lundi 6 mars 2017

Quand "Quelques pas de plus" est né

Voilà, ça fait deux ans.
Deux ans aujourd’hui que Quelques pas de plus a commencé à germer.

La plupart de mes romans trouvent leur source dans une discussion. Lui, il est né dans un geste.
Un pivot sur le pied droit, une retombée sur le pied gauche qui, dans l’enthousiasme, est prise un peu trop sur le côté.
La cheville qui flanche.
Mon corps qui heurte le sol.
La douleur, très vive, soudaine.
La vague conscience que, autour de moi, la vie continue sans m’attendre.




Elle aura continué deux ans. 
Deux ans de souffrance, d’apprentissages, d’avancées, de rechutes, de petits bonheurs précieusement gardés pour surmonter le reste. Deux ans d’algodystrophie, pour ceux qui veulent connaître ce vilain mot, même si au fond ce n’est pas lui qui importe - seulement la douleur.
Deux ans pendant lesquels, de ma cheville, Quelques pas de plus est progressivement remonté à mes pensées entre deux crises, pour former l’embryon d’un roman.
Je l’avais promis : ma prochaine héroïne paierait pour chaque pas à béquille, pour chaque regard plein de pitié, pour chaque journée passée enfermée. Je ne savais pas encore comment, mais elle paierait !


Spoiler : finalement je lui ai épargné l'IRM. Elle a eu pire. ^^




Le moyen, c’est au bout du monde que je l’ai trouvé. Quelque part entre San Francisco et Monument Valley ; dans les roches rouges, roses, orangées, violettes, bleues même, que mes béquilles ont foulées les unes après les autres. Un voyage qui a été le coup de pied donné au fond de l’eau pour crever la surface.



On admire le look "Warrior du désert" ^^



C’est seulement quand j’ai commencé à aller mieux que le roman s’est frayé un chemin jusqu’à mon coeur. Il s’y est lové, discrètement d’abord, puis avec une force que je ne soupçonnais pas. Pendant les mois de son écriture, je me suis battue pour guérir - et, dans le même temps, je me battais pour partager ce que j’ai appris.
Car j’ai appris. À écouter mon corps, à le respecter même quand ça demande des sacrifices. Mais aussi, et surtout, à écouter les autres. Car, si j’ai souffert, ce n’est rien ; rien du tout par rapport à ce que j’ai pu voir pendant deux ans. J’ai découvert un monde dont j’ignorais totalement l’existence : celui des douleurs chroniques qui vous rongent sans se montrer, vous épuisent, vous laissent plus seuls que jamais avec vos problèmes. Celui des maladies et handicaps invisibles, que personne ne soupçonne, que moins encore comprennent.

C’est là que j’ai su que je devais écrire Quelques pas de plus. Un peu pour moi, oui, mais surtout pour tous les autres. Ceux qui n’ont pas la force, ou pas les mots pour en parler, comme c’était mon cas les premiers mois.
Si ces deux années m’ont apporté quelque chose de positif, c’est bien ce roman. J’espère qu’il permettra à d’autres d’être un peu mieux compris ou de comprendre un peu mieux.
Aujourd’hui, après avoir porté ma douleur si longtemps, après m’être battue contre elle, après avoir repris la danse malgré la peur de retomber, je suis prête à vous la livrer. Je vous offre mes quelques pas de plus, je les laisse s’envoler vers de nouveaux horizons, non pour les oublier mais pour les transformer.

De ces deux ans, je choisis de conserver ce qui m’a le plus frappée : le force de tous les héros invisibles.
J’espère que vous aussi, vous la trouverez au bout du chemin.




mercredi 1 mars 2017

Il court il court, l'écrivain...

Je donne quelques nouvelles sur les réseaux en ce moment, mais je délaisse honteusement ce blog !
Je me rattrape donc et fais un petit "résumé des événements précédents" pour janvier et février, qui ont été riches en nouvelles scripturales.


