mardi 8 novembre 2016

Être invité en table ronde : ça se passe comment ?

Souvenez-vous : il y a quelque temps, je vous parlais du top 10 des trucs qu'on ne nous apprend pas en tant qu'auteur, et j'évoquais les tables rondes/conférences en salon du livre en expliquant que j'étais bien stressée à l'idée d'en faire. Maintenant que j'ai fait mon baptême du feu (aux Imaginales, puis aux Utopiales), il est temps de vous raconter un peu l'expérience.
Prêts ?

Tout commence par une invitation en salon. 
On est content, on sautille partout, on prépare les affaires pour dédicacer, on prend des rendez-vous...
Et puis, environ une semaine avant (c'est-à-dire en même temps que tout le monde, ou presque), on découvre le planning du salon. Et là, fébrile, on regarde la liste des conférences pour savoir à quelle sauce on va être mangé.
(Note : des fois on le reçoit par mail, on n'a pas besoin de se connecter sur le site web.)

Car sachez-le : ce n'est pas l'auteur qui choisit les sujets sur lesquels on va l'interroger (ce serait sûrement un cauchemar d'organisation !), ni quand, ni avec qui. ET on n'a pas toujours un doctorat sur le sujet en question. Voire, il se peut qu'on tombe sur un sujet sur lequel on n'a jamais écrit, très peu ou pas lu, et qui ne nous était même jamais venu à l'esprit. (Spéciale dédicace à la conférence de Cindy Van Wilder sur les félins aux Imaginales et, pour ma part, à celle sur la vulgarisation scientifique en littérature jeunesse aux Utopiales). 
Imaginez un peu, c'est comme devoir faire un exposé avec des gens qu'on ne connaît pas, sur un sujet qu'on ne connaît pas, sans pouvoir prévoir les questions et avec pour enjeu d'éviter d'endormir le public, et même de lui apporter des choses !
C'est pas stressant du tout, hein ?




Mais j'exagère un peu : en général, les sujets sont quand même reliés à un ou plusieurs romans qu'on a écrits. Et la bonne nouvelle, c'est qu'on n'est pas à l'école et que si on dévie du sujet, ça n'embête personne tant qu'on dit des trucs intéressants. Par exemple, sur la conférence des Utopiales "Dystopie VS post-apocalyptique : mécanismes d'un succès jeunesse", on a évacué le sujet du post-apo, parce que ni Léna Jomahé ni moi ne connaissions assez le sujet pour en parler, et on s'est concentrées sur la dystopie qu'on maîtrisait bien mieux.

Donc, après avoir découvert le programme des conférences, selon les modérateurs, il arrive qu'on reçoive un mail pour préparer un peu le sujet (enjeux à aborder, choses qu'on aimerait dire, romans qu'on a écrits sur la question, etc.). Parfois, on a juste le sujet et les noms des autres intervenants, et on découvre tout une fois sur place. De toute façon, le format "table ronde" étant plus libre qu'un exposé, justement, ça varie beaucoup en fonction de ce qu'on dit sur le moment, pour rebondir et essayer d'avoir plus une discussion/débat que des questions/réponses assez décousues.
Donc, au final, l'improvisation reste le maître mot.




Pour ma part, j'aime réfléchir un peu aux sujets avant le jour J. C'est un exercice intéressant, parce que ça me force à aborder mes romans et mes lectures sous un angle précis, auquel je n'aurais pas forcément pensé toute seule. Par exemple : mon rapport à la science dans mes romans, comment je l'utilise et la présente. Ou la raison pour laquelle j'écris des dystopies. Ou la force de la liberté dans mes textes (OK, ça j'y avais déjà réfléchi, mais ça force à mettre des mots dessus). J'apprends souvent des choses sur mes propres récits, au final, et je trouve ça assez passionnant, même si toujours un peu déconcertant.

Et puis vient l'heure de la conférence
Je passe aux toilettes avant d'y aller (essentiel, surtout quand on a bu trop de café !), j'y vais un peu en avance pour trouver la salle (je vous ai déjà parlé de mon absence terrible de sens de l'orientation ?), je regarde, fébrile, s'il y a du public ; je stresse un peu en voyant les autres arriver.
Je dis bonjour, je m'assieds, dans mes petits souliers.


Comme ça.

Et puis le stress disparaît. On est là, entre potes ou collègues, à discuter de sujets qui nous intéressent et qui, avec un peu de chance, en intéresseront d'autres. Le modérateur permet d'éviter les blancs et de recadrer si on s'écarte trop de la question ; il fait en sorte que chacun puisse parler et évoquer ses romans, son point de vue. En général, je suis bien.

Sauf quand je commence une phrase et que j'oublie la fin.




Ou quand je m'enflamme sur un sujet, et que tout à coup je réalise que je ne sais plus pourquoi je suis en train de raconter ça, que j'ai oublié la question initiale et que quelle horreur, je raconte n'importe quoi !





Ou quand, du coup, je me mets à bafouiller en plein milieu d'une phrase, cherche mes mots sans parvenir à les formuler, avec l'impression que ça dure des siècles pendant que le public a les yeux rivés sur moi.




Ou quand j'ai plein de trucs à dire mais que c'est trop tard parce qu'on a changé de question.




Ou quand, la fatigue de fin de salon aidant, je m'aperçois que j'ai décroché pendant que les autres parlaient et que c'est bientôt mon tour et que je n'ai aucune idée de ce qui a été dit.




Au final, ça tient un peu du miracle qu'on vienne me voir après la conférence pour me dire que c'était intéressant et acheter mon roman parce que j'ai donné envie !
Le plus drôle étant que, autant sur le coup je suis super convaincue et passionnée par ce que je raconte, autant une fois la conférence terminée je suis parfaitement incapable de me rappeler de quoi j'ai parlé (à part de très courtes bribes). 
Je veux dire : je ne me rappelle rien. Ni les questions, ni les réponses, sauf une ou deux idées qui me sont venues et m'ont marquée, éclipsant tout le reste (les miennes ou celles des autres intervenants, d'ailleurs). Ce qui est vachement pratique quand on me reparle de la conférence après coup, vous en conviendrez.



