging et sweat confortable. Quoi, je ne vois personne, je fais un truc qui ne concerne que moi, j'ai envie d'être dans mon petit cocon de confort, ce n'est pas ça qui va m'empêcher d'écrire !
(Je comprends le conseil, cela dit, pour ceux qui ont du mal à se concentrer chez eux, ça permet de se mettre en condition pour travailler efficacement.)



7 - Couper Internet

Surtout pas ! J'ai besoin de lien avec les gens quand j'écris et, puisque j'ai rarement l'occasion d'écrire avec d'autres personnes, suivre les nouvelles via les réseaux et les mails m'apporte un substitut. Chez moi, l'écriture n'est pas un acte solitaire : j'envoie des extraits à ma chère Cindy pour partager ma joie ou mes difficultés, je râle sur les réseaux, je fais un peu de teasing. Ca entretient mon envie d'écrire ce roman et contribue à me mettre dans de bonnes dispositions (ça m'évite aussi de trop gamberger sur mes difficultés !).
Les réseaux sociaux (ou les mails) me permettent aussi de faire des micro-pauses très régulières, et m'empêchent de bloquer trop longtemps sur une phrase qui ne vient pas (je regarde autre chose, le cerveau cherche en arrière-plan, l'air de rien, et quand je reviens sur la page avec un peu plus de recul la solution se met en place toute seule).
Il m'arrive quand même de couper le net de temps en temps, quand je me laisse embarquer dans le vice de la procrastination et que je veux me donner un coup de fouet, mais ça reste l'exception.





8 - Imprimer et relire sur papier

Alors, oui, on a un meilleur oeil quand on relit sur un autre support, et plus de recul, et ça fatigue moins. Ce conseil est excellent. Mais je n'ai ni les moyens d'imprimer chaque roman pour les relire en papier (déjà que pour envoyer aux maisons d'édition, je choisis seulement celles qui acceptent en numérique !), ni l'envie de prendre des notes à l'arrache dans une marge et de devoir tout retaper après sur mon fichier (je déteste refaire un truc que j'ai déjà fait, je m'ennuie à mourir). Or, dans l'écriture, j'ai une règle d'or : ne jamais m'ennuyer.
Donc, même si c'est vraiment un bon conseil pour se relire, je ne l'applique pas non plus. ^^





9 - Avoir toujours plusieurs idées d'avance

Beaucoup d'auteurs débordent d'idées de romans et plongent dans des carnets pleins d'ébauches dès qu'un éditeur leur demande s'ils ont quelque chose pour eux (ce qui nous prend en général au dépourvu, et c'est toujours bien d'avoir quelque chose à répondre !). 
Ce n'est pas mon cas. J'ai peu d'idées mais, toutes celles que j'ai, je les développe à fond. Là, par exemple, il y a encore quelques semaines je ne savais pas ce que j'allais écrire après A la petite cuillère. Maintenant, je sais quel sera le prochain (et encore, c'est rare que j'aie une idée si tôt dans la rédaction de mon premier jet, les circonstances sont particulières), mais je n'ai aucune idée de ce que j'écrirai ensuite.
Quand je suis dans un premier jet, je ne pense qu'à lui !

Bon... Je fais quoi, maintenant ?


10 - Prendre des notes

L'inspiration arrive souvent quand on s'y attend le moins : sous la douche, en cas d'insomnie, pendant qu'on prépare le repas... Beaucoup conseillent d'avoir toujours un petit carnet de notes à portée de main pour tout noter et ne rien perdre.
Je ne le fais pas, d'abord parce que j'ai souvent la flemme (je vous ai déjà dit que j'étais flemmarde ?), ensuite parce que je laisse mon cerveau faire une sélection naturelle dans mes idées et oublier les mauvaises. Les rares fois où je note, c'est quand j'ai ZE formulation pour une phrase, comme ça, dans un moment impromptu, et que je ne veux pas risquer de la perdre. (Un jour, je vous parlerai de mes phrases fétiches :) )





Voilà pour les 10 conseils que je ne suis jamais ! J'espère que ça vous a un peu décomplexé ou, du moins, amusé, de voir à quel point je suis bordélique dans ma méthode de travail, et j'attends vos commentaires sur vos propres méthodes !

mercredi 4 mai 2016

Concours Flash - Extrait de mon roman en cours

Chose promise, chose due : voici un extrait tout chaud de mon roman en cours (même pas relu, c'est dire !), pour que vous puissiez voir à quoi ressemblent mes premiers jets.
A priori, il n'y a pas de gros spoilers, donc vous pouvez y aller (d'autant que ça peut changer 25 fois d'ici à la version finale !).
Prêts à découvrir Sora, l'héroïne de A la petite cuillère, ainsi que sa soeur Kay ?





"Au fond, Kay est comme moi : elle sourit peut-être de l’intérieur, même si ça ne se voit pas sur son visage. Elle aussi doit lutter contre une douleur, même si cette douleur se situe tout au fond de son cœur, alors que la mienne est à la cheville.
Les messages continuent d’arriver les uns après les autres. Je les lis fébrilement, plus ou moins d’accord avec eux. Il y en a un, en particulier, qui me fait monter les larmes aux yeux.

Jérôme Baltier Pour ta sœur, je ne sais pas si je peux t’aider, n’ayant jamais vécu ça (je vis seul depuis des années). Mais ne dis plus jamais que tu mourrais sans elle et que tu ne peux rien faire. Sur une jambe ou sur deux, tu peux être qui tu veux, Sora. TU PEUX ÊTRE QUI TU VEUX. Ce que tu veux vraiment, donne-toi les moyens de l’obtenir et tu l’obtiendras. Tu ne peux pas travailler dans une librairie ? Ecris des romans, tu n’as pas besoin d’être debout pour ça. Tu ne peux pas être serveuse ? Tiens la caisse, avec une bonne chaise et un repose-pieds. L’énergie, tu la trouveras toujours – du moins si tu le veux vraiment.
C’est à toi de décider comment tu dépenses tes cuillères. Ta maladie peut te dicter quand te reposer, mais elle ne te dictera jamais qui tu es.
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Je ferme les yeux un instant pour m’imprégner de ses paroles. Elles résonnent en moi d’une manière particulière, comme si j’avais toujours voulu les entendre sans le savoir. Une seconde, je me prends à y croire, à me rêver en superhéroïne qui va casser la gueule de Marc et de ses copains pour sauver Kay et laisser derrière elle la peur qui la paralyse. Et puis une alarme familière sonne dans mon esprit. Attention, tu vas tomber de haut.

Je soupire. Ce sont de belles paroles, mais dans les faits… Je ne pourrai jamais casser la gueule de Marc ou protéger ma sœur, pas plus que je ne peux l’emmener faire un footing pour la défouler. Or, ça, c’est ce que j’ai envie d’être. Quelqu’un d’actif, prêt à déplacer des montagnes pour ceux que j’aime, au lieu de rester le cul vissé sur mon lit à surfer sur le net, alors que les réponses à mes questions ne s’y trouvent pas. Un simple coup d’œil à mes cuisses suffit à se rendre compte que ça n’arrivera jamais : elles sont toutes fines à force de ne pas servir. Mes muscles ont fondu en moins de deux mois, et ma jambe gauche, plus maigre encore que la droite, fait flipper, alors que je grossis à force de ne pas bouger. À se demander comment je tiens encore debout – et si ça va durer longtemps. Je peux être qui je veux, hein ? Je veux marcher, pourtant, et je n’y parviens pas…"