D'abord, j'ai eu plusieurs passes de corrections sur Quelques pas de plus, dont la dernière ce weekend... Ca y est, j'ai rendu mon BAT (Bon à Tirer), ce qui veut dire qu'il est parti en impression !
J - 2 mois et des brouettes... J'ai hâte !
En attendant, rendez-vous la semaine prochaine, le 6 mars, pour dévoiler la couverture. Une date très spéciale pour moi, qui fera l'objet d'un article ici-même.


Ensuite, j'ai écrit !
Beaucoup, même. J'en suis presque aux trois quarts du premier d'Erreur 404, mon prochain roman à paraître chez Gulf Stream en 2018. Je m'éclate comme une petite folle, je suis plus sadique que jamais, et je profite de cette euphorie du premier jet (d'ailleurs, étonnamment, je n'ai pas encore suivi mes phases habituelles, j'en suis restée à la toute première phase).
J'aurai beaucoup de travail après, comme d'habitude, mais ça fait du bien de retrouver un premier jet.


Enfin, j'ai repris le teasing.
Hé oui. 
Avouez que ça vous manquait !
Voici ce que les abonnés de la newsletter Scrineo ont reçu dans leur boîte mail... 
(clique pour agrandir !)




A très vite !

PS : Je récapitulerai très bientôt les salons où je serai présente ce printemps. :)

jeudi 9 février 2017

Nouveau contrat, nouvelle aventure !

Tadaaaaaa !

Je sors brièvement de ma retraite d'écriture pour vous annoncer la bonne nouvelle : un nouveau roman à paraître chez Gulf Stream en 2018... et une auteure contente !



A très vite pour plus d'infos !


Edit : je viens de m'apercevoir que ce blog existe depuis 6 ans tout pile... pfiou, déjà ! Qu'est-ce que j'ai pu en raconter des bêtises, par ici ! :)

mardi 3 janvier 2017

Objectif 2017 : c'est parti !

Bonjour à tous, 
Et d'abord, une excellente année 2017, pleine de projets, de sourires et de bonne humeur ! 

Comme d'habitude, après avoir dressé le bilan (pas si mal) de 2016, il est temps de me fixer des objectifs pour 2017. Pas question ici de faire de l'exercice ou de mieux manger, mais plutôt de faire le point sur les projets en cours et de déterminer des priorités pour l'année à venir, si possible réalistes (mais je suis une grande optimiste). 
Bref : on va parler romans !

C'est parti.



Casquette d'auteure

* Commençons par le commencement : en 2017, il y aura la sortie de "Quelques pas de plus" et j'ai bien l'intention de bichonner ce roman en terme de communication. Il s'éloigne de ce que j'ai déjà fait, a un thème plus contemporain, plus dur aussi, et est à la fois plus léger ; bref, j'espère qu'il vous plaira autant que les autres. Et donc, je passerai du temps à en papoter avec vous, sur le net ou sur les routes !
D'ailleurs, si vous les avez manqués, des extraits sont disponibles sur le blog :)
* Mon objectif prioritaire qui devrait me prendre le plus gros de cette année en terme d'écriture, c'est #NouveauRoman. Je l'ai tout juste commencé (un chapitre, pour être honnête), j'ai une deadline serrée (car, oui, il a déjà un éditeur, je vous en parlerai plus quand ce sera signé), il m'obsède depuis déjà plusieurs mois et je sens que je vais m'éclater à l'écrire. Je reste dans un univers connu tout en changeant de registre... Bref, surprises au programme, pour vous comme pour moi !
* En parallèle, j'aurai bien sûr le #RomanMystère co-écrit avec Cindy, qui s'intercalera entre les chapitres et les corrections éditoriales. Gérer les deux de front promet d'être complexe (j'ai lamentablement échoué pendant que je finissais d'écrire "Quelques pas de plus" en juin dernier, j'espère faire moins pire cette année). Attendez-vous à entendre Cindy râler que je lui dois un chapitre ^^
* Enfin, j'aimerais retrouver un éditeur pour mon petit "Secret des Bois-Noirs" :)

Une année ambitieuse donc, parce que deux romans en même temps, ça va être chaud, on ne va pas se mentir. Heureusement, je ne suis pas toute seule pour le 2e ^^ 
J'espère tenir tous les délais !