Bref : les conférences, pour moi, c'est une succession de micro instants de panique et de révélations littéraires, avec la satisfaction suprême d'avoir des questions intéressées à la fin et de réussir (parfois) à donner envie de lire mes romans (ou ceux que j'aime). 
Et ça a l'air cauchemardesque, comme ça, mais au final ce sont surtout de belles découvertes avec des auteurs que je ne connaissais pas, avec un public qui ne me connaissait pas, sur des sujets auxquels je n'avais pas toujours pensé et où je me rends compte que, finalement, j'ai toujours des choses à dire.

Le premier qui dit que c'est parce que je suis bavarde fait la prochaine conférence à ma place !




vendredi 4 novembre 2016

Les Utopiales 2016 - derrière la table

Bonjour à tous !
Cette année, j'ai été pour la première fois aux Utopiales de Nantes en tant qu'invitée. J'avoue que j'étais intimidée : c'est un salon très orienté SF avec beaucoup de spécialistes du genre et, si I.R.L. en est bel est bien, je lis surtout de la SF pour l'aspect dystopie, et demeure assez ignare sur le reste.
Bref, je sortais de ma zone de confort... et j'en suis bien contente !
Un petit résumé (probablement très long) en images, ça vous dit ?


D'abord, avant de partir, j'ai fait un véritable marathon de corrections pour rendre à temps la dernière version de A la petite cuillère (qui va sûrement changer de titre). Et je me rends compte que j'ai complètement oublié de l'annoncer ici alors, pour ceux qui ne me suivent pas sur les réseaux sociaux : le roman paraîtra en avril aux éditions Scrineo !

Tadaaaa ! (Avec Jean-Paul Arif, directeur des éditions Scrineo)

Or donc, sitôt le fichier renvoyé à Jean-Paul, j'ai préparé ma valise, sorti la panthère de poche qui tentait de s'y glisser discrètement, et j'ai filé prendre mon train.
N'ayant pas de dédicace ou de conférence prévue le weekend, j'ai débarqué sur Nantes les dimanche soir, où j'ai été accueillie par ma très chère Silène Edgar (Vous ne connaissez pas ? Foncez sur son blog !), qui m'a accompagnée pendant ces trois jours. Un vrai ange gardien ! 
Soirée du dimanche papotage avec les copines et jeux de société, donc. Il y a pire pour commencer un salon !


L'ange gardien de mon weekend !

Lundi

Premier jour, première conférence ! Arrivée vers midi, j'ai juste eu le temps de passer à l'accueil pour récupérer mon badge et mon programme, d'aller aux toilettes (essentiel avant une table ronde), de dire bonjour aux copines installées au bar et de rejoindre Lena Jomahé et Simon Bréan, qui m'accompagnaient pour cette première aux Utos. 
Au programme : la dystopie en littérature jeunesse.
Que dire sinon que le public était nombreux et l'échange intéressant ? 


De gauche à droite : Simon Bréan, votre serviteuse, et Léna Jomahé. Photo ©Actu SF

J'espère ne pas avoir raconté trop de bêtises, c'est toujours un exercice difficile de devoir répondre des trucs intelligents à la volée, quand on a l'habitude de prendre le temps de réfléchir derrière son clavier. Si le sujet vous intéresse, cela dit, vous pouvez en juger par vous-mêmes grâce à ActuSF qui enregistre toutes les conférences !



Une fois la conférence terminée et les questions posées, il est temps de filer à la librairie, où nous sommes attendues pour une séance de dédicaces. J'ai le plaisir d'y retrouver Angela Léry, ma chère attachée de presse aux éditions Gulf Stream, qui immortalise l'instant pour vos beaux yeux.



Je me suis un peu tordue le cou pour la photo, mais le coeur y est ! 
Le public est au rendez-vous, donc une bonne part ont écouté la conférence et viennent prendre l'un de mes romans parce que ça leur a donné envie de le découvrir. Je crois que c'est le signe d'un échange réussi ! :)
L'heure passe à toute vitesse.

Et là, paf ! Le contrecoup de toutes ces émotions/discussions me tombe dessus sans prévenir. Je nage dans un brouillard ambiant et je me laisse guider par Silène et Angela qui me proposent un jus de fruit et un sandwich (il est 15h30 et je n'ai toujours pas eu le temps de manger) au calme, prennent soin de moi pendant que je comate doucement. Je parviens à me réveiller peu à peu pour discuter avec elles. 
C'est là que Silène, qui cherchait un programme dans le "kit de bienvenue" qu'on m'a remis à mon arrivée, me lance :
"Oh, tu as une interview à 16h30 !"
Je la regarde avec des yeux ronds. 
"Hein ?"
Elle me tend une feuille trouvée dans mon kit de bienvenue, qui détaille les demandes d'interviews reçues pendant le festival. Comme j'ignorais tout de ce système, heureusement qu'elle m'a prévenue !
Pas de chance pour moi, ça tombait pile pendant une conférence que je voulais absolument écouter. Je passe donc à l'accueil pour demander s'il est possible de décaler à 17h, et j'ai de la chance : ça ne pose pas de problème.

Du coup, pouf ! Me voilà à la conférence qui me tenait à coeur, dans le public cette fois : Le handicap en SFFF. Forcément, vu que je viens de rendre "A la petite cuillère" qui parle précisément de ça, le sujet m'intéresse. 
Premier constat : je ne suis pas la seule !