Casquette d'éditrice

* Mon gros enjeu va être de réussir à gérer les coups de bourre pour ne pas finir sur les rotules, maintenant que j'arrive à gérer les coups de mou sans angoisser pour la suite. Et prendre un peu plus de vacances.
* Autre enjeu : j'ai réussi à gérer la pile de manuscrits cette année, moins à trouver du temps pour lire. Donc : retrouver du temps pour lire sans me laisser déborder par la pile de manuscrits pour autant. Ce qui, soyons honnêtes, n'est pas le plus simple de mes objectifs. 
Je me suis même inscrite à 30 livres sur le challenge Goodreads (heureusement que je pourrai rentrer les bouquins du boulot, vu que les manuscrits ne comptent pas ! ^^).

Quand je pars en vadrouille

Je vais continuer à essayer de gérer le rythme des salons tranquillement, et ne pas en faire plus d'un par mois pendant les saisons "fortes". Il me faut du temps pour m'en remettre côté fatigue (ma cheville a dû laisser quelques traces derrière elle) et, même si j'adore ça, je dois faire attention si je veux garder assez d'énergie pour l'écriture ;)
Je ne peux pas encore annoncer de dates, mais, promis, il y en a au printemps ! J'ai une sortie à honorer comme il se doit :)

Et pour le reste ?

* Conserver ce blog et la chaîne YouTube et les alimenter tous les mois, mais j'arrête de me mettre des objectifs de ce côté : je ne les tiens jamais de toute façon. ^^
Donc : écrire ou parler quand j'en ai envie, et laisser traîner si je n'ai pas d'inspiration ou de temps. C'est comme ça que je prends plaisir à faire ce blog depuis tout ce temps, et il est temps de l'assumer. J'espère que ça vous conviendra toujours !
* Cette année, je veux pouvoir sauter et courir de nouveau, pour enfin pouvoir dire "je suis guérie". Je veux publier mon roman de boiteuse et laisser tout ça derrière moi. 
* J'ai envie de jouer, aussi, parce que je l'ai pas mal fait cette année et je découvre des merveilles. Encore, encore !

Conclusion : je n'ai plus qu'à trouver un retourneur de temps, ou à voler un des clones de Cindy.
Mais quand je vois tous ces projets, que je tienne les délais ou pas, je m'en fiche : je suis heureuse. Tout ça, c'est que du bonheur ! (Et de la fatigue.) (Un peu quand même.) (On sent que je sors de vacances non ? ^^)


samedi 31 décembre 2016

2016, le bilan !

Bonjour à tous !
Comme chaque fin d'année, c'est l'heure de reprendre mes objectifs 2016 et de faire le bilan, avant de vous souhaiter un excellent réveillon.
Prêts ?

Casquette d'auteure

* Mon objectif premier est de boucler le fameux #projetsecret pour les éditions PlayBac, car je dois rendre une première version incessamment sous peu et une version définitive fin mars ! J'ai bien avancé (j'en suis à ma 3e relecture), mais il y a encore quelques gros changements à faire. Donc, du boulot en perspective dans les prochaines semaines !
Fail
Bon, ça commence mal : ce projet est finalement tombé à l'eau. Il dort dans un tiroir, a milieu de sa 3e relecture, et végète tranquillement.

* Ensuite, en avril, il y aura bien sûr la sortie d'IRL, que j'attends avec une grande impatience... J'ai bien l'intention de mettre le paquet sur la comm', et j'ai super hâte de voir comment vous allez accueillir mon petit gros dernier ! 
Check
Là par contre, c'est bon ! Cette sortie était géniale, je n'aurais pas pu rêver mieux. Merci, merci, merci pour votre enthousiasme à tous, car tout ça c'est quand même grâce à vous !