Voilà qui me réjouit, car c'est toujours bon de voir que beaucoup se sentent concernés par ces questions. En ce qui concerne le contenu, j'avoue être un peu déçue : on parle beaucoup de la SF comme un moyen de corriger le handicap (Daredevil aveugle, Iron Man avec une superarmure qui le maintient en vie, etc.) ou de le sublimer (les figures de génie Asperger ou autistes, comme Spock ou Sherlock Holmes), mais assez peu de la réalité du handicap au quotidien représentée dans des romans. Moi qui espérais récolter des références sur la questions, je reste un peu sur ma faim.
L'un des intervenants dit aussi à un moment qu'on ne parle jamais du handicap invisible dans la littérature, qui est très difficile à vivre au quotidien car très mal perçu.
Là, j'avoue que c'est ma petite fierté du jour : c'est précisément l'un des sujets abordés dans mon prochain roman (ça, et une héroïne qui doit faire avec son handicap et n'a aucune machine ou pouvoir pour compenser). J'ai d'autant plus hâte de le partager avec vous !

Vous pouvez réécouter la conférence ici : http://www.actusf.com/spip/article-23670.html

Je pars un tout petit peu avant la fin pour me rendre à l'accueil, où je retrouve la blogueuse qui doit m'interviewer. L'échange est riche et dure une bonne heure, contre la demie-heure prévue au départ... Hâte de voir le résultat, que je partagerai bien sûr avec vous !

De nouveau, je suis vannée, et heureusement il est l'heure de rentrer. Silène me récupère pour me dorloter toute la soirée, et je ne fais pas long feu... c'est qu'il reste deux jours à tenir !

Mardi

Aujourd'hui, journée cool : je n'ai ni conférence ni dédicace au programme. Je vais donc pouvoir en profiter pour voir un peu le festival, que j'ai à peine aperçu hier !

Je commence par la conférence sur le nouvelle collection Space Opera de Scrineo, dirigée par Stéphanie Nicot. (Disponible ici.) J'en ressors avec plein d'envies de lecture, évidemment. 
Ensuite, je profite que la matinée soit encore un peu calme pour foncer vers l'un des stands proposant d'essayer le HTC Vive, le casque de réalité virtuelle le plus performant sur le marché actuellement. Ca faisait trop longtemps que je rêvais d'en essayer un pour passer à côté de cette occasion !


Verdict : c'est très déroutant, mais très fun ! J'ai fait un module où il fallait esquiver les tirs des vaisseaux spatiaux et détruire lesdits vaisseaux. Déjà, c'est tout bizarre quand on nous tend les manettes : on sait à quoi elles ressemblent, mais ça ne correspond pas à ce qu'on voit en réalité (deux armes). Ensuite, bon, j'ai galéré à esquiver, n'étant pas habituée à devoir bouger pour de vrai pour jouer. Une grille apparaît à l'écran quand on approche d'un mur, ce qui évite de se cogner.
C'est plutôt bien fait !

Je poursuis sur ma lancée en découvrant des petits robots qui ont plusieurs fonctions (éviter les obstacles, suivre un signal ou une route, etc.), que j'ai oublié de prendre en photo. 
Et puis, il y a Pepper, le robot trop mignon destiné aux enfants ! Il avait plusieurs programmes mais, évidemment, je décide de lui faire danser les castagnettes. Et comme je suis sympa, je partage cette découverte avec vous ! Ca va bouleverser votre vie. ^^


video



C'est si chouuuuu !

C'est pendant que je m'extasie que je croise Jean-Paul Arif (M. Scrineo, pour mémoire), qui me propose d'aller déjeuner. On parle corrections et couverture de "A la petite cuillère" (et titre !), en plus des projets des autres auteurs qu'on est en train de préparer. C'est ça aussi, les festivals : des tonnes de projets en gestation !
Vite rejoints par Silène, Ioana (une proche amie novelliste) et Estelle Faye, on poursuit la discussion en faisant les louanges de Francis Berthelot et de son dernier roman. Je vous ai déjà dit qu'il fallait absolument lire Francis Berthelot ?

Le ventre plein et le cerveau aussi, chacun retourne à ses activités. Je reste avec Silène pour continuer mon tour du salon, et découvrir la partie exposition scientifique. J'ai le bonheur de voir la caméra thermique qui sera envoyée dans l'espace en 2018 (et de m'amuser à faire une photo de mise en abîme. Si si, c'est moi sur l'image !).



Ensuite, nous avons une discussion passionnante avec un chercheur de CEA qui propose une démonstration d'impression 3D pour recréer un corps et des organes humains. Il y a des minis oreilles, faites d'une sorte de gelée dans laquelle on injecte des cellules humaines qui sont ensuite capables de se reproduire ; et aussi des minis os en plastique... J'en ai même emporté un !

Ma trouvaille du salon.

Forcément, ayant pas mal étudié la question pour I.R.L., j'en profite pour vérifier que je n'ai pas dit de bêtise (non, ouf !) et pour évoquer mes questions existentielles (reproduction, vieillissement, éthique...). On ressort de là avec le contact du chercheur, qui nous explique que lui et ses collègues seront ravis de nous répondre si on a besoin d'infos pour de prochains romans. C'est quand même superchouette de mélanger science et littérature, des fois !

Le reste de l'après-midi se passe essentiellement en papotages : Denis Hamon, Angela Léry, Jérôme Vincent, Erik L'Homme, et plein d'autres ! Je regarde le début du défilé de cosplay, mais la fatigue me rattrape doucement, et Silène et moi regagnons nos pénates avant la fin.
Je mesure quand même l'effet des conférences et dédicaces sur mes journées : je suis beaucoup moins crevée qu'hier alors que je suis restée bien plus longtemps au salon. Ca promet pour demain, qui est plus que chargé !