* Dans les mois suivants, je compte écrire un nouveau projet de Young Adult, nom de code A la petite cuillère, dont je vous ai déjà brièvement parlé sur le blog. Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous savez que j'ai promis de faire souffrir ma prochaine héroïne et de lui faire passer tout le roman en boitant... C'est toujours d'actualité, et je peux vous dire qu'elle va en baver :)
Si tout va bien, ce roman sera contemporain, ou presque ; je change donc de registre par rapport à mes dystopies ! Un nouveau défi en perspective.
Et il faudra aussi lui trouver un éditeur !
Double check !
Vous en avez largement entendu parler : ce roman est écrit et sortira au mois d'avril sous le nom de "Quelques pas de plus" aux éditions Scrineo. Pour ceux qui l'auraient manqué, un extrait est disponible dans le sujet précédent. Bonheur, donc ! :)

Notez que deux autres romans se sont invités au programme : le #RomanMystère co-écrit avec Cindy et un #NouveauRoman que je commence tout juste. Une année productive en terme d'écriture, même si je n'ai pas vraiment suivi les objectifs de départ ^^


Casquette d'éditrice

* Mettre en oeuvre les nouvelles opportunités qui s'offrent à moi en ce début d'année, et voir où ça peut mener.
* Continuer à développer mon activité.
* Publier de nouveaux projets chez Scrineo.
A ce propos, je vais essayer de moins me laisser dépasser par la lecture de manuscrits que l'an dernier, maintenant que je rattrape enfin le retard pris au printemps et cet été.
Check
Mon activité s'est développée, j'ai publié des romans de Loïc Leborgne et Carina Rozenfeld en plus de celui d'Aurélie Wellenstein, signé un projet avec Cindy Van Wilder, et d'autres en préparation. Et j'ai rattrapé mon retard de lecture (même si Montreuil a bien fait remonter la pile ^^) !
Une très bonne année de ce côté-là, en somme.

Quand je pars en vadrouille

Je croise très fort les doigts pour que ma santé me permette de faire pas mal de salons ce printemps, parce que vous me manquez !Si tout va bien, vous pourrez me voir au Salon du Fantastique de Paris en février, au SDL en mars, à Grésimaginaire et à Montrouge en avril, et aux Imaginales en mai.
Check
Ce fut folklo, mais j'ai fait tous ces salons avec mes petites béquilles (sauf Montrouge). Et en prime : les Halliennales, les Utopiales, et Montreuil !!!
Une excellente année côté salons.

Et pour le reste ?

* J'aimerais réussir à faire deux ou trois articles par mois sur le blog, et surtout reprendre les articles de fond sur l'écriture.
Fail
Je n'ai pas tenu le rythme. J'ai repris quelques articles de fond, mais je n'arrive pas à être régulière sur le blog. D'autant que j'ai lancé ma chaîne YouTube, ce qui me prend du temps aussi. ^^
Peut mieux faire, donc !


* Côté lecture, j'aimerais aussi trouver du temps pour lire des romans pour moi. Je vais réinstaurer ma règle 3 manuscrits / 1 livre perso dès que j'aurai fini de rattraper mon retard.
Fail
J'ai réussi à lire un peu plus de livres perso ces dernières semaines mais, globalement, j'en ai quand même lu très peu en dehors du boulot et des manuscrits. Je cherche encore un moyen de composer avec tout ça tout en me gardant du temps de lecture.
En revanche, j'ai pas mal joué et regardé des séries. Ca, c'est cool. ^^

Conclusion : une année plutôt productive et positive malgré quelques revers, surtout grâce à la sortie d'#IRL qui a été plus qu'incroyable ! Et qui continue de l'être. J'espère que mon prochain roman vous plaira tout autant ;)
Une année de rémission, aussi, pour ma cheville, et ça, ça reste ma plus grande victoire.

Il me reste à vous souhaiter un excellent réveillon et une très bonne année 2017... et on se retrouve bientôt pour les objectifs de cette nouvelle année !


mardi 27 décembre 2016

Cadeau de fin d'année : un extrait de "Quelques pas de plus" !

Bonjour à tous !
J'espère que vous passez une bonne fin d'année :)
Pour ma part, je vous avais promis un petit cadeau, et figurez-vous que je n'ai pas oublié !
Je vous livre donc un extrait de "Quelques pas de plus", ex- "A la petite cuillère", mon prochain roman à paraître (en avril, chez Scrineo). Je vous avais déjà offert un extrait qui montre l'aspect "handicap invisible" du roman, et un autre ici. Cette fois-ci, on change d'ambiance et on s'envole pour les USA, et plus précisément le Far West, en pleine course-poursuite en voiture. Parce que Sora a beau être boiteuse, ce n'est pas la dernière à se retrouver dans les ennuis jusqu'au cou !

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Jour 1
Barstow - Calico

Quand le pick-up s’engage derrière nous sur la route déserte, Kay me lance ce regard injecté de sang qui m’est devenu familier. Ce regard qui l’emporte loin de moi, là où son emprise est la plus forte. Je vois sa lutte intérieure marquer ses traits, creuser les rides de son front, déformer les plis de sa bouche en une grimace bestiale. Et je retiens mon souffle, impuissante.
Pendant la fraction de seconde que dure son hésitation, je suis persuadée qu’il va gagner et qu’on a fait tout ça pour rien. Puis le pick-up derrière nous klaxonne ; Kay revient à la réalité dans un sursaut.
— Putain de bordel de merde ! hurle-t-elle en accélérant à fond.
Je respire un peu mieux. Ça, c’est ma sœur tout craché. Quand elle panique, elle balance dix jurons à la seconde. Nouveau coup d’œil dans le rétroviseur, le pick-up est désormais à pleine vitesse. Aucun doute possible : on est suivies. Quant à savoir ce qui va se passer s’il nous rattrape… L’image rémanente d’un visage penché sur moi, grimaçant de haine, me donne la nausée.
— Je suis nulle à cloche-pied, lâché-je dans le silence tendu de l’habitacle.
Tout à coup, cette pensée m’obsède. Je ne peux pas courir et je suis nulle à cloche-pied. Les vidéos d’auto-défense à béquilles que j’ai regardées avant de partir m’ont montré comment frapper un méchant – en piquet dans le ventre ou à revers au niveau de la tête –, mais j’ai les mains moites et les bras en coton. Je n’arriverai jamais à donner assez de force à mes coups. Ni à me porter assez vite pour m’enfuir.
—  Kay, je ne peux pas courir.
—  Je sais.
Ses dents sont serrées à se rompre. Le pick-up se rapproche un peu, et elle appuie d’un coup sur l’accélérateur. En dépit de tous ses efforts, elle n’a aucune chance de le semer sur ces routes super larges et super désertes. Mon portable manque de m’échapper des mains alors qu’elle tourne violemment vers la gauche, s’engouffre sur une route qui a l’air de quitter la ville ultra-flippante de Barstow, mais se retrouve dans un coin encore plus isolé. Génial.
Je regarde derrière nous : la voiture nous suit toujours. Kay fait une brusque embardée en s’apercevant un peu tard que la route tourne. Au loin, apparaît une grosse colline couleur de terre où on peut lire « Calico » en lettres blanches.
— Je vais le semer, grogne-t-elle entre ses dents. Il ne nous arrêtera pas, cette fois.
Je relève les yeux sur ma sœur juste à temps pour voir les siens s’écarquiller. Sa peau habituellement brun clair a pris une teinte gris cendré de mauvais augure.
— Chiasse ! C’est un cul-de-sac !
Un peu plus loin devant nous, la route semble barrée par un panneau en bois. Même à cette distance je distingue la tête de mort rouge peinte dessus. Je jette fébrilement un œil au résultat de ma recherche sur Internet, puis tends un doigt vers la barrière.
— Ne t’arrête pas.
— Sora, il y a une tête de mort dessus.
— Fais-moi confiance, Kay. Contourne la barrière avant qu’ils nous voient faire.
Je vois sur son visage qu’elle hésite, mais elle n’a plus le temps de réfléchir : la barrière est juste devant nous et on entend le grondement du moteur loin derrière. Elle fait une embardée pour contourner l’obstacle, hurle quand la voiture rebondit sur des mottes de terre sèche, et dérape sur le chemin désert qui s’ouvre devant nous. Il tourne d’un coup, nous cachant de nouveau à la vue du pick-up avant de déboucher sur… un parking. Un parking avec plein d’autres voitures.
— Que fout un parking dans un endroit aussi paumé ? lâche ma sœur, incrédule.
— Gare-toi au milieu des autres voitures. On va se mêler à la foule.
— La foule ?
— Gare-toi, Kay. Fais confiance à tonton Google.