Mercredi

Réveil sur le salon, arrivée juste à temps pour écouter la fin de la passionnante rencontre avec Erik L'Homme en buvant un café. (Vous pourrez la retrouver ici quand Actu SF l'aura mise en ligne.)


Jérôme Vincent et Erik L'Homme

Le temps de déjeuner avant ma conférence, et je manque aussi une bonne moitié de la rencontre avec Estelle Faye, dont j'aperçois quand même un bout à la fin.




Et puis, c'est l'heure de l'interro surprise sur la vie virtuelle ! Reprise des cours et fin de vacances aidant, il y a peu de monde en ce mercredi midi, si bien que la rencontre se déroule dans une ambiance assez intime. Il y a quelques questions, même si elles sont peu nombreuses ; Jérôme Vincent (le modérateur) m'en pose aussi un certain nombre. L'échange est agréable mais, vu que le public est réduit, on fait le tour de la question en moins d'une heure, si bien qu'on écourte un peu. J'avoue que ça m'arrange : ça me laisse le temps de souffler un peu entre mes deux conférences !

Vous pourrez bientôt retrouver le podcast de la conférence ici :

Le temps de dire bonjour à deux-trois personnes et de faire une dédicace sauvage au détour d'un couloir, et je dois déjà me rendre à la prochaine table ronde, qui a lieu sur l'énorme scène des Utopiales (pas DU TOUT impressionnant). Au programme cette fois-ci : Science et littérature jeunesse.

De gauche à droite : Estelle Faye, moi-même, Michelle Laframboise, Estelle Blanquet, Hervé Jubert



Le débat est passionnant, les avis et influences très variés. Il y a un peu de public malgré le calme de la journée, et je fais une belle découverte en la personne de Michelle Laframboise, auteure canadienne qui m'a bien fait rire et que j'ai hâte de lire. Le podcast n'est pas encore disponible sur le site d'ActuSF, je vous mettrai le lien dès que ce sera le cas.

Vient l'heure de la dernière séance de dédicace, plus calme que lundi mais qui permet aussi d'échanger plus longuement avec les lecteurs. Et de glousser comme une pintade avec Michelle Laframboise, qui me montre son blog "Savante folle" où elle a mis en BD plein de situations qu'elle a vécues en dédicaces. Allez jeter un oeil, fou-rire garanti !

Et puis, pouf ! Un gentil bénévole m'accompagne jusqu'à la gare, et je rentre jusqu'à Paris dans un brouillard ambiant, l'excitation de la journée retombant tout à coup. Douze heures de sommeil plus tard, j'étais de nouveau prête à travailler ^^

En bref : un festival rempli de rencontres inattendues et appréciées, des conférences intéressantes, et un tourbillon d'idées et d'innovations scientifiques !

Prochain festival : le salon de Montreuil, dans un petit mois
En attendant, je vous prépare un article sur l'auteur en table ronde !

mardi 20 septembre 2016

Adapter un roman pour les "Dys"

Aujourd'hui, j'enfile ma casquette d'éditrice pour vous parler d'une facette que je découvre avec les éditions Castelmore, qui ont la bonne idée d'adapter certains de leurs romans YA pour les Dys.
Note : je ne suis pas une spécialiste, et travaille avec une consultante pour être sûre de ne pas faire de bêtise. N'hésitez pas à me corriger si j'ai mal expliqué certaines choses !

D'abord, les Dys, qui est-ce ?
Ce sont des personnes sujettes à des troubles cognitifs, comme la dyslexie, la dysorthographie, la dysphasie, la dyspraxie, la dyscalculie... Des troubles qui leur rendent la lecture (et l'apprentissage) difficiles, voire impossibles.
Je vous invite à parcourir le site de la Fédération Française des Dys pour en savoir plus (ils vous expliqueront tout ça bien mieux que moi).

Source : Dysmoitout.org


Pourquoi adapter des romans pour eux ?
Eh bien, tout simplement parce qu'ils n'ont pas la même capacité de concentration sur la lecture que les autres, et qu'il est pour eux très difficile de lire un roman long. Leur seule solution consiste à se tourner vers les premières lectures et les romans pour les plus jeunes. Mais en tant qu'ado ou jeune adulte, ils ont, comme tout le monde, envie de lire des romans qui abordent des thèmes qui leur parlent, qui leur apprendront des choses, les feront vibrer... Bref, des romans comme les autres.
La forme de ces romans les empêche d'accéder au contenu qui les intéressent. D'où l'intérêt d'adapter la forme pour leur faciliter la lecture et leur permettre de lire ce qu'ils veulent - et donc, peut-être, d'éviter qu'ils se détournent complètement de la lecture du fait de leurs difficultés.


Source : Dysmoitout.org



Et concrètement, ça donne quoi ?
Il y a plusieurs éléments à prendre en compte, dont voici les principaux :

* Fixer les lettres dans l'espace
Pour certains Dys, le texte n'est pas figé : les lettre sortent de la page et tournent, ou s'intervertissent. Certaines polices de caractère ont été étudiées spécifiquement pour limiter ces effets, et faciliter la lecture. Celle choisie ici est plus fine et plus grande, avec des interlignes plus élevés et des empâtements qui simplifient la différenciation des lettres. On évite aussi les italiques, qui compliquent la lecture (on remplace par des guillemets, par exemple pour les titres d'oeuvres). 



Vous voulez comparer ?