Elle grommelle, mais s’exécute, trop soulagée pour protester plus longtemps. Mon cœur bat à toute allure tandis que je prends conscience que tout repose sur moi. Et sur tonton Google. Ça fait quand même beaucoup de pression pour une seule jambe et une coque en plastique.


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Alors ? Votre avis ? ;)

mardi 8 novembre 2016

Être invité en table ronde : ça se passe comment ?

Souvenez-vous : il y a quelque temps, je vous parlais du top 10 des trucs qu'on ne nous apprend pas en tant qu'auteur, et j'évoquais les tables rondes/conférences en salon du livre en expliquant que j'étais bien stressée à l'idée d'en faire. Maintenant que j'ai fait mon baptême du feu (aux Imaginales, puis aux Utopiales), il est temps de vous raconter un peu l'expérience.
Prêts ?

Tout commence par une invitation en salon. 
On est content, on sautille partout, on prépare les affaires pour dédicacer, on prend des rendez-vous...
Et puis, environ une semaine avant (c'est-à-dire en même temps que tout le monde, ou presque), on découvre le planning du salon. Et là, fébrile, on regarde la liste des conférences pour savoir à quelle sauce on va être mangé.
(Note : des fois on le reçoit par mail, on n'a pas besoin de se connecter sur le site web.)

Car sachez-le : ce n'est pas l'auteur qui choisit les sujets sur lesquels on va l'interroger (ce serait sûrement un cauchemar d'organisation !), ni quand, ni avec qui. ET on n'a pas toujours un doctorat sur le sujet en question. Voire, il se peut qu'on tombe sur un sujet sur lequel on n'a jamais écrit, très peu ou pas lu, et qui ne nous était même jamais venu à l'esprit. (Spéciale dédicace à la conférence de Cindy Van Wilder sur les félins aux Imaginales et, pour ma part, à celle sur la vulgarisation scientifique en littérature jeunesse aux Utopiales). 
Imaginez un peu, c'est comme devoir faire un exposé avec des gens qu'on ne connaît pas, sur un sujet qu'on ne connaît pas, sans pouvoir prévoir les questions et avec pour enjeu d'éviter d'endormir le public, et même de lui apporter des choses !
C'est pas stressant du tout, hein ?




Mais j'exagère un peu : en général, les sujets sont quand même reliés à un ou plusieurs romans qu'on a écrits. Et la bonne nouvelle, c'est qu'on n'est pas à l'école et que si on dévie du sujet, ça n'embête personne tant qu'on dit des trucs intéressants. Par exemple, sur la conférence des Utopiales "Dystopie VS post-apocalyptique : mécanismes d'un succès jeunesse", on a évacué le sujet du post-apo, parce que ni Léna Jomahé ni moi ne connaissions assez le sujet pour en parler, et on s'est concentrées sur la dystopie qu'on maîtrisait bien mieux.

Donc, après avoir découvert le programme des conférences, selon les modérateurs, il arrive qu'on reçoive un mail pour préparer un peu le sujet (enjeux à aborder, choses qu'on aimerait dire, romans qu'on a écrits sur la question, etc.). Parfois, on a juste le sujet et les noms des autres intervenants, et on découvre tout une fois sur place. De toute façon, le format "table ronde" étant plus libre qu'un exposé, justement, ça varie beaucoup en fonction de ce qu'on dit sur le moment, pour rebondir et essayer d'avoir plus une discussion/débat que des questions/réponses assez décousues.
Donc, au final, l'improvisation reste le maître mot.