*Raccourcir les phrases
L'attention des Dys est difficile à garder. Vu que lire est pour eux plus compliqué que pour nous, ils se fatiguent plus vite (en toute logique), et ont du mal à rester concentrés. La moindre difficulté peut les faire décrocher, surtout dans le cadre d'une lecture plaisir. Des études ont montré qu'au-delà de 12 mots-clés dans une phrase, ça devenait difficile pour eux de rester concentrés. C'est donc cette limite qu'on s'efforce de ne pas dépasser, en coupant les phrases existantes pour leur faciliter la compréhension.
En revanche, on a un mot d'ordre : raccourcir ne veut pas dire simplifier. Avec la consultante, puis avec l'auteur, on fait en sorte de ne surtout pas changer le sens des phrases. La plupart du temps, couper en deux phrases suffit ; parfois il faut adapter un peu parce que ça ne colle pas mais, dans tous les cas, on conserve l'esprit initial du texte (c'est la raison pour laquelle on travaille en collaboration étroite avec l'auteur). Tout l'intérêt d'adapter des romans existants est de permettre aux Dys de lire les mêmes romans que les autres ; il ne s'agit donc pas de couper ou de simplifier à l'extrême, mais bien de proposer le même texte, en le rendant plus lisible pour eux.


Certains Dys voient aussi les lettres en couleur.

* Ne pas couper n'importer où
Là aussi, le but est de faciliter la lecture au maximum. Dans la plupart des romans, le texte est justifié à droite et on ne prête pas trop attention à la jonction entre deux lignes. Pour les Dys, en choisit plutôt une présentation en drapeau (justifié à gauche et pas à droite), et le choix du mot qui termine la ligne est très important. Cela ne correspond d'ailleurs pas forcément à notre logique et au choix qu'on ferait spontanément. Dans le cas de la collection de Castelmore, on fait appel à une consultante spécialiste de la question pour effectuer les coupures, qu'elle doit vérifier au moindre changement dans le texte.
De la même façon, on évite de faire courir un dialogue entre deux pages, et on préfère le couper en fin de page et le faire recommencer en page suivante (ce qui nécessite parfois quelques ajustements).





*Expliquer les mots compliqués
Enfin, toujours dans le but de faciliter la lecture, on essaie de définir simplement et rapidement, en note de bas de page, les mots un peu compliqués qui risquent de freiner la compréhension. Bien sûr, pas question de mettre des dizaines de notes, sinon c'est plus laborieux qu'autre chose.

Le tout est donc de faire au cas par cas, selon les romans initiaux, pour simplifier au maximum la forme et permettre aux Dys d'apprécier le fond sans trop lutter. C'est un travail passionnant et riche d'enseignements, et j'espère que ça aidera quelques lecteurs à découvrir des romans géniaux comme ceux que j'ai cités dans cet article (et d'autres !). 






vendredi 16 septembre 2016

Les dédicaces de la fin d'année

Bonjour à tous !

A mi-septembre, il est grand temps de faire un point dédicace pour les salons de fin d'année !


Et le premier approche à grands pas, car je serai aux Halliennales (Lille) le samedi 8 octobre toute la journée. Et pour cause : I.R.L. est sélectionné pour leur prix, en bonne compagnie... Le suspense est à son comble !

Vous pourrez trouver toute la programmation et les auteurs invités ici : http://www.halliennales.com/

Avec les copains Carina Rozenfeld, Aurélie Wellenstein, Franck Dive, Rod Marty, Estelle Faye et Cindy Van Wilder... on ne va pas s'ennuyer !
Et en parlant de Cindy... Si vous hésitez encore à venir, j'ai un argument qui pourrait vous convaincre. Car ma chère amie a promis de porter des oreilles d'elfe à cette occasion, pour fêter la réimpression d'I.R.L. ! Pour la première fois et sûrement la dernière (parce qu'il va falloir trouver du lourd pour l'inciter à recommencer), vous pourrez avoir un roman dédicacé par son auteur et l'un de ses personnages ! 


*




Du 29 octobre au 03 novembre, je serai aux Utopiales de Nantes pour vous parler science-fiction. Il y aura des conférences et des horaires de dédicaces bien précis, alors je vous invite à suivre leur page Facebook ou à consulter leur site Internet pour connaître la programmation avant le départ.

Et si vous êtes amateur de cosplay, vous ne devriez pas être déçu !



*




Enfin, du mercredi 30 novembre au lundi 3 décembre, se déroule comme chaque année le salon du Livre et de la Presse jeunesse, à Montreuil... Et cette année, pour la première fois, j'y serai en dédicaces avec les éditions Gulf Stream !
C'est encore trop tôt pour vous en dire plus, mais croyez-moi : ça promet. Et comme ça fait des années que je rêve de dédicacer dans ce salon qui est particulièrement cher à mon coeur, je peux vous dire que j'ai déjà plus que hâte !
Toutes les infos seront disponibles en temps et en heure sur le site du salon : http://slpj.fr/lieu-dates-et-horaires/


Voilà pour la fin de l'année ! On résume ?

* Lille le 8 octobre

* Nantes du 29 octobre au 3 novembre

* Montreuil du 30 novembre au 3 décembre.

See you soon, folks !

mercredi 7 septembre 2016

Mêler plusieurs trames temporelles dans un récit

Après mon article sur la correction, je vous avais promis un billet sur la façon dont je m'y prends pour mêler deux (ou trois !) trames temporelles dans un récit. Je vous préviens tout de suite : si vous cherchez une méthode miracle qui fonctionne à tous les coups, ne prenez pas la peine de lire la suite. J'ai expérimenté plusieurs méthodes, et celle qui semble me convenir le mieux est loin - très loin - du modèle d'efficacité. Je vais donc ici autant vous parler des difficultés rencontrées que des solutions trouvées.

Commençons par le commencement.



Pour I.R.L., si vous avez lu mes précédents articles, vous savez déjà que toute l'intrigue était écrite avant que je n'entremêle tout pour raccourcir trois volumes en un, et gagner en tension. A l'origine, tout était linéaire... et j'ignorais complètement que ça allait changer.
Si j'ai choisi d'entremêler les trames dans un joyeux puzzle, c'est pour une raison assez simple : je n'arrivais pas à me dépêtrer de l'ignorance de mon héroïne. Elle ne pouvait pas tout savoir tout de suite et bien réagir - et en même temps, si le lecteur ignorait ce qu'elle était, des tas de passages pourtant indispensables lui paraîtraient sans intérêt, ou incompréhensibles. Par exemple, les caractères très linéaires des personnages, la simplicité extrême de l'univers du départ. Quand on comprend qu'on est dans un jeu vidéo, ça prend son sens ; mais si on ne l'imagine pas, on a juste l'impression que c'est mauvais. Or, après avoir buté un nombre incalculable de fois sur la première moitié du premier tome, j'en suis arrivée à la conclusion que, finalement, le côté uniquement "girly" du départ me desservait. Je veux dire : je déteste les romans où il faut attendre la moitié du tome pour comprendre ce qui se passe. Et j'étais en train de faire pareil. 
Pourtant, je ne pouvais pas juste couper le début et commencer dans le vif du sujet, car il manquait alors beaucoup trop d'éléments essentiels au reste de l'histoire. J'ai donc décidé de faire les deux. Garder uniquement les scènes importantes pour la suite, tout en donnant au lecteur les clés pour les comprendre. Tout étant déjà, à ce stade, très clair dans ma tête (puisque tout était déjà écrit voire réécrit), cela a été assez simple ensuite de sélectionner les scènes. Et les passages où Chloé s'adresse directement aux spectateurs ont été particulièrement libérateurs, car ils me permettaient de dire clairement ce que je m'efforçais (assez mal, d'ailleurs) de faire passer dans le récit. De mettre en avant les éléments importants, sans avoir à en faire des tonnes. Et, bien sûr, de faire des liens entre chaque passage, pour m'efforcer de garder un rythme aussi fluide que possible, et créer une sorte de ping-pong entre mes différentes trames temporelles.
Et je sais que certains lecteurs sont perturbés au départ par ces changements fréquents et doivent s'y habituer, mais... je vais vous faire un aveu : ça me plaît. J'aime l'idée d'emmener le lecteur sur des voies qu'il n'attendait pas, de le forcer à s'habituer à autre chose que ce qu'il connaît déjà, à réfléchir le récit autrement. Soudain, ce n'est plus l'arrivée qui compte, mais le voyage. Le "comment". La question n'est pas de savoir où va Chloé, mais comment, de la jeune fille maladroite et mal dans sa peau, elle devient une héroïne badass prête à tout pour sauver les siens. Tout repose sur sa transformation, et ça me plaît, car finalement c'est ça que je veux faire passer. Son humanité. Son combat pour la liberté.

La réécriture d'I.R.L. s'est un peu apparentée à ça.

Mais je m'égare :) Pour I.R.L., donc, ce n'était absolument pas calculé au départ, et j'ai bricolé les trames temporelles à partir d'un (pardon : de trois) romans existants, que j'avais parfaitement en tête et que je maîtrisais sur le bout des doigts, pour en faire ressortir la substantifique moelle et créer, ensuite, un jeu de ping pong entre les différentes trames, qui me servirait de fil rouge pour guider le lecteur à travers le temps, sur les traces de mon personnage - et de son propre monde. Pour assimiler dès le départ le lecteur au spectateur de la vie de Chloé. Evidemment, ça a demandé un travail de dingue, même si c'était particulièrement plaisant de parvenir enfin à faire ressortir ce que je voulais.

Mais pour A la petite cuillère, c'était différent. Dès le départ, je savais que je voulais développer deux trames de la vie de Sora, et je m'étais juré de faire mieux que pour I.R.L., puisque je n'avais pas à raccrocher les morceaux après coup. J'ai donc commencé dans l'ordre, un chapitre après l'autre.



Très vite pourtant, je me suis mise à écrire deux-trois chapitres de la même trame temporelle, puis les 3 manquants de l'autre trame, car je me sentais plus inspirée pour poursuivre dans la même ambiance que celle que j'avais commencée (les deux sont radicalement différentes). Je créais le jeu de ping pong au fur et à mesure, sachant où chaque chapitre allait s'insérer par rapport aux autres, et m'efforçant de faire toujours un rappel du passé dans la trame du présent, et inversement.
Et puis j'ai dû faire une pause. Et je me suis relue un peu après. Et je me suis rendue compte que, si la trame "passé" tenait très bien la route, la trame "présent" était creuse. Les événements convenaient, mais mes deux personnages et leurs relations ne collaient pas. C'était trop en surface, trop fragile. Et pour cause : je n'avais encore aucune idée de ce qui allait leur arriver entre le moment de la trame "passé" où je m'étais arrêtée et le présent. Pour être plus précise : je connaissais les événements, mais pas la façon précise dont elles allaient les vivre, la façon dont cela allait modeler leur caractère et leurs relations. Résultat : je m'efforçais d'imaginer ce qu'elles deviendraient mais, à défaut d'y arriver, le résultat était bien trop timide et maladroit.


Caca, quoi.