Pour ma part, j'aime réfléchir un peu aux sujets avant le jour J. C'est un exercice intéressant, parce que ça me force à aborder mes romans et mes lectures sous un angle précis, auquel je n'aurais pas forcément pensé toute seule. Par exemple : mon rapport à la science dans mes romans, comment je l'utilise et la présente. Ou la raison pour laquelle j'écris des dystopies. Ou la force de la liberté dans mes textes (OK, ça j'y avais déjà réfléchi, mais ça force à mettre des mots dessus). J'apprends souvent des choses sur mes propres récits, au final, et je trouve ça assez passionnant, même si toujours un peu déconcertant.

Et puis vient l'heure de la conférence
Je passe aux toilettes avant d'y aller (essentiel, surtout quand on a bu trop de café !), j'y vais un peu en avance pour trouver la salle (je vous ai déjà parlé de mon absence terrible de sens de l'orientation ?), je regarde, fébrile, s'il y a du public ; je stresse un peu en voyant les autres arriver.
Je dis bonjour, je m'assieds, dans mes petits souliers.


Comme ça.

Et puis le stress disparaît. On est là, entre potes ou collègues, à discuter de sujets qui nous intéressent et qui, avec un peu de chance, en intéresseront d'autres. Le modérateur permet d'éviter les blancs et de recadrer si on s'écarte trop de la question ; il fait en sorte que chacun puisse parler et évoquer ses romans, son point de vue. En général, je suis bien.

Sauf quand je commence une phrase et que j'oublie la fin.




Ou quand je m'enflamme sur un sujet, et que tout à coup je réalise que je ne sais plus pourquoi je suis en train de raconter ça, que j'ai oublié la question initiale et que quelle horreur, je raconte n'importe quoi !





Ou quand, du coup, je me mets à bafouiller en plein milieu d'une phrase, cherche mes mots sans parvenir à les formuler, avec l'impression que ça dure des siècles pendant que le public a les yeux rivés sur moi.




Ou quand j'ai plein de trucs à dire mais que c'est trop tard parce qu'on a changé de question.




Ou quand, la fatigue de fin de salon aidant, je m'aperçois que j'ai décroché pendant que les autres parlaient et que c'est bientôt mon tour et que je n'ai aucune idée de ce qui a été dit.




Au final, ça tient un peu du miracle qu'on vienne me voir après la conférence pour me dire que c'était intéressant et acheter mon roman parce que j'ai donné envie !
Le plus drôle étant que, autant sur le coup je suis super convaincue et passionnée par ce que je raconte, autant une fois la conférence terminée je suis parfaitement incapable de me rappeler de quoi j'ai parlé (à part de très courtes bribes). 
Je veux dire : je ne me rappelle rien. Ni les questions, ni les réponses, sauf une ou deux idées qui me sont venues et m'ont marquée, éclipsant tout le reste (les miennes ou celles des autres intervenants, d'ailleurs). Ce qui est vachement pratique quand on me reparle de la conférence après coup, vous en conviendrez.



Bref : les conférences, pour moi, c'est une succession de micro instants de panique et de révélations littéraires, avec la satisfaction suprême d'avoir des questions intéressées à la fin et de réussir (parfois) à donner envie de lire mes romans (ou ceux que j'aime). 
Et ça a l'air cauchemardesque, comme ça, mais au final ce sont surtout de belles découvertes avec des auteurs que je ne connaissais pas, avec un public qui ne me connaissait pas, sur des sujets auxquels je n'avais pas toujours pensé et où je me rends compte que, finalement, j'ai toujours des choses à dire.

Le premier qui dit que c'est parce que je suis bavarde fait la prochaine conférence à ma place !