Et, donc, j'en suis arrivée à la conclusion que, quitte à devoir réécrire toute une partie du récit, autant faire ce que je faisais le mieux : un beau bordel (comme cet article, hum). ^^ J'ai donc lâché temporairement la trame "présent" pour me concentrer uniquement sur la trame "passé", comme si j'écrivais un roman linéaire. Comme je l'avais fait pour I.R.L., finalement, à la différence que cette fois, j'avais déjà conscience d'un certains nombre d'éléments qui viendraient s'insérer entre mes chapitres. Quand j'ai eu fini, j'ai repris le début de la trame "présent", et ce qui n'allait pas m'a sauté aux yeux. Désormais, je savais non seulement où en étaient mes deux personnages émotionnellement à ce moment du récit, mais aussi ce qu'elles avaient déjà appris ou ce qu'elles ne savaient pas encore, et c'était beaucoup plus facile d'écrire de cette façon. J'ai donc pu corriger cette trame, et la poursuivre de manière linéaire, là aussi en ayant particulièrement à l'esprit le fait que le lecteur, lui, n'aurait pas encore tous les éléments quand il lirait le début. Mes héroïnes, elles, savent dès le premier chapitre qui les poursuit ; le lecteur devra attendre, en revanche. Avoir déjà la trame "passé" me permettait ainsi de savoir clairement où j'en étais, où mes héroïnes en étaient, et où le lecteur en serait. 
A ce moment-là, je pensais encore que je ferais le classique 1 chapitre passé / 1 chapitre présent. Je suis allée jusqu'au bout, en faisant attention à ce que certains événements se fassent écho. Et puis j'ai tout relu, dans l'idée d'ajouter le fameux jeu de ping pong qui sert de fil rouge au lecteur. Et je me suis rendue compte que ça ne collait pas. (Forcément, vous me direz.) J'ai donc réorganisé tous les chapitres, un peu feeling, par "paquets" logiques selon l'évolution de mon personnage : 1 présent, 4 passé, 2 présent, etc. Encore une fois, c'est l'évolution des personnages qui compte plus que leur destination - même si, cette fois, la vraie destination est inconnue du lecteur jusqu'à la toute fin.
Encore une fois, j'ai modifié le jeu de ping pong en fonction de ces évolutions.
Encore une fois, ce qui était au départ un joyeux bordel a pris forme pour nouer les trames de deux récits en n'en former plus qu'un. L'avenir nous dira si ça va rester comme ça ou non ^^



Mon principal conseil pour mêler deux trames temporelles, en fait, à la lumière de ces expériences, ce serait de faire confiance à votre feeling. Ne pas se forcer à écrire le chapitre 2 après le chapitre 1, si c'est plus simple pour vous de faire autrement. Ca me paraissait inconcevable avant la Cuillère d'écrire dans le désordre, et pourtant, ça a été beaucoup plus simple quand j'ai fini par accepter que c'était ce qu'il me fallait. Peut-être que, pour un autre roman, je ferai différemment (par exemple si les trames sont suffisamment éloignées dans le temps pour que les personnages qui y évoluent n'aient pas d'impact l'un sur l'autre). En tout cas, je comprends maintenant que j'ai besoin de connaître mes personnages pour écrire ce qui leur arrive ensuite, et, puisque je travaille sans plan précis, ça ne peut arriver que si j'ai couché leur histoire sur le papier. Ce qui nécessite pas mal de boulot et de réécriture après pour tout mettre en place, mais... Bon, je commence à me connaître. J'ai l'habitude !




Je vous avais prévenus, hein ? C'est loin d'être une méthode miracle. Pourtant c'est ma méthode, et c'est aussi pour ça que j'ai envie d'écrire sur le sujet. Parce qu'il n'y a pas de honte à avoir à tâtonner, chercher, raturer, recommencer. Il ne faut pas croire que les auteurs publiés font tout les doigts dans le nez, que ça sort bien du premier coup. Ca peut arriver, oui, parce qu'avec l'expérience on arrive à anticiper certains défauts. Mais, si on sort de nos plates-bandes pour expérimenter des choses nouvelles, on peut aussi se planter. Pour ma part, je considère que je ne suis qu'au début de mon apprentissage - et je pense que je ne cesserai d'apprendre que lorsque je cesserai d'écrire.
D'ailleurs, je suis justement en train d'expérimenter tout autre chose sur un autre projet... ^^



jeudi 1 septembre 2016

Corriger un roman : il se passe quoi après le premier jet ?

Le premier jet, c'est exaltant, déprimant, passionnant... et tout un tas d'autres émotions dont je vous ai déjà parlé (clic !). Mais ce n'est qu'une toute petite partie du travail d'un roman, surtout quand, comme moi, on travaille sans plan, en se laissant porter par l'inspiration (et par une vague ligne directrice. Là aussi, si vous voulez en savoir plus, c'est ici.)
Une fois la première version sur le papier, il reste encore beaucoup à faire avant d'obtenir un roman non seulement lisible, mais bien articulé, où les choses qu'on voulait faire passer ressortent bien, où les personnages sont complexes et cohérents... Bref, un bon roman.





Chacun doit trouver sa méthode pour corriger, car chacun a ses défauts, ses façons de travailler. Malheureusement, il ne suffit pas de relire pour voir tout ce qui ne va pas et le corriger en un claquement de doigts. Pour certains, c'est un processus très laborieux et très pénible, et je les comprends : il y a un côté plus que frustrant à se rendre compte qu'on n'arrive pas à faire ce qu'on veut, et à permettre aux autres de comprendre ce qu'on a voulu faire.
La plupart du temps, quand mes bêtas pointent un défaut de fond, j'ai envie de protester en disant que si, je l'ai écrit/dit, qu'il y a une raison pour que mes persos agissent comme ils le font, etc. C'est là que j'applique ma règle d'or : les bêtas ont toujours raison. Attention, je ne dis pas qu'il faut absolument corriger tout ce qu'ils pointent. Je dis que, en tant que lecteurs, quelque chose les a gênés et pourrait gêner d'autres lecteurs. L'erreur peut se situer où ils l'ont pointée, ou parce qu'il manque une explication ailleurs, ou parce que tel personnage n'a pas tout à fait le caractère que vous voudriez lui avoir donné, ou... Bref : avant d'écarter un problème pointé par mes bêtas, j'y réfléchis à 250 fois. (Et la plupart du temps, quand je commence à corriger, je finis par le repérer et y remédier quand même.) 

Et donc, pour en revenir à nos moutons : si j'ai envie de protester, c'est parce que j'ai eu l'impression d'avoir dit ce qui leur manquait. Mais je ne l'ai pas fait. Ou pas assez. Ou pas bien. Et donc, toutes les réponses sont dans ma tête, et les bêtas me permettent de comprendre qu'il y en a certaines que j'ai oublié de donner au lecteur. Parfois, même, avec l'expérience, j'arrive à m'en rendre compte toute seule à la relecture. Je grandis, hé hé !
C'est là que peut commencer la correction de fond : quand on a pris conscience des manques profonds de l'histoire, des incohérences apparentes, et qu'on sait ce qu'on veut faire pour y remédier (ou à peu près)


Retour de bêta sur I.R.L., version remaniée en one-shot.

Pour ma part, je fais alors ce que j'appelle une correction "par couches". Pour A la petite cuillère, par exemple, j'ai commencé par réordonner les chapitres (j'ai deux trames temporelles différentes qui s'entrelacent, et j'ai écrit d'abord une trame, et l'autre ensuite, avant de les entrelacer). Il a donc fallu recréer un jeu de ping pong entre les scènes, gérer les informations que le lecteur a ou n'a pas à ce moment du récit.
Cela fait, je me suis rendue compte que l'enjeu narratif d'une de mes trames n'était pas clair, alors j'ai refait un passage sur le texte pour préciser les enjeux, les motivations de mes personnages.
Ensuite, j'ai envoyé aux bêtas, car je n'avais plus assez de recul pour trouver mes défauts moi-même. Elles m'en ont pointé deux qui m'ont sauté aux yeux quand elles l'ont signalé, et un plus compliqué à gérer. Pour une fois, elles étaient d'accord entre elles, ce qui j'avoue m'a bien facilité la tâche. ^^
J'ai donc repris le texte intégralement avec ces trois points en tête, et je les ai corrigés progressivement, une modification en entraînant une autre, puis une autre. J'ai aussi corrigé un ou deux trucs qui m'ont sauté aux yeux à ce moment-là.
Et ainsi de suite : je ferai de même avec le retour de l'éditeur, puis je ferai une passe de correction de forme avec le correcteur, etc. La correction se fait donc en couches successives, chaque passage entraînant son lot de changements et d'effets papillon (si on corrige un truc et que la suite ne colle plus ; il faut alors la changer aussi même si, en soi, elle était bien). 


Pour le fun, comparaison de document entre la V1 de la Cuillère et la V2. En vert, ce qui a été déplacé, en rouge ce qui a été réécrit. Et en le faisant, j'ai trouvé que les corrections étaient light (si si).

Dit comme ça, ça peut paraître hyper laborieux. Mais ça ne l'est pas du tout - du moins pas pour moi. Car, à chaque passage, je vois mon roman prendre forme. Je vois les thèmes que j'ai envie de développer ressortir, je comprends un peu mieux ce qui fait la force de telle scène ou de tel personnage et je cisèle le texte pour la mettre en avant. Je réécris des pans entiers de l'histoire, pas en changeant les événements, mais en changeant la façon dont ils sont perçus, vécus, assimilés par les personnages, pour qu'ils gagnent en complexité, en cohérence. Je prends souvent l'image du sculpteur : d'un roc brut, je fais une statue, ajoute progressivement des détails, de la vie. Et j'adore ça.
Au premier jet, je fais encore connaissance avec mes personnages, j'ai une vague idée de ce que sera leur évolution mais je me laisse surprendre par leurs changements imprévus. A la correction, je les connais par coeur. Je peux gérer leurs réactions avec beaucoup plus de finesse, parce que je connais tout de leur passé et de leur avenir, de la façon dont ils ont vécu ou vivront les prochains événements.
Et souvent, quand je fais une grosse correction (comme ajouter un personnage important, ce que j'ai fait pour A la petite cuillère), je me rends compte que tout était là pour l'accueillir. Les scènes s'emboîtent, certaines déjà écrites changent de sens sans que je touche la moindre ligne, d'autres creux de l'histoire se remplissent d'eux-même en écho à ce que je viens de changer. Quand c'est comme ça, je sais que j'ai fait le bon choix.


La correction, c'est comme sculpter un texte brut.


Bien sûr, ça c'est le bon côté de la correction. Comme pour le premier jet, il y a aussi les moments de découragement, la frustration de ne pas savoir comment résoudre un problème, les blocages sur un passage ou un autre. Le plus pénible, pour moi, c'est d'envoyer une version dont je suis contente en lecture (chez les copines ou l'éditeur), et de recevoir de nouvelles critiques qui demanderont des corrections de fond. Dans toute ma mauvaise foi, j'ai envie de répondre qu'ils se trompent et que mon roman est très bien comme ça. Je déprime quelques heures (ou plus, selon l'ampleur du travail), je fais autre chose, laissant la problématique en arrière plan. Et puis, le jour où je me décide à reprendre le roman, la solution se trouve finalement d'elle-même.




Voilà pour les corrections de fond. Finalement, pour moi, le plus pénible, c'est l'avant : quand on sait qu'il y a un problème mais qu'on ne sait pas comment y remédier (et avouons-le : on a la flemme). Une fois que les premiers chapitres sont passés et que je suis lancée, globalement, je m'éclate.

Pour la forme : je corrige bien sûr ce que je vois au fur et à mesure. Je ne fais pas de passage spécifique pour les coquilles, parce qu'en général je n'ai pas le temps, sans compter que ça m'éclate beaucoup moins et que j'ai la chance, de part mon métier, de ne pas trop en laisser. Je fais aussi confiance au correcteur pro qui va lire mon texte pour chasser celles qui restent.

Sur ce, je vous laisse en vous souhaitant une bonne rentrée ! On se retrouve bientôt pour un article sur la façon dont je m'y prends pour mêler des trames temporelles, et un autre sur l'adaptation des romans en DYS (dyslexie, dysorthographie, etc.) !

Et vous, vous les vivez comment vos corrections ?